28.9.05

La prochaine Première Dame s'appellera Bill

Bonne nouvelle: les Etats-Unis ont une présidente. Du moins dans le feuilleton de télévision Commander in Chief dont le premier épisode a été diffusé hier soir. Élue vice-présidente, Mackenzie Allen, mère de famille, est propulsée présidente lorsque le titulaire meurt d'une rupture d'anévrisme. Question: est-ce que Clinton [aujourd'hui, quand les médias anglo-saxons parlent de "Clinton" il s'agit de Hillary -- on est peu galant en anglais] est-ce que Clinton, donc, a placé des copains à elle parmi les producteurs et scénaristes? Après tout, 39% des Démocrates voteraient aujourd'hui en faveur de sa candidature à l'élection présidentielle de 2008, contre 21% pour le pauvre John Kerry.

Eh bien oui, la sénatrice de New York, épouse du précédent président des Etats-Unis, compte un ancien chargé de sa communication parmi les scénaristes. Bill Clinton pourrait bien retourner à la Maison-Blanche. En tant que Première Dame au masculin.

Le créateur du feuilleton, autre supporter de la sénatrice en privé, remarque que l'effet positif de la série serait plutôt d'ouvrir la voie à une candidature féminine, qu'elle soit de droite ou de gauche. Et déjà on fantasme sur une lutte au finish entre Condoléance et Hilarité: que la plus mauvaise ou la plus méchante gagne! Un livre, Condi versus Hillary, sort de presse ces prochains jours.

Des fans d'Hillary ont créé un site internet de soutien bill-for-first-lady.com qui propose les inévitables maillots et autocollants, mais diffuse aussi deux courtes vidéos hilarantes/faciles où l'on voit ce pauvre Bill attifé comme ci-dessus soulager sa vessie à côté d'un homme ébahi, ou essayer un string rose devant une vendeuse, ébahie elle aussi. Les auteurs du site estiment que "comme cela, toutes les plaisanteries de cet ordre seront éculées bien avant 2008".
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Il est sûr que l'installation de Bill Clinton dans les appartements du premier étage posera quelques problèmes d'intendance. Il faudra renvoyer toutes les femmes de chambre. La question du mari envahissant ne s'était pas posée à Berne avec notre première présidente. Prudents, les politiciens suisses avaient choisi une célibataire.

23.9.05

Les frères Zuckermann et le Mur de Berlin

Avant les années noires du national-socialisme, l'humour berlinois et l'humour juif rivalisaient au cabaret et au théâtre -- tous deux vifs, décapants et pourtant tendres. Ce soir, Arte diffuse Alles auf Zucker (Monsieur Zucker joue son va-tout), la première comédie juive tournée en Allemagne depuis la guerre. Un film événement qui a remporté de nombreux prix dans le sillage de Goodbye, Lenin!. Berlin se congratule d'avoir franchi une étape libératrice...

Co-auteur du scénario et réalisateur: le Suisse Dani Levy (ci-dessous, lunettes). Né à Bâle en 1957, il a tôt fait carrière au cirque (clown, acrobate), puis au Basler Theater en tant que comédien. Il a vagabondé durant deux ans sur les routes américaines pour poser finalement son sac de couchage à Berlin. Théâtre pour les jeunes. Premier film (1985) avec sa compagne Anja Franke: Du mich auch, un succès à Cannes. En 1988 avec sa compagne Maria Schrader, une comédie sur les communautés d'habitation et les gars: RobbyKallePaul. Auteur, réalisateur et acteur dans ses propres films, Levi joue aussi pour les autres. En 1994, il fonde la compagnie de production X-Filme Creative Pool avec les célèbres Tom Tykwer (Lola rennt) et Wolfgang Becker (Goodbye, Lenin!). Les rôles principaux de Zucker sont tenus par de grosses pointures (ci-dessous): Henri Hübchen et Hannelore Elsner, mon actrice préférée.
Henry Hübchen, Hannelore Elsner, Dani Levy (v.l.n.r.) bei der Premiere von "Alles auf Zucker". Foto: Nino Ketschagmadse
Pour jouer Marlene, la femme de Jakob Zuckermann, la brune Bavaroise a dû se faire blonde, style ex-RDA, et apprendre à parler berlinois: "Aus hast Du, kannst Du, weisst Du wurde haste, kannste, weeste. Wie eine Fremdsprache habe ich Berlinerisch gelernt."

