Enquête sur Sai Baba, avatar de Shiva, Shakti et Jésus

C'est le 22 octobre dernier, Fête de la joie des enfants célébrée à l'ashram Prasanthi Nilayam dans la ville de Puttaparthi (Etat indien de l'Andhra Pradesh). Le jeune Krishna De, 9 ans, récite un compliment à son cher gourou Sai Baba, 79 ans, en orange: "De Toi nous provenons, Bhagawan [Maître], et à Toi nous devons tous retourner". Suit un très long spectacle de danse. Il met en scène la vie de Sai Baba dont la venue sur terre avait été annoncée par les textes sacrés des principales religions (y compris la bible) pour réaliser une mission universelle de paix et d'amour.
Sa naissance a été précédée d'une immaculée conception. Avatar du dieu Shiva et de sa compagne Shakti, en même temps que de Jésus-Christ, le baba ressemble à ce qu'on appellerait ailleurs une vieille folle, croisement d'Elisabeth Taylor, de Kadhafi et d'un buffle de rizière. A l'hindouisme, il emprunte l'idée que chaque être porte en lui un part de divinité. Pour le démontrer, il opère des résurrections, des guérisons (aveugles, cancéreux) et des miracles qui ressemblent aux trucs des prestidigitateurs de Las Vegas. "Miracles are my visiting card," se plaît-il à répéter. Il fait apparaître des objets qu'il aurait créés du néant ou de son ventre, via la bouche. Pour les pauvres: un peu de vibhuti [cendre sacrée], des bonbons, une fleur. Pour les riches: des lingam [représentation du phallus divin] en plaqué or, des montres (avec numéro de fabrication) et autres statuettes ou bijoux de dévotion qu'il leur offre.

Avec dix ou quinze millions de zélateurs au monde -- dont Isaac Tigrett, cofondateur de la chaîne de restaurants Hard Rock --, avec 1500 centres de dévotion dans quelque 140 pays, Sai Baba est le gourou indien vivant le plus populaire. Il draine des sommes considérables de l'Occident vers l'Inde, ce qui lui a permis d'ouvrir les écoles, des universités, des hôpitaux et des dispensaires gratuits. Malgré ses origines de basse caste, c'est un homme vénéré pour les autorités indiennes, tourisme oblige.

Dans son homélie adressée à la masse de fidèles indiens et étrangers réunis pour la Fête de la joie, Sai Baba a prêché: "L'homme doit accomplir son Karma [action] dans ce Karmabhumi [champ d'activité] de la naissance à la mort. En fait, la naissance humaine nous a été donnée pour remplir le Karma. Ainsi, nous sommes encouragés à exécuter continuellement différents Karmas. Mais très peu font l'effort de se demander si les Karmas exercés sont des Sathkarmas [bonnes oeuvres] ou non."
Pas besoin de se rendre en Inde pour se faire chier à la prédication du dimanche.
L'argent du Maître divin est aussi investi dans de somptueux et kitchissimes palais -- pour recevoir et impressionner les dévots -- et de luxueuses résidences particulières.

Selon d'anciens adeptes -- ceux du moins qui osent en parler -- l'amour universel de Sai Baba s'exprime aussi de manière charnelle, en privé, de préférence en compagnie de jeunes hommes ou de garçons, surtout les rejetons blonds des adeptes étrangers. Ils ont le privilège de voir l'organe divin s'approcher de leurs pieuses lèvres ou d'être oints d'huile et masturbés par ce dieu vivant. Le gourou leur fait comprendre qu'il va éveiller, sinon corriger leur Kundalini [énergie sexuelle], ou les libérer d'un mauvais Karma passé. Remarque d'un disciple: "La plus grande erreur des humains est de vouloir dicter sa conduite à Dieu. Ceux qui connaissent l'hindouisme savent que les êtres exceptionnels et les avatars se sont souvent comportés de manière étrange, défiant les conventions."
Malgré les accusations lancées dans plusieurs pays, aucune instruction n'a été ouverte en Inde. Même silence officiel lors d'un supposé attentat contre la personne du gourou. Six disciples avaient été tués par sa garde personnelle, dans sa chambre à coucher. Le dossier de l'enquête policière a été égaré. "Lorsque le doute pénètre par la porte d'entrée, constate le gourou lui-même, la foi quitte par la porte de derrière. Gardez vos portes closes!"

















