31.8.05

Quelques nuages dans le ciel du rêve américain

Est-ce un vrai ranch? Nous, dans la vieille Europe, ne nous posons pas la question, faute de culture. Les Américains, eux, se demandent si Prairie Chapel Ranch, la Maison Blanche du Far-West à Crawford, Texas, est véritablement un ranch [avec de grands troupeaux en pâture]. Réponse d'un vrai Texan, Kent Hance, ancien membre républicain du Congrès: "Il y a des gars qui possèdent juste le chapeau du cowboy et pas de bétail, that are all hat and no cattle. Le président n'est pas de ceux-là, il a le chapeau et cinq vaches."

Les racistes, c'est eux. Un reporter de radio WOAI de San-Antonio, Texas, est allé interroger les manifestants anti-guerre qui campent avec Cindy Sheelan à Crawford. Sa conclusion éclairante: "Le président Bush est en réalité le plus grand libérateur des musulmans de toute l'Histoire, si l'on considère qu'il y avait moins de 50 millions de gens au Moyen-Orient lorsque Saladin a vaincu la horde des Croisés. Mais pour les manifestants contre la guerre [à Crawford], libérer des gens à la peau brune de l'esclavage, leur apporter la démocratie et les bienfaits de l'économie ne vaut pas le sacrifice d'Américains blancs."

Le rêve américain. Le Bureau national des statistiques a publié hier à Washington des chiffres qui confirment que le rêve américain est encore loin. En 2004, 12,7% de la population vivait sous le seuil de pauvreté, soit 37 millions de personnes, 1,1 million de plus que l'année précédente. Le taux augmente depuis quatre ans (31,1 millions en 2000). En 2004, 45,8 millions d'Américains n'étaient pas couverts par une assurance maladie.

Une fille qui sème la terreur. Son prénom est Katrina. Son nom de famille Réchauffement Planète-terre.

La paix des morts. Samedi dernier, le pasteur Fred Phelps manifestait une fois de plus avec quelques fidèles pendant les obsèques de deux soldats tombés en Irak. C'était successivement à Smyrna, Tennessee, lors de l'enterrement de Ashbury Fred Hawn, 35 ans, et à Ashland City pendant celui de Gary Reese, 22 ans. Non, le révérend ne milite pas en faveur de la fin des hostilités ni pour l'envoi d'un plus grand contingent en Irak. Son message est celui-ci: Dieu punit les soldats américains et leurs familles parce qu'il portent l'uniforme d'un pays qui tolère les homosexuels. Puisque les autorités avaient délivré une autorisation de manifester devant les églises, les paroissiens ulcérés n'ont pu que se tenir à distance. La photo date, mais la pancarte du pasteur ne change pas. "Dieu hait les tantouzes" est la traduction libre du passage biblique de Romains 9, 13: Comme il est écrit: "J'ai aimé Jacob et j'ai haï Ésaü."
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On a beau voter républicain, comme les citoyens de Sash, 300 habitants, au nord de Dallas, il devient néanmoins de plus en plus risqué de se rendre à l'église. Lundi, Fred Cranshaw a tiré sur un paroissien et sur le pasteur du temple en face de chez lui; puis sur deux femmes qui passaient à bord d'une camionnette avant de retourner le fusil contre lui. Cinq morts. Un voisin a déclaré qu'il s'armait lui aussi d'un flingue, par exemple lorsqu'il tondait son gazon, tant il se méfiait de Fred.

28.8.05

Rencontres nocturnes sur la toile

Le terme anglais chat, bavardage, signifie plus spécifiquement aujourd'hui: communication entre personnes sur le réseau Internet -- la toile -- par l'échange de messages et d'images; la traduction française agréée est causette, la canadienne clavardage, mais les usagers préfèrent tchate parce que cela leur rappelle la tchatche. Chaque nuit -- et la nuit ne connaît pas de fin autour du globe --, des millions de personnes rivées sur leur écran d'ordinateur s'enfoncent dans ces échanges avec des correspondants inconnus qui deviendront peut-être des frères ou des soeurs. Les thèmes des chatrooms à disposition sont clairement définis. Certains échangent les dernières nouvelles qu'ils ont glanées sur leur chanteuse adorée/détestée; prédisent le transfert de tel footballeur; disputent d'un point controversé de la kabbale ou confessent à un étranger, sous le couvert du pseudonyme, des secrets qu'ils ne peuvent/veulent partager avec leur entourage.