Cette comédie rocambolesque commence par la rencontre de deux frères qui avaient été séparés par le Mur. Samuel est apparemment riche et ultraorthodoxe; il a vécu à l'Ouest. Jakob, une ancien reporter sportif de RDA, est criblé de dettes et a complètement oublié d'être juif. Les deux frères se rencontrent à la mort de Rebecca leur mère; ils doivent respecter toutes les règles du rite funéraire (sept jours) et se réconcilier s'ils veulent toucher l'héritage. Mais ils sont très mal partis.
Klicken, um eine Postkarte zu «Alles auf Zucker» zu versenden.
Pour recevoir la famille de l'Ouest, Marlene installe le schnickschnack d'un rituel casher dont elle n'a pas la moindre idée. Comme une parabole, ce film montre qu'à la chute du Mur, on n'a pas aboli les autres murs qui séparent encore l'Est de l'Ouest, les juifs des (pas si) gentils, les profiteurs du régime communiste des profiteurs du régime capitaliste, und, und, und... En Allemagne aussi, il est difficile de se mettre d'accord, comme on l'a vu dimanche dernier.

20.9.05

Wiesenthal: la question finale

A Vienne, à la fin des années soixante, j'interrogeais Simon Wiesenthal pour rédiger un papier présentant la traduction française de son livre "Les Assassins parmi nous". (Ce sont des souvenirs imprécis, car je n'ai pas le temps de chercher si j'ai conservé une copie de l'article.) Je voulais connaître ce qui le motivait à continuer la traque des criminels de guerre dont il s'était fait une spécialité [contestée]. Il m'avait déclaré qu'il était croyant et qu'à sa mort, il irait retrouver, dans l'autre monde, les victimes du régime nazi qui lui demanderaient: "Et après notre disparition, qu'est-ce que tu as fait, toi qui as survécu miraculeusement? Est-ce que tu as repris ta profession et profité du boom de la construction en Autriche?"

Simon Wiesenthal qui s'est éteint à l'âge de 96 ans a pu leur répondre hier: "Je ne vous ai pas oubliés".

Le Jüdische Dokumentationszentrum, tel que je m'en souviens, était composé de trois ou quatre pièces minables, dont le bureau du patron, où oeuvraient une petite poignée de collaborateurs. Les personnes qui attendaient comme moi dans le corridor d'être reçues (pour enregistrer un témoignage ou chercher les traces d'un disparu) m'ont plus impressionné que Wiesenthal lui-même. Je garde un souvenir d'ombres fluettes, au regard perdu et aux vêtements gris. Là j'ai entrevu ce qu'enduraient les survivants -- une existence en suspens/sursis. Simon Wiesenthal, lui, était l'énergie incarnée. Je me suis demandé comment il avait pu "guérir" de tout ce qu'il décrivait dans son bouquin.
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Il justifiait aussi sa mission en rappelant que les Juifs morts durant la guerre n'étaient pas les seules victimes. Que les représentants d'autres peuples et religions avaient également été exterminés. Il voulait nous prévenir que d'autres massacres auraient lieu. L'histoire de l'humanité, répétait-il, se confond avec l'histoire du crime.

A l'époque, on ne parlait pas des homosexuels internés eux aussi dans les camps de concentration, de ceux qui avaient été soumis à des expériences "médicales", ceux qui avaient disparu. Et les survivants se taisaient car les lois répressives à leur égard, en Allemagne, en France, n'avaient pas été abolies après la guerre. Ils n'ont jamais obtenu de réparation comme les autres victimes du nazisme.

