30.10.05

Enquête sur Sai Baba, avatar de Shiva, Shakti et Jésus

Une de mes amies, artiste à la fois d'une simplicité et d'une générosité sans limite, ne manque pas de se rendre chez Sai Baba quand elle passe des vacances en Inde. J'ai beau l'interroger sur ce que représente ce gourou pour elle, c'est peine perdue, territoire privé. L'autre soir, je suis tombé sur "Les secrets du gourou", diffusé par Planète TV. Ce que j'ai vu m'a poussé à faire une brève enquête sur l'internet.
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C'est le 22 octobre dernier, Fête de la joie des enfants célébrée à l'ashram Prasanthi Nilayam dans la ville de Puttaparthi (Etat indien de l'Andhra Pradesh). Le jeune Krishna De, 9 ans, récite un compliment à son cher gourou Sai Baba, 79 ans, en orange: "De Toi nous provenons, Bhagawan [Maître], et à Toi nous devons tous retourner". Suit un très long spectacle de danse. Il met en scène la vie de Sai Baba dont la venue sur terre avait été annoncée par les textes sacrés des principales religions (y compris la bible) pour réaliser une mission universelle de paix et d'amour.

Sa naissance a été précédée d'une immaculée conception. Avatar du dieu Shiva et de sa compagne Shakti, en même temps que de Jésus-Christ, le baba ressemble à ce qu'on appellerait ailleurs une vieille folle, croisement d'Elisabeth Taylor, de Kadhafi et d'un buffle de rizière. A l'hindouisme, il emprunte l'idée que chaque être porte en lui un part de divinité. Pour le démontrer, il opère des résurrections, des guérisons (aveugles, cancéreux) et des miracles qui ressemblent aux trucs des prestidigitateurs de Las Vegas. "Miracles are my visiting card," se plaît-il à répéter. Il fait apparaître des objets qu'il aurait créés du néant ou de son ventre, via la bouche. Pour les pauvres: un peu de vibhuti [cendre sacrée], des bonbons, une fleur. Pour les riches: des lingam [représentation du phallus divin] en plaqué or, des montres (avec numéro de fabrication) et autres statuettes ou bijoux de dévotion qu'il leur offre.
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Avec dix ou quinze millions de zélateurs au monde -- dont Isaac Tigrett, cofondateur de la chaîne de restaurants Hard Rock --, avec 1500 centres de dévotion dans quelque 140 pays, Sai Baba est le gourou indien vivant le plus populaire. Il draine des sommes considérables de l'Occident vers l'Inde, ce qui lui a permis d'ouvrir les écoles, des universités, des hôpitaux et des dispensaires gratuits. Malgré ses origines de basse caste, c'est un homme vénéré pour les autorités indiennes, tourisme oblige.
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Dans son homélie adressée à la masse de fidèles indiens et étrangers réunis pour la Fête de la joie, Sai Baba a prêché: "L'homme doit accomplir son Karma [action] dans ce Karmabhumi [champ d'activité] de la naissance à la mort. En fait, la naissance humaine nous a été donnée pour remplir le Karma. Ainsi, nous sommes encouragés à exécuter continuellement différents Karmas. Mais très peu font l'effort de se demander si les Karmas exercés sont des Sathkarmas [bonnes oeuvres] ou non."

Pas besoin de se rendre en Inde pour se faire chier à la prédication du dimanche.

L'argent du Maître divin est aussi investi dans de somptueux et kitchissimes palais -- pour recevoir et impressionner les dévots -- et de luxueuses résidences particulières.
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Selon d'anciens adeptes -- ceux du moins qui osent en parler -- l'amour universel de Sai Baba s'exprime aussi de manière charnelle, en privé, de préférence en compagnie de jeunes hommes ou de garçons, surtout les rejetons blonds des adeptes étrangers. Ils ont le privilège de voir l'organe divin s'approcher de leurs pieuses lèvres ou d'être oints d'huile et masturbés par ce dieu vivant. Le gourou leur fait comprendre qu'il va éveiller, sinon corriger leur Kundalini [énergie sexuelle], ou les libérer d'un mauvais Karma passé. Remarque d'un disciple: "La plus grande erreur des humains est de vouloir dicter sa conduite à Dieu. Ceux qui connaissent l'hindouisme savent que les êtres exceptionnels et les avatars se sont souvent comportés de manière étrange, défiant les conventions."