D'autres cherchent l'âme soeur. Et plus si entente. La toile offre encore une autre possibilité: la rencontre instantanée avec un corps virtuel, pourtant réel; les personnes disposent pour cela d'une caméra qui transmet leur image alors qu'elles/ils tapent leur message et scrutent l'image de leur correspondant/e. On peut se regarder au fond des yeux, du décolleté et du slip tout en ignorant le nom, la nationalité, l'état civil et les états de services du/de la complice. Des messieurs et des dames s'y adonnent pendant que leur conjoint ou les enfants dorment. Ou bien parce que personne ne dort jamais chez eux. Certains sont curieux en couple.

Les femmes sont beaucoup plus nombreuses dans les chatrooms des candidat/e/s au mariage que dans ceux de la gratification instantanée. Comme on sait, Vénus les conduit dans cette voie. Je n'ai jamais fréquenté les chats ni les sites de rencontre [je préfère l'approche des blogues], mais "Cyberstar" (une femme, un homme?) qui publie ses choix sur le site de photos Flickr [des "blogues" purement images] a rassemblé plus d'une centaine de portraits webcam. La webcam est cette caméra bon marché que les gens placent à côté de leur écran afin d'envoyer leur image en direct -- pour permettre à toute la famille en Australie de saluer grand-maman à Ostermündigen ou à l'exhibitionniste anonyme de s'adonner chez lui à sa pratique.

"Cyberstar" a donc traîné sur des sites de rencontre et capté les portraits que les correspondants donnent d'eux-mêmes. Il/elle les a trié en catégories: beauté, sexe, romance, dépression, relations, solitude, chômage... Et genre de vie, parce que derrière les corps, on distingue parfois des détails révélateurs du cadre dans lequel vit la personne. C'est ce qui me frappe dans cette série: la possibilité de confronter le visage, l'expression, l'attitude, la silhouette, la corpulence avec les détails de l'environnement.

Et le voyeur (de l'âme autant que du corps) que je suis dans ce cas déchiffre aussi les textes.

Dans The Body, Hanif Kureishi fait dire à l'un de ses personnages: "Fortunately, I'm a cheap drunk. A few glasses and I can understand Lacan."

22.8.05

Puissant moment d'émotion, en direct de Ramallah

L'événement, dimanche, ce n'était pas le rassemblement préfabriqué de Cologne mais le modeste concert donné sous la direction de Daniel Barenboïm par la formation arabo-israélo-espagnole: le West-Eastern Divan Orchestra. [Cela vous rappelle-t-il quelque-chose? Oui! les poèmes de Goethe Le Divan occidental-oriental.] L'orchestre de 80 jeunes musiciens interprétait Mozart, Beethoven et Edgar à Ramallah, Cisjordanie. Sa prestation était retransmise en direct sur Arte par les bons soins d'une équipe technique allemande. Allah/Yahwé/Gott soit béni pour Arte et pour ce moment d'intense et simple émotion.

Pas artistique, mon émotion. Pas politique non plus. Mais générée par le courage de Barenboïm (hier soir je craignais pour sa vie) et par la solidarité visible entre ces jeunes qui se sont pliés 1) à la discipline d'un orchestre symphonique, 2) au dialogue, nécessaire lorsqu'on est étudiant dans une master class internationale et qu'on sort pour la première fois de son pays, 3) à l'écoute (pas facile) de ceux d'en face dont on ignore tout, étant donné la censure exercée par les Etats représentés.