Si j'avais été informé du sort des étoiles roses, j'aurais demandé à Wiesenthal: "Quelle est votre opinion, est-ce qu'ils étaient des victimes innocentes, comme les autres, ou est-ce que vous estimez qu'ils avaient provoqué?"

19.9.05

La poursuite du vent, selon le Qohélet

La Semaine de la Mode vient de se dérouler à New York et, en regardant quelques images des défilés, je me sens complètement détaché, indifférent. Je ne comprends plus. Est-ce à cause de mon (grand) âge? "J'ai vu, moi, toutes les choses qui se font sous le soleil [écrit le Qohélet, roi dans Jérusalem, 1/14]; je dis: tout est hével [futile], poursuite du vent."
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Relevé au passage par une journaliste du Village Voice qui traînait ses bottes à la Semaine, ce merveilleux témoignage d'une célébrité: "Oscar fait que je me sens totalement femme. Une vraie, vraie femme." Oscar de la Renta, je présume. "Vis ta vie avec la femme que tu aimes, [conseille le Qohélet, 9/9-10] tous les jours de ta vie frivole, don de Dieu sous le soleil; tous les jours vains, ta part de vie et de travail sous le soleil. Fais tout ce que ta main aura la force de faire, oeuvre, calcul, savoir, sagesse. Il n'y aura rien au lieu d'ombre où tu iras."
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L'une des compagnies qui défilaient s'intitulait Imitation of Christ; voici une création de cette maison:

Une autre journaliste du Village Voice remarque: "C'est dérangeant, pour le moins, de décrire en détail une petite veste à 2000 dollars alors, qu'à l'Astrodome l'autre jour, les gens se battaient pour recevoir les cartes de crédit chargées de 2000 dollars qu'on leur distribuait." "Qui aime l'argent n'a pas assez d'argent [prétendait le Qohélet, 5/9]; qui aime l'aisance n'a pas de revenu." Et qui a tout perdu?
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Commentaire au sujet de la chose ci-dessus (cliquer pour les détails): "Autant de songes, autant de vanités." [5,6] "Et la conclusion choquante à la fin de la Semaine, pour Village Voice, c'est qu'un créateur de mode richement financé sort une collection qui rapportera de nouveau un gros tas d'argent (assloads of money, again) aux investisseurs."

"J'ai tout vu durant mes jours futiles [les jours de ma fumée], le juste vaincu dans sa justice, le criminel survivre dans le mal [constate encore le Qohélet, 7/15-16]. Ne sois pas trop juste, ni sage à l'excès; pourquoi vouloir ta propre ruine?"

16.9.05

MM. Fabius et Bush vont à Canossa

Sifflets, huées ("Le sang contaminé, les immigrés, cela fait vingt ans qu'on te connaît!"): c'est dans une ambiance houleuse que Laurent Fabius a participé samedi dernier à un débat sur l'Europe à la Fête de l'Humanité. C'était sa première apparition dans ces agapes communistes.

Accueilli sous les quolibets, l'ancien Premier ministre et actuel député socialiste de Seine-Maritime a été contraint de se replier après avoir reçu un oeuf sur la tempe. "Le crâne d'oeuf a eu un tête-à-tête avec lui-même", commente le blogueur Yennamare [lisez: y'en a marre]. Je dirais plutôt que la mayonnaise n'a pas pris, même si l'homme se posait en rassembleur.

Pour sa chronique d'aujourd'hui [Libération], Daniel Schneidermann commente le traitement de l'incident par les médias français. "Dans toute cette affaire, une vraie information manque cruellement, tous les journaux confondus. On n'ignore rien de la trajectoire de l'oeuf; on sait tout de la cible de l'oeuf; mais on ignore tout du principal auteur de l'image: le lanceur de l'oeuf. Qui était-il? Que voulait-il?"