Malgré les accusations lancées dans plusieurs pays, aucune instruction n'a été ouverte en Inde. Même silence officiel lors d'un supposé attentat contre la personne du gourou. Six disciples avaient été tués par sa garde personnelle, dans sa chambre à coucher. Le dossier de l'enquête policière a été égaré. "Lorsque le doute pénètre par la porte d'entrée, constate le gourou lui-même, la foi quitte par la porte de derrière. Gardez vos portes closes!"

26.10.05

But My Heart Belongs to Daddy And He Treats It So Well

Si les indices continuent à l'incriminer dans les affaires qui secouent la Maison-Blanche, le vice-président Cheney pourrait démissionner de son poste. Dans ce cas, le président chercherait à nommer la secrétaire d'Etat en remplacement. Pourquoi?
D'abord: Condoleezza Rice fait partie du gang des vestales qui veillent jour et nuit sur W. C'est elle qui, lorsqu'il est bourrelé de remords et chie de peur dans son pyjama, montre ses dents blanches dans la nuit noire et menace les fantômes d'une mort pire que celle les prisonniers de guerre torturés dans les prisons de l'armée.

Ensuite: si elle assurait la fin du mandat de Cheney, Miss Rice pourrait se présenter comme une candidate républicaine expérimentée à l'élection présidentielle de 2008. Ce serait une première, une double victoire: celle des femmes et des Noirs. Pourtant les femmes américaines et les Noirs n'en sont pas tous persuadés. Pourquoi?

Selon les Noirs qui la connaissent, la petite Condi a été élevée dans un milieu bourgeois, ignorante de la vie de ses condisciples de couleur, adulée par son père. Les filles à papa qui jouent des fugues de Bach au piano (pendant que les autres se démerdent comme elles le peuvent) grandit avec l'assurance que tout lui est dû. Pour faire court, les observateurs constatent: aussi s'étonne-t-elle qu'on lui reproche de faire tranquillement ses courses chez Ferragamo, le chausseur de luxe, pendant que les gens de sa race risquent la noyade à La Nouvelle-Orléans. Ils en concluent: elle ne se battra jamais pour les Noirs ni pour le respect des droits de la femme.

Ce serait un joli thème de débat entre Mmes Merkel et Rice: femme ou Mensch? Représentante des mal lotis ou de tout le monde (c'est-à-dire de personne)? A l'une on reproche de n'avoir pas d'enfants, à l'autre de n'être pas mariée, ni d'exhiber au moins un compagnon honorable. A toutes deux de garder privée leur vie privée et de se présenter en êtres désincarnés. Mais que dirait-on si elles menaient ouvertement des vies de galopines?

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Cette photo date de mai. Partant du Qatar, Miss Rice avait gagné le nord de l'Iraq (pas dangereux) via l'Allemagne. Le petit soldat Condi, sur les traces de Daddy, avait mis un casque pour se protéger du mitraillage des photographes qu'elle avait emmenés avec elle. Son déguisement est une insulte aux femmes et aux hommes qui ont vraiment besoin de protections pour exercer leur sale métier de guerriers.

Comme était le déguisement de Daddy le jour où il fêtait la "victoire" en Irak sur un porte-avion loin du danger. Visez-moi le paquet de mâle alpha! Avait-il enfilé une chaussette supplémentaire? And tell me: why are the Bushes, work wifes included, so fucked up? Please somebody with a degree in bitchology answer this question.

