Lettre à C. qui m'a envoyé un kilo de confit de canard

Chère C,
Un grand, grand merci! J'ai bien reçu le colis des quelques spécialités de ta région -- confit de canard, rillettes de canard et bloc de foie gras de canard -- que tu m'as fait parvenir par ton ami D. Cela tombe à pic: je sors d'une huitaine de jeûne complet après lequel on se réalimente lentement et de manière prudente.
D. s'est arrêté un moment et m'a entretenu de son amour du cinéma, des actrices et des metteurs en scène qu'il a rencontrés grâce à sa profession. Il a parlé de voyages; nous sommes tombés d'accord sur les temples de Khajuraho en Inde, sur le Cachemire et la cuisine chinoise. Puis il a évoqué le souvenir de son ex-épouse grecque: c'était bien ce que je pensais, elles sont pires que les Françaises. Je puis te le dire sans t'offenser puisque tu n'est pas française, mais corse. Plusieurs de mes amis ont demandé l'asile humanitaire en Suisse pour échapper à leur gauloise de choc; elles les harcelaient, houspillaient et leur criaient dessus 18 heures sur 24. Eh bien, les Grecques se réveillent la nuit pour reprendre l'argument! J'admire D. qui a résisté à l'épreuve pour devenir encore plus humain, poursuivant sa vie avec calme et curiosité. On devrait le signaler, ce serait une nouvelle catégorie de résilience, très actuelle et sur laquelle Boris Cyrulnik a fait l'impasse, fasciné qu'il était par Barbara et Georges Brassens.
La femme française est à l'image du locataire de l'Elysée ou des canards gavés chez qui la représentation dépasse la fonction. Elle est pénétrée au plus profond par le devoir de convaincre. Pour s'en tirer, le mari laisse échapper un grognement d'approbation ou un simulacre d'indignation quand il le croit opportun. Comme il a déjà enduré sa mère, il trouve cela naturel.La femme américaine, sais-tu, est beaucoup plus redoutable. Elle parle aussi d'abondance, mais il faut demeurer sur ses gardes en l'accompagnant. Si, par distraction, on approuve quand il faudrait grommeler "bien sûr que non" (car elle pose des questions rhétoriques) elle peut très bien nous signaler au bureau du politiquement incorrect. Si, d'autre part, on a futilement tenu la porte pour la laisser passer, on risque fort de se retrouver le soir même en tôle pour tentative de viol aggravée.
Mais je m'égare. Cet après-midi, profitant du beau temps, j'ai bêché une planche de mon jardin. La terre est encore très basse en cette saison. Mais le gel a fait son oeuvre, cassant les mottes. J'ai planté une bordure de pensées que j'avais fait fleurir dans la serre.
Je voulais te parler de l'infinie légèreté de l'être qui ne dépend plus de la nourriture pour penser ni vivre. De la gymnastique matinale pendant la semaine de jeûne, des entretiens sur les Béatitudes de l'Evangile, des marches dans la forêt ou les vignes, des bonnes résolutions concernant mon plan d'alimentation, mais je m'aperçois qu'il est tard et je ne voudrais pas manquer la levée de la boîte aux lettres.

Tu as joint à ta lettre une recette pour apprêter ton cadeau appétissant. Je t'en glisse une autre en échange. Très affectueusement, André.
Confit de canard en cassolette pour 6 personnes: 6 cuisses de confit de canard (env. 1 kilo), 8 belles pommes de terre débitées en rondelles, 3 gousses d'ail, 15 brins de persil hachés.
Prélever 1 cuillère à soupe de graisse de confit, la déposer dans une sauteuse et y faire revenir les pommes de terre en remuant de temps en temps. Faire revenir les cuisses à la poêle afin de les dégraisser. Les installer dans des cassolettes individuelles. En fin de cuisson des pommes de terre, les saupoudrer d'ail haché et de persil, remuer. Dégraisser les pommes de terre, les déposer autour des cuisses et passer à four chaud afin que les cuisses grillent un peu. Prévoir deux jours de jeûne supplémentaires. [Recette: JeDecouvreLaFrance.com]

0 Comments:
Enregistrer un commentaire
<< Home