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Mercredi, au sommet des Nations-Unies, le président George W. Bush a passé un billet à la Secrétaire d'Etat Condoleeza Rice. La note, telle qu'un photographe a pu la capter, comportait cette question pressante: "I think I may need a bathroom break. Is this possible?" Notez le style jeune-fille contourné: je pense que j'aurais besoin d'une pause toilettes. Est-ce que je peux?

Pas de Montblanc pour le président, mais une mine de crayon bien taillée. W. n'a pris aucune note. Numéro Un demande la permission à la Domina noire, Numéro Deux. En pleine campagne pour restaurer son image de leader du monde et prouver à ses concitoyens qu'il est à l'écoute de leurs besoins, il montre que charité bien ordonnée commence par soi-même.
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"Permission to pee, Mammy", commente un blogueur. Un autre se demande si la séance "le faisait chier?" Un troisième relève que le mot d'ordre républicain, depuis Katrina, est pourtant: "Don't ask, don't tell". Un expert médical affirme au Times de Londres que le président (59 ans) "avait raison de ne pas attendre".

Le photographe de presse qui a capté l'instantané n'avait aucune idée de ce que le président était en train d'écrire. Il s'en est aperçu trois heures plus tard en agrandissant l'image. S'il avait su, il aurait mitraillé. Selon lui, le président n'est pas habitué aux sessions de l'ONU et il demandait donc s'il était correct de s'absenter.

Toujours à propos de Canossa. Un blogueur remarque que, dans son discours de jeudi à La Nouvelle-Orléans, "le président a lancé [he floated] des propositions qui représentent des dépenses dépassant 200 milliards de dollars, sans donner la moindre indication sur la manière de les financer". Un autre ajoute: "He spends our money for his salvation."

14.9.05

Le génome du fondamentaliste entièrement séquencé

On a appris la semaine dernière que le génome du fondamentaliste, proche parent de l'être humain, a été entièrement séquencé par des chercheurs américains et a fait l'objet d'une première comparaison avec celui de l'homo sapiens. La séquence du fondamentaliste ne différe que de 1,2% de la nôtre. Une des questions que se posaient les scientifiques au début de leurs travaux était: pourquoi, alors qu'ils disposent des mêmes sources d'information et de culture que nous, les fondamentalistes prennent-ils tout à rebours? [Test: si vous ne déchiffrez pas le détail qui tue dans la photo ci-dessous, vous êtes fondamentaliste.]

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Dans la catégorie de l'espèce étudiée, les chercheurs rangent le fondamentaliste économique (auto)suffisant, le fondamentaliste politique (compassionnel ou non) et l'intégriste religieux. Selon eux, le nombre de différences génétiques entre les fondamentalistes et les êtres humains est environ soixante fois inférieur à celui que l'on peut observer entre nous et les souris. Et il y a dix fois moins de différences entre un fondamentaliste et un chimpanzé qu'entre une souris et un rat.

Durant l'étude, on a noté, en même temps, la rigidité des opinions intégristes et la capacité des sujets à enfreindre leurs tabous les plus ancrés (qu'ils soient sexuels ou raciaux) lorsqu'il s'agissait d'accroître leurs avantages économiques personnels.
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Une question me vient à l'esprit: qu'est-ce qui fait la spécificité de l'être humain? Les scientifiques n'ont pas de réponse. Juste des pistes. Par exemple, le fondamentaliste possède un gène que l'être humain a perdu. Dommage pour nous puisqu'il semble offrir une protection contre la maladie d'Alzheimer qui -- comme le doute, le pessimisme ou l'espoir -- ne touche jamais le fondamentaliste. "Jusqu'à maintenant, ce séquençage ne nous a presque rien appris et il y en a pour des années," estime la généticienne Jean Hillier.

Alors? "Eh bien, le fondamentaliste est une espèce avec laquelle nous avons eu un ancêtre commun il y a sept millions d'années, poursuit Mme Hillier, et il nous faudra vivre encore longtemps avec lui." La chercheuse note en passant que le fondamentaliste ne croit pas à l'évolution.