24.10.05

La petite dame au bord du canapé

La petite dame au bord du canapé (mais pas de la crise de nerfs) se nomme Harriet Miers. Elle fait partie de la garde féminine rapprochée [work wifes] du "chef du monde libre". Il entend la nommer à la Cour suprême car elle a été son avocate privée avant de le suivre à Washington. Cette célibataire de soixante ans est travailleuse, loyale. Actuellement, c'est surtout de patience dont elle a besoin.
Miers-Salazar1 A observer ces deux photos récentes, on ne peut s'empêcher de classer Miss Miers parmi les vraies croyantes, les saintes femmes qui entourent immanquablement les politiciens éminents, les chefs religieux (le pape, les évêques et les popes), les gourous et les inspirés (comme Gandhi). Pour eux, elles sont prêtes à tout -- même aux actes les plus répréhensibles -- comme aux grands sacrifices. Les politiciens les utilisent sans scrupules; les gourous en abusent sexuellement et financièrement; les chefs religieux réussissent grâce à elles et les oublient lorsqu'il s'agit de s'acquitter de leur dette envers elles.
President George W. Bush nominates White House Counsel Harriet Miers as Supreme Court Justice during a statement from the Oval Office on Monday October 3, 2005. White House photo by Paul Morse
Pourtant elles fonceraient dans les flammes du martyre pour eux, le sourire aux lèvres.
President George W. Bush and Laura Bush join Nancy Reagan, Friday, Oct. 21, 2005, as she cuts the ribbon to officially open the Air Force One Pavilion at the Ronald Reagan Library in Simi Valley, Calif., featuring the Boeing 707 aircraft that served President Ronald Reagan and six other presidents. Fred Ryan Jr. of the Ronald Reagan Presidential Foundation is seen at right. White House photo by Eric Draper
La petite dame qui coupait le ruban, vendredi dernier, à la Bibliothèque Ronald Reagan (Simi Valley, Californie) pour l'inauguration du pavillon consacré au Boeing 707 Air Force One est Nancy, la veuve de Ronald. Cette photo aussi me fascine. Une revenante honore un avion mis à la retraite après avoir transporté sept présidents sans encombres (hélas!). Les Américains visitent volontiers des mausolées où, faute de trouver les cadavres embaumés des salauds qui les ont couillonnés (comme il était d'usage en Russie soviétique), ils admirent d'autres épaves.

A propos: de livres, on n'en voit point à l'horizon (l'homme, à droite, qui a avalé un sabre au petit-déjeûner et souffre d'acidité, les a fait débarrasser pour loger le 707). La seule personne, sur la photo, à avoir jamais tenus plusieurs livres à la fois entre ses mains est la femme en vert, bibliothécaire de formation. Est-ce pour cela qu'elle ressemble à un zombie, moins réelle que la vieille dame appliquée?

20.10.05

La fine fleur de la psychologie occidentale opère en Afghanistan

Un reportage de la chaîne de télévision australienne SBS diffusé mercredi montrait des soldats américains en Afghanistan en train de brûler les cadavres de combattants supposés Talibans. Selon la Convention de Genève, l'inhumation d'ennemis tombés au combat devrait se dérouler de manière honorable et, si possible, selon les rites de la religion à laquelle appartenait la personne décédée. La crémation des corps est contraire à la foi musulmane. Les soldats américains ont justifié leur acte par des raisons d'hygiène, mais les reporters présents affirment que le lieu où s'est produit l'incident sacrilège était isolé et ne présentait donc aucun risque de contamination.
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Le reportage montrait aussi l'action d'une unité d'opération psychologique de l'Armée américaine diffusant un message dans un village supposé protéger des Talibans. Selon la traduction proposée par les Australiens, le message en langue locale traitait les guerriers talibans de "chiens lâches". "Vous avez laissé vos combattants par terre, sur le ventre et tournés vers l'ouest; vous les avez laissés brûler. Vous êtiez trop chiards pour venir ramasser leurs cadavres. Cela prouve que vous êtes bien des tantouzes, comme nous l'avons toujours pensé."