Le West-Eastern Divan Orchestra a été fondé en 1999 à Weimar, projet conjoint de l'Américain Edward Saïd (professeur, écrivain, musicologue), né en Palestine (mort il y a deux ans) et de l'Israélien Daniel Barenboïm, né en Argentine. Chaque été, les jeunes musiciens sélectionnés en Palestine, en Israël, au Liban, en Syrie, Jordanie, Egypte et Espagne suivent des ateliers durant un mois puis partent en tournée avec leur chef prestigieux. Jusqu'à hier, aucun des pays d'où émanaient les artistes et leur encadrement n'avait invité l'orchestre à part, bien sûr, l'Allemagne qui soutient le projet et l'Espagne qui le porte très haut. Si le miracle de Ramallah s'est produit, c'est surtout grâce à Madrid qui a offert des passeports diplomatiques aux participants afin qu'ils puissent traverser le territoire israélien en se rendant en Cisjordanie qui ne possède pas d'aéroport.

Il faut se mettre à la place des jeunes pour comprendre leur courage civil. Par exemple: la loi en Israël et en Syrie interdit aux nationaux n'importe quel contact avec "l'ennemi". Alors, fouler le sol israélien pour un Syrien dont, en plus, on a bourré la tête de clichés stupides et sanglants sur les Hébreux... Ou se rendre dans un pays arabe, comme ce fut le cas en août 2003 pour les Israéliens alors que le Divan jouait à Rabat en présence des princesses et du premier ministre...

Après avoir tenu ses ateliers à Weimar, puis Chicago, le Divan se réunit chaque été en Andalousie avant de partir en tournée. C'est symbolique: il y eut un âge d'or du dialogue entre civilisations arabe, juive et occidentale en Espagne. Et ce pays qui sort à peine de la nuit la plus honteuse tient à jouer un rôle constructif en Europe, sur le pourtour de la Méditerranée et en Amérique du Sud. L'Espagne comprend mieux que d'autres le conflit qui se joue au Moyen-Orient: elle aussi a connu la tragédie d'une grande famille qui n'arrive pas à régler ses antagonismes. A ce propos, il ne faut pas croire que les jeunes Sémites du Divan se sont tous jetés dans les bras les uns des autres. Mais ils apprennent à se connaître, à s'écouter, éventuellement se respecter. Et travailler ensemble.

18.8.05

Mère Courage campe au Texas

Alors que les Américains s'accordent en général dix à quinze jours de vacances annuelles, le président a décidé de décompresser durant cinq semaines dans son ranch au Texas. Au programme: randonnées à bicyclette, pèche, débroussaillage du terrain, matchs de baseball et pique-niques avec ses plus gros contributeurs financiers. Le vice-président (à gauche), Mme Rice (en mauve) ou d'autres sont convoqués brièvement pour expédier les affaires courantes.
In this photo released by the White House, President Bush meets with Secretary of State Condoleezza Rice and the foreign policy team at his ranch in Crawford, Texas.

Les dossiers sur la table basse. Une nouvelle appellation pour la "guerre contre le terrorisme": "combat global contre l'extrémisme violent". Le taux de popularité présidentielle (au plus bas). Le prix du pétrole qui fâche le peuple. De nouveaux avantages fiscaux pour les géants du pétrole qui n'ont jamais ramassé autant de bénéfices. L'Irak: les forces militaires réclament des renforts de troupes ou le retrait. Et puis, aiguille dans la botte de foin: Cindy Sheenan, une Mère Courage qui campe près du ranch pour réclamer une entrevue avec le président.

Casey, 24 ans, le fils de Cindy est mort l'an dernier en Irak, moins d'un mois après son arrivée. Il s'était porté volontaire pour sauver des soldats pris en embuscade. Selon Andy, son jeune frère, Casey "voulait toujours aider les gens, et il est mort en secourant des potes". Enfant de coeur dans sa paroisse pendant dix ans, Casey s'était engagé dans l'armée pour devenir aumônier assistant. Pas de chance, il avait été envoyé en Irak comme mécanicien. Dans sa compagnie, on se moquait de lui parce qu'il avait fait voeu de chasteté jusqu'au mariage et le disait.

Depuis que Cindy Sheenan campe près du ranch Bush, elle a perdu son emploi. Sa belle-famille ne soutient pas son combat et multiplie les déclarations hostiles à la télévision. Son mari Pat, 52 ans, a demandé le divorce: "Nous faisons notre deuil de façon opposée, commente Cindy, lui cherche à se distraire, moi je le vis à fond et je m'engage contre la guerre."