Les scientifiques reconnaissent toutefois que ce travail les intéresse. Pour comprendre l'évolution, il va falloir réfléchir aux caractères dérivés des hominés (homo sapiens, australopithèque), des hominoïdes (orang-outan) et des paninés (chimpanzé, fondamentaliste).
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La question: comment sommes-nous devenus humains, comment sont-ils devenus fondamentalistes?
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12.9.05

Cent-vingt tonnes de muñition pour la bastoñ

Encore une scène d'émeute après ouragan, l'exode de colons ou un pélerinage qui tourne mal quelque part dans le monde? Les eaux du Nil changées en sang par le gourdin sacrificiel de Moïse? Des gens qui pataugent dans l'urine, la merde humaine et le sang de cadavres noyés sous le soleil accablant d'une néodictature?
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Non. Les héros fatigués qui reposent (ci-dessous) dans un coulis l'ont produit eux-mêmes au cours d'une castagne pour rire. A part les noires processions de la Passion, les lâchers de vachettes encorneuses, les scènes de boucherie publique dans leurs arènes, les inéñarrables Espagñols organisent aussi une fête végétarieññe. La Tomatina se déroule le dernier mercredi d'août à Buñol, près de Valencia. Des dizaines de milliers de personnes réunies sur la place principale disposent de 120 tonnes de tomates bien mûres pour munition. Et quelle bastoñ! La courtoisie veut néanmoins qu'on écrase la tomate dans sa main avant de la projeter sur les autres participants.
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Pour les malchanceux qui n'avaient pas prévu le détour par Buñol au retour des vacances, afin de refaire leurs provisions de sauce, voici une recette de spaghetti aux tomates sans coulis. Je l'emprunte à Toqué de cuisine de Jamie Olivier. La base pour quatre personnes: 400 grammes de spaghetti et 400 grammes de tomates cerises bien mûres. Pendant la cuisson des pâtes, couper les tomates en deux, les écraser amoureusement du bout des doigts et les placer dans un grand saladier. La sauce est composée d'huile d'olive, de vinaigre, de basilic haché et d'une gousse d'ail finement émincée. Égoutter les pâtes et les verser fumantes dans le saladier. Mélanger, goûter et rectifier l'assaisonnement. Servir sans attendre.
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Pendant qu'on y est: un bref rappel de la recette du pistou pour un prochain plat de pâtes. Dans un mortier ou un robot ménager, mélanger des lamelles d'ail, du gros sel et des feuilles de basilic. Ajouter de l'huile d'olive et du parmesan afin d'obtenir une pâte lisse. En Ligurie, on complète avec des pignons, en Provence ces derniers sont remplacés par des tomates.

9.9.05

Les blogues américains, recentrés sur le débat politique

C'est un pays violemment divisé que l'on perçoit en lisant les blogues américains après l'ouragan. Les fractures politiques et sociales apparaissent brutalement.

A l'extrême droite, les néo-cons se lancent dans une défense sans nuance du gouvernement et attaquent tous les propos critiques, même les plus fondés; ils ne retiennent pas leurs commentaires racistes et injurieux. Au centre droit, pas de postures partisanes, les conservateurs traditionnels analysent la situation avec la modération qui sied aux Américains bien nés; ils posent les questions gênantes et l'on sent que Bush perd encore plus leur confiance, après leur estime. Au centre gauche, les démocrates en pleine pagaille demeurent sans voix, cherchent encore d'ou vient le vent, comme après le 11 septembre; Hillary C., qui prépare sa campagne, caresse la majorité dans le sens du poil religieux et moral tout en émettant quelques critiques afin de rassurer son camp. A sa gauche, les gens réagissent avec leur coeur et leurs tripes, qu'ils aient des convictions politiques plutôt conservatrices ou démocrates. Les blogueurs qui se situent aujourd'hui dans l'extrême opposition manient le bazooka, visant le chimpanzé de la Maison-Blanche et manifestant leur "honte" d'être Américains; enfin, ils ne veulent plus entendre une seule déclaration des leaders religieux intégristes.
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Hier, la chaîne d'information britannique Sky News titrait: "Bush: One of the Worst Disasters to Hit the U.S".