"Vous attaquez et fuyez comme des femmes. Vous vous appelez Talibans, mais vous êtes le déshonneur de la religion musulmane et vous apportez la honte à vos familles. Approchez et battez-vous comme des hommes au lieu des chiens lâches que vous êtes!"
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Je suis persuadé que les unités d'opération psychologique ont sérieusement étudié la meilleure méthode d'enseigner les vertus occidentales et chrétiennes de la démocratie aux Talibans et qu'elles sont en train de gagner le coeur du peuple afghan, selon le plan du grand leader du conservatisme compassionnel qui a aussi été appliqué dans les prisons d'Abu Ghraïb ou de Guantanamo. Les préoccupations du Conseil oécuménique des Eglises américaines par rapport à un christianisme trop musclé et testostéroné, nazi ou autre, [blogue du 16.10] sont superflues, n'est-ce pas?

19.10.05

La guerre contre le terrorisme passe par les barbiers

La guerre contre le terrorisme a franchi une étape capitale le 24 septembre dernier avec l'arrestation, à Bagdad, de Walid Muhammad Farhan Juwar al-Zubaydi, selon ce que rapporte un communiqué des Forces américaines publié il y a quatre jours.

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L'accusé est suspecté d'avoir utilisé ses talents professionnels de barbier pour aider des militants d'Al Quaïda à changer de tête et échapper ainsi à la justice.
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Les chefs d'accusation portés contre le barbier portent sur l'application de teintures capillaires, le maniement de coupes de cheveux et tailles de la barbe dans le but de changer l'allure de ses clients. [Un artiste de cette compétence pourrait-il aider l'Anglais Mick Jagger (des Rolling Stones) avant qu'il ne se fasse arrêter dans le métro?]

A quel Etat complice (pratiquant la torture en sous-traitance) les Forces américaines vont-elles expédier le barbier de Bagdad pour qu'il livre la composition du shampoing colorant de bin Laden?

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A peine les élections terminées [comment interpréter le résultat de cette "victoire de la démocratie"?], on se précipite en Irak vers un autre événement-spectacle pour faire croire que la situation évolue. Il s'agit du premier procès de Saddam Hussein. Les photos qui circulent maintenant sur le terrible prisonnier suscitent l'étonnement. Après l'humiliation -- le président en slip lors de sa "capture" --, voici le portrait très classe d'un Oriental séducteur, en chemise blanche, le poil noir sauf la pointe de sa barbe, poivre et sel. Quel message véhicule cette mise en scène, si ce n'est que Saddam dispose, lui aussi, d'un barbier compétent? Les Irakiens ont droit à un vrai procès. Cette photo pue la mise en scène et ne nous fait rien présager d'honnête. Va-t-on le condamner à mort avant qu'il n'ait eu la possibilité de rapporter combien ses alliés occidentaux l'ont soutenu dans ses basses oeuvres, il n'y a pas si longtemps?

18.10.05

Bonne nouvelle pour les espèces en danger

Le capitalisme peut sauver les espèces en danger: telle est le constat encourageant que viennent de faire les frères William et Frank von Hippel. D'un côté: les espèces animales sauvages menacées de disparition parce que certains de leurs organes sont utilisés en médecine traditionnelle. De l'autre: une espèce en voie de mise à l'écart vu que l'un de ses organes ne fonctionne plus de manière satisfaisante.
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Oui, relèvent les frères von Hippel, au lieu de consommer des extraits provenant d'animaux sauvages pour soutenir leur virilité, les mâles de l'espèce humaine avalent de plus en plus le petit comprimé bleu -- cher, certes, mais pas plus que les poudres magiques.

William von Hippel, un psychologue de l'Université de New South Wales à Sydney, et Franck von Hippel, biologiste à l'Université de l'Alaska à Anchorage ont découvert que le médicament occidental est en train de remplacer les potions traditionnelles -- cornes de rhino en poudre, pénis de phoques, bois de cerfs, vésicules biliaires d'ours ou de tigre, etc... Ces gars ont dû consommer beaucoup de produits pour les soutenir dans une étude aussi bouleversante et inattendue.

