Los tres entierros de Melquiades Estrada
"Passerais-je un ravin de ténèbre..." (Psaume 23,4)
"Jusqu'à ce que la mort nous sépare", c'est la promesse des jeunes mariés. Dans Les Trois enterrements de Melquiades Estrada, le travailleur mexicain clandestin Melquiades fait promettre à son contremaître, le cow-boy Pete, de ramener son corps au village natal s'il devait mourir au Texas. "If I die over here," dit Melquiades dans un de ces moments de prémonition qui mettent l'interlocuteur mal à l'aise, "I don't want to be buried on this side, with all the fucking billboards." Il ne veut pas être enterré près de ces foutus panneaux publicitaires.
Le film raconte comment Mike, un garde-frontière prompt au coup de poing et à la gâchette, tue accidentellement le clandestin mexicain; comment le shérif de ce patelin texan enterre l'enquête et la victime; comment on la déterre une première fois pour l'autopsie, puis l'enterre de nouveau. C'est alors qu'intervient Pete, lié par la promesse faite à son ami. Pete kidnappe le garde-frontière, le menotte, l'oblige à déterrer la victime de sa deuxième tombe pour aller l'enterrer de l'autre côté de la frontière. Les trois hommes -- le justicier, le coupable menotté et privé de ses bottes, et le mort -- partent à cheval. La police est à leurs trousses avec voitures et hélicoptère.
Nous ne sommes plus dans le western classique des éleveurs de bétail où les gars faisaient pleuvoir la mort au nom de la justice, oeil pour oeil. Le Texas d'aujourd'hui a oublié l'esprit pionnier, ses femmes et ses hommes ont perdu leur honneur. Tommy Lee Jones (acteur célèbre qui met ici en scène son premier film de cinéma, tout en assurant le rôle du justicier) esquisse le portrait d'une demi-douzaine de personnages désenchantés, noyés par la monotonie d'une existence dont ils sont les victimes consentantes. Le shérif lâche et impuissant; la serveuse qui le console pour quelques dollars; la jolie jeune femme du garde-frontière, désoeuvrée dans son mobil-home... En face d'eux, des clandestins risquent leur peau pour un peu de travail.

Le conflit autour de la valeur d'une simple vie, celle d'un Mexicain qui rêvait d'un avenir familial, est au centre de la deuxième partie du film où le spectateur suit la progression des trois hommes à cheval sur des sentiers semés de dangers, de révolte et de mystère. Que va-t-il se passer à la fin du voyage? Pete, le bourru qui tient sa promesse et mène le convoi, le sait-il lui-même?
En cours de route, les hommes rencontrent un vieillard aveugle qui vit solitaire dans une cabane éloignée de tout. Il leur offre la soupe et, lorsqu'ils le quittent, leur demande d'avoir la miséricorde de mettre fin à sa vie. Le convoi l'abandonne à son sort. Pete et Mike ont d'autres comptes à régler avec la mort. Les Trois enterrements pose les problèmes, mais ne remplace ni le pasteur ni le facteur, il n'a pas de message à délivrer.
Pendant le trajet (le pélerinage?), Mike le garde-frontière subit les outrages réservés aux immigrants clandestins. Il se ramasse des raclées, vomit à côté du cadavre en décomposition; il est finalement dépouillé de tous les avantages accordés à ceux qui imposent l'ordre établi. A côté de lui, Pete est un justicier de peu de paroles, violent, emporté et pourtant pédagogue. Au bout du chemin, les deux hommes ne trouvent pas ce qu'ils attendaient ou craignaient. C'est le plus troublant, le plus obscur des chemins initiatiques, une méditation sur la rédemption et la paternité morale.
"Jusqu'à ce que la mort nous sépare", c'est la promesse des jeunes mariés. Dans Les Trois enterrements de Melquiades Estrada, le travailleur mexicain clandestin Melquiades fait promettre à son contremaître, le cow-boy Pete, de ramener son corps au village natal s'il devait mourir au Texas. "If I die over here," dit Melquiades dans un de ces moments de prémonition qui mettent l'interlocuteur mal à l'aise, "I don't want to be buried on this side, with all the fucking billboards." Il ne veut pas être enterré près de ces foutus panneaux publicitaires.
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Nous ne sommes plus dans le western classique des éleveurs de bétail où les gars faisaient pleuvoir la mort au nom de la justice, oeil pour oeil. Le Texas d'aujourd'hui a oublié l'esprit pionnier, ses femmes et ses hommes ont perdu leur honneur. Tommy Lee Jones (acteur célèbre qui met ici en scène son premier film de cinéma, tout en assurant le rôle du justicier) esquisse le portrait d'une demi-douzaine de personnages désenchantés, noyés par la monotonie d'une existence dont ils sont les victimes consentantes. Le shérif lâche et impuissant; la serveuse qui le console pour quelques dollars; la jolie jeune femme du garde-frontière, désoeuvrée dans son mobil-home... En face d'eux, des clandestins risquent leur peau pour un peu de travail.

Le conflit autour de la valeur d'une simple vie, celle d'un Mexicain qui rêvait d'un avenir familial, est au centre de la deuxième partie du film où le spectateur suit la progression des trois hommes à cheval sur des sentiers semés de dangers, de révolte et de mystère. Que va-t-il se passer à la fin du voyage? Pete, le bourru qui tient sa promesse et mène le convoi, le sait-il lui-même?
En cours de route, les hommes rencontrent un vieillard aveugle qui vit solitaire dans une cabane éloignée de tout. Il leur offre la soupe et, lorsqu'ils le quittent, leur demande d'avoir la miséricorde de mettre fin à sa vie. Le convoi l'abandonne à son sort. Pete et Mike ont d'autres comptes à régler avec la mort. Les Trois enterrements pose les problèmes, mais ne remplace ni le pasteur ni le facteur, il n'a pas de message à délivrer.
Pendant le trajet (le pélerinage?), Mike le garde-frontière subit les outrages réservés aux immigrants clandestins. Il se ramasse des raclées, vomit à côté du cadavre en décomposition; il est finalement dépouillé de tous les avantages accordés à ceux qui imposent l'ordre établi. A côté de lui, Pete est un justicier de peu de paroles, violent, emporté et pourtant pédagogue. Au bout du chemin, les deux hommes ne trouvent pas ce qu'ils attendaient ou craignaient. C'est le plus troublant, le plus obscur des chemins initiatiques, une méditation sur la rédemption et la paternité morale.


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