Deux extraits de blogues.

Lu dans American Realpolitik (qui place en sous-titre de son site: Végétarien est un mot indien qui signifie "mauvais chasseur"). "Il y a quelques minutes, j'ai eu le merveilleux privilège de lire le commentaire d'un type affirmant que les conards blancs, conservateurs, de classe moyenne et racistes comme moi, on aurait dû les parquer dans le camp de concentration du Superdome pour voir comment ça leur plairait. Il y manquait, bien sûr, la notion fondamentale que ce type est incapable de concevoir. A savoir que si le Superdome avait été rempli de
conards blancs, conservateurs, de classe moyenne et racistes comme moi, on n'y aurait pas observé ces horreurs. Il aurait ressemblé à une citadelle d'espoir et d'ordre et de retenue et de compassion."

"Cela n'a rien à voir avec le fait que je suis blanc. Si les noirs et les hispaniques et les asiatiques et les juifs et les gays avec qui je travaille et que je fréquente avaient été là-bas avec moi, cela n'aurait rien changé. Car les gens que je fréquente, ma Tribu, ne consiste pas de noirs, d'hispaniques, d'asiatiques, de juifs et de gays, mais d'individus civilisés."
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Lu dans Running Scared. L'extrait d'un témoignage diffusé sur CNN. "Je suis stupéfait par l'entretien que j'ai eu avec un policier de La Nouvelle-Orléans, Lawrence Dupree. Il m'a raconté qu'il était à bord d'un hélicoptère et tentait de sauver des gens si pauvres qu'ils avaient peur qu'on leur fasse payer le trajet; ils ne possédaient, disaient-ils, pas de quoi payer le "billet". Dupree était ému en rapportant cela. Il ne pouvait pas s'imaginer que les victimes de l'ouragan refuseraient le sauvetage en pensant qu'on allait le leur faire payer."

Un dénommé Samuel commente cette note. "Il n'y pas de quoi être surpris de leur réaction. Si vous aviez eu un jour besoin d'une ambulance, ou d'une lit d'hôpital en urgence, et n'aviez pas été assuré, vous sauriez que les soins d'urgence sont très chers. Donc, si ces gens pensaient qu'ils pourraient peut-être survivre sans l'aide de l'hélicoptère, ils avaient fait le choix logique selon leurs expériences passées."

6.9.05

Qui blâmer? Vous avez le choix!

Le New York Times, hier, sous la plume de Bob Herbert. [...] "Des hôpitaux abritant des patients en danger de mort, sans courant, sans ventilation, leurs étages inférieurs envahis par les eaux du déluge et des corps pourrissant dans les corridors ou les cages d'escaliers. Des gens qui avaient besoin de respirateurs artificiels, des patients atteints de cancer, de problèmes cardiaques ou d'insuffisances rénales tombant dans un coma et finalement dans leur dernier sommeil, sous le regard de médecins impuissants à les secourir et de proches désemparés."

[...] "Le président du pays le plus riche, le plus puissant dans l'histoire du monde ne semblait pas s'en rendre compte."

[...] "M. Bush s'est rendu dans le sud vendredi et a prouvé (s'il en était encore besoin) qu'il n'avait rien compris. Au lieu de se focaliser d'emblée sur les gens qui étaient demeurés en rade, affamés, malades et risquant de mourir, il a commencé par bavarder, évoquant entre autres l'époque où il venait faire la bringue à La Nouvelle-Orléans et relevant que Trent Lott avait perdu l'une de ses résidences, mais qu'elle serait remplacée "par une maison fantastique -- et je me réjouis déjà de m'asseoir sur la véranda"."
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La radio publique accompagnait hier Laura Bush au cours de sa visite à l'Astrodome de Houston, Texas, où sont entassés les réfugiés. La première dame: "J'entends dire, et ça fait peur, qu'ils veulent tous rester au Texas. Ils sont enthousiasmés de l'accueil. Et tellement de ces gens ici dans ce stade, vous savez, [là on l'entend lâcher un petit rire étouffé] étaient quoi qu'il en soit des défavorisés qu'il ont beaucoup de chance ici."