En Suisse, le sel de cuisine est enrichi d'iode; on voulait aussi y ajouter du fluor pour sauver les dents. Avec un extrait soluble de la pillule bleue dans l'eau potable, on pourrait sauver cette espèce insatisfaisante et insatisfaite qu'est le mâle vieillissant. Le Suisse mourrait plus tôt, certes, mais avec le sourire.

16.10.05

Un christianisme musclé aux hormones nationalistes

Un documentaire intitulé Theologians Under Hitler sera prochainement diffusé sur la chaîne de télévision américaine PBS. Réalisé par la compagnie Vital Visuals, le film analyse comment les Allemands en étaient arrivés, dans les années trente, à se considérer comme l'une des nations les plus chrétiennes de la terre, estimant même que Hitler était un don de Dieu, apportant Sa parole au monde.
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Face aux plus célèbres théologiens de l'époque qui soutenaient le parti nazi (Paul Althaus, Emanuel Hirsch et Gerhard Kittel entre autres, certains même souscrivaient à la "solution finale"), le pasteur Dietrich Bonhoeffer (qui a résisté jusqu'à la mort) et ses amis représentaient l'exception. Selon la thèse du film, la religion des humbles et des opprimés -- jugée efféminée, émasculée -- s'est transformée en mouvement conquérant. Les Eglises baignaient dans le patriotisme, dans le culte du héros aryen musclé et anti-intellectuel. Elles allaient jusqu'à comparer Hitler à Jésus et à proclamer que le Troisième Reich était l'avènement du Royaume de Dieu sur terre.

Aujourd'hui, le Conseil oécuménique des Eglises américaines [auquel n'adhère aucune communauté fondamentaliste] pose des questions. Est-ce que ce qui s'est passé en Allemagne nazie pourrait se reproduire: un christianisme musclé et financièrement couronné de succès, son soutien de la guerre à n'importe quel prix, un patriotisme aveugle, la notion du Gott mit uns / God is on our side? Que pouvons-nous apprendre du manquement des Eglises allemandes? Comment l'Eglise d'aujourd'hui peut-elle reconnaître les signes des temps?

Portrait of James Madison

Un peu d'histoire américaine. James Madison (1751-1836), quatrième président des Etats-Unis (1809-1817), l'un des créateurs du Parti républicain et inspirateur principal de la Constitution (1787) s'est exprimé sur la relation de l'Eglise à l'Etat. Dans ses écrit, il a condamné l'utilisation de la religion pour réglementer la vie civile. L'assujettissement de la loi à la religion aurait pour conséquences, affirmait-il, "l'orgueil et l'indolence du clergé, l'ignorance et la servilité des laïques, et pour tous: la superstition, la bigoterie et la persécution." La séparation de l'Eglise, selon Madison, n'allait pas faire rétrograder la religion, mais la sauvegarderait d'une exploitation par les autorités politiques, "d'une corruption exécrable des bénéfices du salut".



12.10.05

Le dit d'Odile, de Frédéric, Djibril et Zinédine

*** La photographe française Karine Lhémon publie un livre, Objets-Chômages, dans lequel des chômeurs présentent un objet symbolique de leur vie quotidienne. Odile T., 45 ans, habitant Rueil-Malmaison, se présente avec un sac du magasin Lidl [prix bas]: "Le fait d'être au chômage veut dire restrictions, et je me demande comment je peux réduire mon budget (le loyer, etc., sont incompressibles), alors je diminue de 40% le montant de la colonne nourriture. Donc je vais chez Lidl, la qualité des produits n'est plus pour moi. Dans ces moments-là, je me sens insignifiante, vide, et je me demande où je vais aller. Et la peur de ne plus pouvoir s'en sortir..."

Frédéric B., 33 ans, Paris, se présente avec un livre. "Pendant ma période de chômage, le livre représente pour moi un refuge, un territoire sûr à l'écart des contraintes matérielles, un sanctuaire préservé des contingences socio-économiques. Le livre est un monde en soi. C'est dans ce monde moins réel, parfois bizarre, à l'abri du nécessaire, du quotidien et des autres, que j'ai trouvé un rempart au chômage, fuyant ainsi la dure réalité du [manque de] travail."