La protestation s'amplifie. Des personnes toujours plus nombreuses y participent. Sur place et à travers les Etats-Unis. Les partisans de la guerre répliquent en disant que Mme Sheenan est manipulée par les sympathisants du terrorisme. Un Texan sanguin a tiré en l'air près des manifestants en déclarant que la saison de la chasse aux colombes était ouverte. Un autre a écrasé avec sa camionnette des croix de bois blanches érigées le long de la route en souvenir des soldats tombés en Irak.

En 1965, il n'y avait que vingt-cinq personnes à protester contre la guerre au Vietnam devant le ranch texan de Lyndon Johnson. Puis le mouvement s'était étendu à tout le pays. Les habitués de la Maison-Blanche rapportent qu'ils ont souvent vu Johnson pleurer; il était tourmenté par les pertes en vies humaines.

La semaine dernière, en revenant d'une pistée de deux heures à bicyclette, Bush a répondu à ceux qui lui demandaient s'il prendrait le temps de rencontrer Cindy Sheenan: "Je sympathise. Elle a le droit d'exprimer son opinion. On est en Amérique. Mais c'est aussi important pour moi de garder une vie équilibrée." Cette semaine, il pédalera avec un visiteur de marque, Lance Armstrong, autre champion incontesté parmi les truqueurs.

16.8.05

Ave Benoît, plein d'indulgences!

Les trafics d'indulgences rivalisent à travers le monde. Par exemple, le salon de beauté "européen" Small Indulgences, avenue Sanchez à St-Augustine en Floride. Il propose un forfait mariée pour pomponner les belles juste avant la marche à l'autel. En anglais, l'indulgence verse du côté péché mignon, tandis qu'en français, outre la complaisance, elle peut aussi exprimer la bienveillance.
St. Augustine Massage
Mais il s'agit ici de la rémission des peines qu'a promise le pape Benoît XVI en venant à Cologne pour les Journées mondiales de la jeunesse. Cette pride catho dans l'une des capitales du Carnaval (j'y fus et n'en suis pas complètement revenu) va attirer tout ce que l'Europe compte d'acnés juvéniles soignées à l'eau bénite. Gageons que, pour effacer le parfum de la récente gay pride (la plus démente d'Allemagne), la cité rhénane a déversé des flots de sa précieuse eau de Cologne.

Selon le décret papal, les jeunes devront participer aux principales célébrations afin de bénéficier des indulgences. Les fidèles qui ne peuvent pas se rendre à Cologne, mais vont prier avec ferveur en faveur des participants des JMJ, recevront des indulgences partielles. Ce qui leur épargnera les peines de l'enfer et réduira même leur temps de purgatoire.

On aimerait qu'au lieu de leur livrer des spectacles néo-pop dans le style Popaul revisé dogmato Jojo, les JMJ offrent la possibilité aux jeunes de s'entretenir avec des théologiens de pointe sur des thèmes qui les concernent... De son côté, le pape adressera un petit signe fraternel à d'autres confessions en se rendant dans une synagogue et en s'entretenant avec des responsables musulmans. Aucune visite n'est prévue dans un temple protestant.

Et pour cause. C'est en Allemagne qu'au XVIème siècle, le grand Martin Luther avait fait des indulgences son cheval de bataille contre la papauté. A l'époque, elles étaient vendues pour financer la reconstruction de la basilique de St-Pierre. Aujourd'hui produit de relations publiques, que vont-elles vendre? Un nouvel élan donné par le pape allemand? Pour l'hebdo français L'Express c'est "une opération de charme auprès de ses compatriotes"... Gageons que les Luthériens seront indulgents envers le débutant d'origine bavaroise et prendront ce coup d'essai avec tout l'humour sec dont ils sont capables.

Les Bavarois sont réputés pour mettre volontairement les pieds dans le plat et pisser dans la marmite. C'est ainsi qu'ils marquent leur territoire.