Le Rapport de Rick Scarborough sur la Guerre contre la Foi révélait en exclusivité samedi à ses abonnés l'identité des vrais responsables de l'ouragan Katrina. [Suspense, suspense...] Scarborough, pasteur baptiste à Pearland, Texas, est l'une des figures montantes de la droite religieuse. Après des études de théologie durant lesquelles il s'est aussi illustré dans le football américain, il a fait carrière durant 14 ans sur le circuit des croisades d'évangélisation. Puis il s'est casé dans une paroisse. Sa première expérience en politique l'a encouragé dans cette voie. Il avait assisté à une séance organisée par l'école secondaire sur la prévention du sida et avait été choqué par la précision du discours qu'il avait ensuite rapporté du haut de la chaire. La protestation de 400 paroissiens avait provoqué l'éviction du directeur de l'école, aussitôt remplacé par un partisan de l'abstinence jusqu'au mariage. Emerveillé par le pouvoir du pupitre, Scarborough s'est engagé dans des campagnes toujours plus importantes. Aujourd'hui à la tête d'une organisation de soutien au parti républicain, Vision America, il attaque sur des thèmes nationaux.

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Extrait du dernier message (patience, la surprise vient à la fin). "Après le 11 septembre, Dieu bénisse l'Amérique! était sur toutes les lèvres. Que demandons-nous qu'Il bénisse? Une nation qui fonce tête la première dans le mariage homosexuel, la pornographie et la perversion enseignée à l'école. Une nation qui refuse d'afficher les Dix Commandements [dans les écoles et les tribunaux?] [...] Il faut aussi considérer d'autres causes. Quelques jours avant que Katrina n'efface La Nouvelle-Orléans de la carte, 9000 résidents juifs de Gaza avaient été chassés de leurs foyers avec le plein accord des Etats-Unis. N'est-ce pas la mise en oeuvre de la prophétie Je bénirai les nations qui te bénissent et maudirai les nations qui te maudissent?"

Pour les interprètes intégristes de ces prophéties, Gaza et les autres "territoires occupés" font probablement partie de la piste d'atterrissage du Messie qui reviendra chercher les siens avant que ne se déchaîne l'apocalypse. Enfin, Scarborough ajoute aux abominations déjà citées l'acte de zoophilie qui a trouvé récemment un immense écho dans les médias américains. Dans l'Etat de Washington, un homme qui avait eu une relation sexuelle avec un cheval est mort des suites de l'acte.

4.9.05

La phobie du vagin politique et du plombier polonais

Ceci n'est pas un cours d'écriture. Juste une réflexion superficielle sur la communication politique et consumériste de l'hebdomadaire ci-dessous, paru le 31 août. D'accord, moi non plus je ne peux pas souffrir qu'on parle de communication lorsqu'il s'agit de manipulation. Information commerciale me convient. Je n'ai pas lu les textes, tout au plus feuilleté 80 pages.

Dès la couverture, on comprend ce que le groupe veut nous vendre (rien de titillant et on perçoit que les journalistes se sont puissamment emmerdés): le oui aux votations fédérales et la générosité de la nature (beauté des réserves naturelles, fureur des intempéries). Oui, mon frère, Coop Naturaplan se profile en filigrane! Le sourire fatigué de la conseillère fédérale, toujours prête à sauter dans un avion en costume deux pièces, incite d'autant moins à la lecture qu'en tournant la page on a l'impression d'inspecter son... dos. Il faudrait pouvoir suivre son regard de gauche à droite. La rédaction aurait aussi pu choisir un sujet plus avenant: une cueilleuse de pommes polonaise bien charnue ou ce plombier... qui, Madame, vous attend là-bas.