*** L'autre jour, après le nul arraché de justesse à Berne, le footballeur français Djibril Cissé a fait cette fine remarque: "A partir de tout de suite, il faut faire très attention aux détails." Un autre Français, Zinédine Zidane, a l'os à vif: "Ne vous y trompez pas, on vieillit mal sur un terrain." Si les Suisses devaient remporter ce soir leur match à Dublin, les Français souffriraient un peu plus encore.

11.10.05

La dinde aux marrons

Le président des Etats-Unis souffre. A part le malaise qu'il a créé au sein de la justice américaine (et même parmi les Conservateurs) en nommant à la Cour suprême son ancienne avocate personnelle, sans expérience de la justice fédérale, il va devoir réagir à un sondage peu réconfortant.

En effet, un sondage Ipsos réalisé ces derniers jours auprès d'un millier d'adultes révèle que 50% des Américains seraient d'accord avec la proposition suivante: "S'il s'avérait que le président Bush avait menti sur ses raisons d'envahir l'Iraq, le Congrès devrait envisager une mise en accusation [impeaching him]". Parmi les personnes sondées, 44% ne sont pas d'accord.

Il ne restera bientôt plus qu'une dérobade au président qui s'est, paraît-il, remis à boire: prétendre qu'il a attrapé la grippe aviaire en plumant la dinde du prochain Thanksgiving. [Sur la photo, la blanche volaille nommée Liberty avait été convoquée à la Maison-Blanche pour le jour du Merci-Donnant de novembre 2001.]

7.10.05

Les hélicos, "cadeaux d'En-haut"

Le ministre de la guerre de la Confédération était interviewé dimanche à "Mise au point" (TV romande) au sujet de l'achat de 20 hélicoptères italiens munis de tout le confort guerrier requis par la capricieuse armée suisse. Samuel Schmid (qui se ramasse des heures sup cette année en tant que Président de la même Conf) a donné des réponses totalement inintelligibles, incohérentes aux questions simples de son interlocuteur. Non, il n'a pas développé un discours technique qui m'aurait dépassé! C'était lui, le dépassé. Un pauvre homme aussi nul qu'on le dit dans son dos. Il doit faire le désespoir de son état-major. Oh! la honte d'être représenté par S.S. auprès des instances internationales! C'est pas dans des têtes comme la sienne qu'on réfléchit à l'avenir. S.S. est représentatif de la fraction suisse qui avance les yeux tournés vers le passé, le corps transformé en sac de sel.

Hell


L'engin à deux hélices orientables qui s'immobilise au-dessus d'une rue orientale est un héliplane CV-22 Osprey de Bell et Boing qui, théoriquement, devrait présenter les avantages de l'hélico et le rayon d'action d'un avion. Il figure dans une publicité parue ces derniers temps dans Armed Forces Journal, revue de l'armée américaine et dans l'hebdo politique National Journal publié à l'intention des gens de pouvoir qui grouillent dans les couloirs de Washington.

Le texte est éloquent: "It descends from the heavens. Ironically it unleashes hell". (Il descend des cieux. Par ironie il déchaîne l'enfer.) Plus loin: "Consider it a gift from Above". (Prenez-le comme un cadeau d'En-haut.) Explication plus technique: "The CV-22 delivers Special Forces in insertion points never thought possible". (Le CV-22 amène les troupes d'assaut à des points d'intervention jusqu'ici considérés inaccessibles.)

Moi dont le coeur saigne pour tous les jeunes hommes qui se font tuer inutilement (toreros, acrobates, soldats), je remarque que les gars qui descendent du CV-22 le long de leurs cordes ont bien de la chance que la rue soit déserte. Dans une vraie ville du Moyen-Orient, ils se feraient mauvaisement canarder, d'autant plus qu'ils attaquent un lieu de prière, une mosquée dédicacée à Mahomet (c'est marqué dessus) dans laquelle aucun fidèle ne considérerait que ce feu est a gift from Above. J'en conclus que les constructeurs de cet engin (un piège mortel aussi pour les occupants) seraient les seuls bénéficiaires si le peuple américain faisait définitivement l'amalgame entre terroristes et Musulmans.