12.8.05

Le Dalaï-lama parmi les célébrités cervelas

Kurt Aeschbacher s'entretient chaque semaine à la télévision alémanique avec des "célébrités cervelas", comme on les appelle du côté de Zurich. Il s'est rendu récemment à Dharamsala (Inde, au pied de l'Himalaya) où il a interviewé le Dalaï-lama à la veille de sa venue en Suisse. L'émission a été diffusée il y a quelques jours. L'émotion de cette grande folle bernoise [Aeschbacher est libre et sincère: son public l'adore] à se promener main dans la main avec Tenzin Gyatso (qui fêtait son 70ème anniversaire) était communicative.

L'interview commence ainsi: "Est-ce que vous n'êtes pas parfois fatigué d'être le Dalaï-lama?" L'Océan de Sagesse [=Dalaï-lama] n'élude jamais, rigole franchement et recadre dans l'optique de son mode de vie (paix, joie, sagesse et simplicité).

Deuxième question: "Est-ce que vous avez parfois douté d'être la réincarnation du 13ème Dalaï-lama?"

Tenzin Gyatso est "identifié" (découvert) à l'âge de quatre ans [j'admire le discernement des sages qui l'ont repéré] et intronisé à cinq ans. Il en a quinze lorsque l'armée chinoise franchit les frontières de sa patrie [régime féodal barbare et crasseux]. A la fin de l'adolescence, il rencontre plusieurs fois Mao Zedong à Pékin. D'abord, il est impressionné par le bon sens paysan du président qui le traite comme un fils; et Mao s'étonne de l'esprit scientifique du jeune ecclésiastique, mais ajoute que la religion est un poison. Le Dalaï-lama se rend compte qu'il n'est qu'un pion dans le jeu du Chinois.

"Enemies are a daily practice," constate-t-il, nos adversaires alimentent et stimulent notre exercice spirituel quotidien.

Kurt Aeschbacher lui demande comment il envisage sa mort. Il répond qu'il s'y prépare depuis 70 ans et se pose encore beaucoup de questions.

L'interview nous montre le visage éveillé, chaleureux et perspicace qu'un chef religieux surdoué présente à l'Occident. L'antithèse du pape. Néanmoins, je vois ses fidèles (ses sujets puisqu'il est chef spirituel et temporel) se prosterner jusqu'à terre. Et j'entrevois un autre versant...

### A propos d'homosexualité: des lesbiennes et gays bouddhistes l'avaient interrogé sur son attitude lors d'une entrevue privée à San Francisco, arrachée non sans peine en 1997. Ils s'inquiétaient des positions hostiles de certains enseignants tibétains. Le Dalaï-lama avait d'abord précisé qu'il appuyait sans réserve le respect des droits humains, quelle que soit l'orientation sexuelle. Puis il avait présumé que l'homosexualité n'existait pas chez les Tibétains. Et avait ri: "But I don't know. I've heard... stories..."

Son précepte pour les personnes qui ne sont pas astreintes à la chasteté monacale est: pas d'actes extrêmes. "A more gentle or more natural sort of love is less extreme". [Dans le rapport charnel tibétain, il est inconvenant d'utiliser d'autres parties du corps que les organes reproducteurs
(la bouche ou la main, par exemple).] "I think, basically, that the purpose of sex is reproduction."

Quant aux grands lamas [blama en tibétain = moine], ils se reproduisent par réincarnation.

9.8.05

Pourquoi les femmes "fatiguent" les hommes

### Quand il s'écrie: "Arrête, tu me fatigues!", le mari dit vrai. Des chercheurs de l'Université de Sheffield ont étudié par scanner l'activité du cerveau de douze mecs auxquels ils ont fait écouter des voix de femmes et d'hommes. Les voix activaient différentes parties du cerveau selon qu'elles étaient féminines ou masculines. Emettant une gamme d'ondes sonores plus large et musicale, les voix de femmes étaient plus difficiles à décoder, nécessitant une activité accrue du cerveau des cobayes. Cela expliquerait la fatigue exprimée par cette moitié de l'humanité peu portée sur les détails.

Malgré leur faible échantillon, les chercheurs élaborent déjà une deuxième théorie. Les gens qui souffrent d'hallucinations auditives "entendent" généralement des voix masculines: elles seraient plus facile à inventer pour le cerveau. Bon, mais qu'en est-il de l'effet d'une voix mâle sur le cerveau féminin? [Trop facile à décrypter, ce qui expliquerait pourquoi madame répond avant la fin du discours?]