Bienvenue en Pologne, le pays des plombiers !Passons sur l'éditorial -- dans lequel le réd-en-chef réclame des "visions" alors que nous aurions besoin de visionnaires -- pour survoler le sommaire. Présentant sa rencontre avec Mme Calmy-Rey, Une femme dans l'antre du pouvoir, Jean Pinesi nous rappelle qu'elle a marqué "de sa griffe", "avec mordant" la vie publique de notre pays. "Le plumitif que je suis se fera-t-il mettre en pièces par cette tigresse politique?" Impossible: au jugé, sur la photo à côté d'elle, Pinesi pèse au moins 90 kilos (pub pour Natura Beef?) "Me voilà conquis, conclut-il. Ou plutôt dompté." Et nous, on a tout compris sur l'Helvète mal léché et sa phobie du vagin politique.

En page 9, Pinesi, aussi lui, nous parle des réserves naturelles qui "sont des mines d'or de ressources biologiques". En page 13, la réserve se voile la face: "Émoi dans les roseaux: un accouplement de libellules". En page 18, Isabella Visetti (mon frère, où vont-ils pêcher ces pseudonymes de stars du porno?) ouvre les feux: La libre circulation brique par brique. C'est vraiment dangereux ce truc-là. Page 22, la dynastie Ming affirme que L'ouverture est une bonne chose pour l'hôtellerie. Enfin, page 25, Visetti et Pinesi (il n'a pas osé s'y rendre seul) affrontent "la cheffe du DFAE". Titre: L'ouverture profiterait aussi aux Suisses (note le conditionnel, mon frère), "il ne faut pas avoir peur d'un afflux massif de travailleurs de l'Est". Peur -- afflux massif -- travailleurs de l'Est: c'est ce que retient notre rétine.

Autogoal! Et on pourrait continuer... Exemple de titraille réussie pour vendre la libre circulation: Les paysans n'ont pas peur des Polonais, ils les attendent (Le Temps du 2 septembre).

2.9.05

Un café "responsable" et antioxydant "pour agir"

Il suffit de prononcer anti-Occident pour que les terroristes foncent en direction du Paradis et antioxydant pour que les Occidentaux achètent, espérant retarder la mort de leurs cellules. Des articles ont parus cet été affirmant que le café est une source importante d'antioxydant qui va nous aider à prévenir le cancer, les maladies cardio-vasculaires, le diabète, etc. Il y a quelques années, on aurait écrit aloe vera à la place d'antioxy pour faire vendre.

Qu'est-ce que l'amer café antioxy présente de commun, par exemple, avec le tsunami, les inondations et l'amère Katrina? Il catalyse autour de sa tasse une multitude de questions auxquelles nos sociétés devraient répondre énergiquement pour pouvoir boire encore longtemps des petits bruns délicieux.

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A peine la bonne nouvelle de l'antiox parue, le géant américain Kraft Foods lance en France le "café responsable" sous sa marque Jacques Vabre. Plus les connards en boiront, mieux ils sauveront la planète de sa destruction ultime puisque c'est "un café pour agir". Kraft a signé avec Rainforest Alliance, une ONG américaine dont les priorités sont environnementales. Kraft sème ainsi la confusion et se moque bien que les cultivateurs du Sud reçoivent une juste rémunération de leur travail. Mais un petit peu de vert sur l'emballage devrait relancer les ventes, c'est tendance.

Le label Rainforest ne garantit pas de tarif minimum comme Max Havelaar qui propose un café "équitable". Max Havelaar achète la livre de grains verts 1,21 dollar minimum contre 0,80, prix du marché en 2004 (et 0,45 en 2002).

Dans une récente chronique sur le besoin de caféine, Garrison Keillor se demande si son président boit assez de café. "He seems like he's just not that into being president. I don't mean this to be critical in any way, but there is a dimness about the man that suggest a need for caffeine une faiblesse/stupidité chez cet homme qui semblerait indiquer un besoin de caféine." Comme le prétend Jacques Vabre: "un café pour agir".