Foin de considérations morales. Parlons business et technique. Il paraît que le CV-22, dans son état actuel, représente quasiment une impossibilité technique, tant pour une utilisation civile que militaire (peu maniable, trop délicat et vulnérable). Son projet avait passé à la trappe sous Bush Premier après la chute de deux prototypes (Cheney était alors ministre de la défense). Il a été repêché, sous Clinton, grâce à un lobbying lourd et à un devis sous-estimé. Deux accidents graves plus tard, la production du CV-22 est lancée -- à 159 millions de dollars/pièce -- alors même que l'étude du prototype continue. Car l'appareil n'est pas encore viable. Les engins qui sortent de l'usine au rythme d'un par mois sont entreposés en attendant d'être modifiés. Afin de devenir opérationnels.

4.10.05

Comment Hollywood abêtissait le public américain

Le souvenir remonte à l'été 1985. Un samedi midi, j'étais allé chercher Nurettin le Turc à la clinique psychiatrique de Nant pour aller manger au restaurant. Il avait envie de croûtes aux champignons. J'avais repéré une terrasse (c'était préférable étant donné le comportement incohérent de Nurettin), la présence des croûtes au menu et emmené deux coussins pour caler sa maigreur famélique -- lui, si costaud un an plus tôt. En arrivant sur la terrasse, il fallait soutenir l'homme par le bras, choisir une table avec parasol, si possible éloignée des autres clients, et prier qu'il ne change pas d'avis, qu'il ne réclame pas des escargots, une assiette d'une autre couleur ou des couverts en bois. Qu'il ne vomisse pas après trois bouchées.

Alors que je plaçais les coussins sur la chaise de Nurettin, j'ai eu peur qu'on nous prie de quitter. A la table voisine, une femme demandait haut et fort à son entourage: "Il ne vous rappelle pas ce qu'on a vu à la télévision, celui-là?" Elle parlait, c'était certain, de l'acteur Rock Hudson qui s'était effondré au Ritz à Paris et avait été emmené à l'Hôpital américain. Hudson, disait la rumeur, était venu en France à la recherche d'un traitement miracle pour son "cancer du foie". Mais les médecins l'avaient convaincu de publier un communiqué véridique sur son état (ils y parviennent plus facilement avec une star mondiale qu'avec un politicien indigène). Le secrétaire de l'acteur avait déclaré que Rock Hudson, 60 ans, était gay et qu'il souffrait d'un sida avancé. Les gens avait vu sa silhouette décharnée (1,93m) et son visage émacié à la télévision.

Rock Hudson: Before and After
Ancien facteur, chauffeur de poids lourd lorsqu'il avait été engagé à Hollywood, Rock Hudson était l'un des derniers grands que l'industrie avait complètement façonné selon l'image qu'elle voulait donner du briseur de coeurs. Les mères le souhaitaient pour beau-fils, les femmes le désiraient et les hommes désiraient lui ressembler. Mariage forcé (trois ans pour étouffer des rumeurs), dédommagements financiers pour faire taire les journaux à ragots, c'était la loi d'airain des studios. Parmi ses grands succès: Géant (1956) de George Stevens, avec Elizabeth Taylor et James Dean [partenaire pas seulement à l'écran], L'Adieu aux armes de Charles Vidor, avec Jennifer Jones. Puis Doris Day et lui étaient parvenus au zénith de leurs carrières dans l'inénarrable comédie Dialogue sur l'oreiller (1959) de Michel Gordon.
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Au siècle dernier, les producteurs juifs de Hollywood, les scénaristes et metteurs en scène homos ou bisexuels prenaient un malin plaisir à duper le public américain en jouant avec ses archétypes et ses préjugés. On le déchiffre dans Pillow Talk. La façade d'étalon de Rock Hudson était si bien établie qu'ils ont osé lui faire jouer une séquence où son personnage, hétéro, se fait passer pour un homo. Sans crainte de vendre la mèche. Tordu!