### Un mois après avoir publié une critique démolissant le nouveau roman de John Irving Until I Find You (824 pages!) le Washington Post s'est excusé dimanche auprès de ses lecteurs. Pas au sujet de la teneur de l'article dans lequel Marianne Wiggins qualifiait le livre "d'amas d'écriture paresseuse et sans finesse". Non. Le journal rappelle qu'il fait signer à ses critiques une déclaration selon laquelle ils doivent notifier toute relation amicale ou d'un autre ordre qui les attacherait à l'auteur. Or Mme Wiggins avait de 1988 à 1993 été l'épouse de Salman Rushdie, un ami de longue date de John Irving... Notons qu'elle n'est pas seule à avoir descendu le bouquin.

En France (et en Suisse parfois), les liens intriqués entre auteurs et critiques sont plutôt la règle qu'un accident. Tel critique est aussi auteur et/ou chargé d'édition. Alors les ascenseurs et les bombes à retardement partent dans tous les sens. "A charge de revanche/vengeance, cher confrère!"


### Dimanche à San Francisco, peu avant de commencer sa messe d'adieu devant 3000 fidèles, l'archevêque William Levada (qui sera prochainement l'Américain le plus élevé dans la hiérarchie vaticanesque) a reçu une assignation à comparaître. Il devra témoigner dans un procès concernant les abus sexuels commis par des prêtres sur des enfants dans l'archevêché de Portland (Oregon) où il avait officié durant dix ans avant d'être transféré à San Francisco.

A Levada qui refusait de signer le mandat, l'envoyée du tribunal Cookie Gambucci a déclaré: soit vous l'acceptez maintenant, soit je vous le présente à l'autel pendant la messe... A 69 ans, Levada est attendu ce mois encore à Rome pour prendre la tête de la Congrégation de la Doctrine de la foi, poste que détenait l'ex-cardinal Joseph Ratzinger.

Quelque 250 plaignants poursuivent actuellement l'archevêché de Portland pour abus sexuels. L'an dernier, ce même archevêché s'était mis en faillite à la suite des dommages d'un montant de 155 millions de dollars réclamés contre un seul prêtre qui avait abusé de plus de 50 jeunes garçons durant les années quatre-vingts.

Une étude commanditée l'an dernier par la Conférence des évêques américains estimait à 4450 (4% de l'effectif) le nombre de prêtres incriminés dans des affaires de pédophilie aux Etats-Unis depuis 1950. Depuis 2002, année où ces scandales ont été enfin pris au sérieux, l'Eglise catholique états-unienne a dépensé autour d'un milliard de dollars en compensations. Et ce n'est pas fini.

7.8.05

Quand cessera enfin l'exploitation du corps masculin?

Le New York Times d'aujourd'hui dimanche se fait l'écho d'un scandale qui perdure sans que le président des Etats-Unis ni d'autres autorités morales de son calibre ne s'en préoccupent. En peu de mots: le théâtre new-yorkais (Broadway et Off Broadway) exploite la nudité masculine. Des preuves: durant les quinze dernières années, 25 pièces incluaient des scènes de nudité frontale; si l'on fait le compte des corps dénudés, dix étaient de sexe féminin et quarante masculins!

Dans les années soixante, lorsque les voiles ont commencé à tomber, l'égalité existait entre femmes et hommes. J'ai vu les premiers nus autorisés sur une scène londonienne. C'était dans Hair, une pose très chaste et brève. Et j'ai dansé sur la scène à la fin du spectacle, comme le public y était invité. Puis à New York, peu de temps après, O Calcutta! [lisez Oh quel cul t'as! d'après une peinture de Clovis Trouille] livrait des corps féminins et masculins, nus ou non, dans une série de sketches d'auteurs connus. Pour nous éviter la gêne et la curiosité, tous les membres de la troupe ouvraient leur peignoir dans la scène d'introduction. Je sais que les actrices avaient mission de couvrir/cacher leurs partenaires masculins si jamais ils s'étaient trouvés dans l'embarras. Ce qui n'est probablement jamais arrivé car on s'habitue vite à la nudité.