Rock Hudson in a bathtub!
Mais Nurettin et moi n'étions pas au cinéma. Heureusement, il n'a pas fait de caprice majeur et personne ne nous a chassés du restaurant. Quant à Rock Hudson, il a vécu toute sa vie dans le placard -- secret et déni -- pour des raisons commerciales et/ou autres. Se sachant malade du sida, il n'en a pas informé ses partenaires. Sa mort, en revanche, a donné un visage public au sida. Il s'est éteint début octobre de la même année; Nurretin le Turc deux semaines plus tard.

Fin 1985, plus de 6000 personnes étaient déjà mortes du sida aux Etats-Unis; 50 en Suisse. Le président Ronald Reagan n'a pas levé le petit doigt pour financer la recherche, la prévention ni l'accompagnement des malades. En Suisse, le gouvernement a immédiatement réagi avec lucidité et générosité. Reagan a attendu 1987 et 20'000 morts avant de reconnaître publiquement l'existence du problème. C'est le prix que paient les peuples enclins à élire un président qu'ils inviteraient volontiers à leur barbecue.

1.10.05

Contre la répression des gazouillis: l'arbre à tétines

Dans son journal de la semaine, sombre et enchanté, que Libération publie aujourd'hui, la Parisienne Brigitte Fontaine demande en titre: "Où faut-il aller?" Son sort quotidien, c'est "la brûlure et le poids de la fatigue"; elle voudrait s'en reposer dans "une vallée gelée avec des arbres et une vaste maison munie de poêles en fonte". Fuir?: "... puisqu'il est évident que la France, douce France, devient de plus en plus genre Blair et Bush, quel funeste délire, quel effroi, et le pays de la liberté est en train de devenir celui de la répression sous toutes ses formes. La vérole sur leur gueule. Je songe sérieusement (?) à aller habiter dans quelque temps au Danemark, terre, dans mon rêve, terre jolie, humaine, fraîche et sans orages."

Le Danemark, terre fraîche pour une grande vieille dame de la chanson française; terre humaine et sensible pour les bambins. Oui, c'est bien un arbre à tétines, photographié ici au Jardin public Frederiksberg de Copenhague, suttetrae dont les branches sont chargées de lolettes [Suisse romande], tétines [les Français ne sont pas poètes], sucettes ou pacifiers [en anglais, car ménageant la paix des familles] . Quand je vois une petite fille ou un petit garçon privé du droit fondamental aux gazouillements, flanqué d'une muselière, j'ai envie de lui rendre sa liberté d'expression. Si l'enfant crie, je révise bien sûr mes convictions abolitionnistes...

Il paraît que plusieurs parcs du Danemark comptent un arbre à tétines. Lieux de pèlerinage pour les enfants en âge de renoncer à la lolette. Le parent: "Maintenant tu es devenu tellement grand/e que tu pourrais t'en passer, comme les autres grands. Regarde cet arbre! je te propose, si tu es d'accord, de lui donner ta lolette et de lui promettre de ne plus jamais en mettre une dans ta bouche." L'arbre et sa garniture, après tout, sont la preuve que c'est possible.

Ma voisine Juju collectionne
des lolettes de toutes les couleurs;
ses préférées épousent la forme d'un papillon (incapable de voler). Les mécènes de Juju encouragent ce hobby coûteux en le finançant. Leur intérêt? Ils répandent
les lolettes dans le lit de Juliette
afin que, lorsqu'elle se réveille la nuit, elle gobe la plus proche au lieu de les réveiller. Qui a dit que les mécènes seraient des sponsors désintéressés?

Juju et moi allons garnir un arbre qui se tient à la jonction de son jardin et du mien. Nous commencerons, lorsque le temps sera venu pour elle, avec
les lolettes de sa collection.
L'arbre attirera les papillons du voisinage, puis les moutards en âge de désintox. Notre arbre s'appellera Pèlerinage, ou Lolo, comme il leur plaira.