N'empêche: cette belle solidarité est bien perdue aujourd'hui. Un groupe féministe aurait-il jamais protesté contre l'exploitation du corps masculin dans un divertissement théâtral? Nada. Alors que les hommes de bonne volonté se sont toujours élevés contre la dénudation des femmes! Lisez Paul, l'apôtre, d'autant plus chevaleresque qu'il n'avait pas d'épouse: "Toute femme qui prie ou prophétise [c'est du théâtre dans sa forme la plus noble] tête nue se déshonore [...]. Non, un homme n'est pas tenu de se couvrir la tête, étant image et gloire de Dieu [...]. L'homme ne fut pas créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l'homme. La femme est donc tenue de porter sur la tête un signe d'autorité, à cause des anges." Les musulmans aussi préservent la pudeur féminine de la tête aux pieds. Alors que font les femmes envers les hommes? N'éprouvent-elles aucune reconnaissance?
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Nos anges gardiens se sentent-ils moins menacés dans leur pureté par la vue du corps masculin?

Revenons à l'article du journal. L'auteur estime que la nudité n'est pas toujours justifiée par des raisons artistiques. Il y aurait l'appât du gain. Et pire: dans certains cas, ce truc serait utilisé pour couvrir un texte déficient. Mais certains auteurs découvrent le corps d'un protagoniste masculin parce que c'est plus choquant et moins distrayant et qu'ils ont un message à faire passer.

Et d'élever le débat. "Parfois, la nudité est plus éloquente que les mots. Dans Wit, pièce de Margaret Edson (Prix Pulitzer en 1999), une femme qui va mourir d'un cancer découvre son corps décharné. Le producteur Daryl Roth déclare: "A cet instant, la nudité était essentielle à l'intrigue et à la caractérisation du personnage. En ôtant sa chemise d'hôpital et son bracelet d'identification, la femme nous faisait comprendre qu'elle était libre; le geste était plus frappant que dix pages de texte."

Du nu au théâtre et à l'opéra, d'accord. Mais pas de corps trop musclés et épilés dans des drames historiques où ils n'ont rien affaire. Et qu'on puisse aussi contempler la beauté des gens ordinaires, l'épanouissement des personnes âgées.

4.8.05

La Guerre des mondes, film à tiroirs

Mon neveu A. et moi avons vu hier "La Guerre des mondes". C'est toujours lui qui choisit le film. En voyant la caissière du cinéma, il m'a demandé si elle officiait déjà lorsque j'avais son âge à lui (55 ans nous séparent). Probablement mais, à l'époque, elle n'était pas, comme aujourd'hui, également patronne de l'établissement.

"La Guerre des mondes" c'est trois ou quatre films pour le prix d'un. Un peu comme les mauvaises télés qui passent plusieurs épisodes d'un feuilleton le même soir en mélangeant les bobines.

D'abord: ce bourrin de Tom Cruise joue son propre rôle d'adulescent [sic: adulte/ado]. Son visage fermé rappelle ceux de ses coreligionnaires qui battent le pavé de notre ville pour proposer des tests. Toujours les mêmes femmes depuis une vingtaine d'années, abruties par ces décennies de lavage de cerveau scientotalitaire.



Ensuite, Steven Spielberg infuse des scènes qui nous ramènent: 1) aux déportations des populations dans l'Europe nazie et soviétique (mais ce sont cette fois des Américains bien nourris qui se croyaient invincibles), 2) aux cendres déversées sur les New-yorkais le 11 septembre 2001 (Cruise l'abruti s'en prend plein la gueule), 3) à la guerre actuelle des alliés américano-anglais (comme cul et chemise), 4) à la menace nucléaire (Hiroshima--etc). Il réveille nos peurs et nos pulsions de destruction massive (plusieurs séquences jouent merveilleusement avec les nerfs des spectateurs ou leur jouissance de voir les bâtiments se lézarder puis s'écrouler comme des cartes et les voitures s'envoler en explosant).
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La troisième histoire raconte que les bactéries de notre planète finiront par anéantir les extraterrestres qui ont semé la mort et par crasher leurs tripodes assoiffés de sang humain. Est-ce à dire que les kamikazes du XXIème siècle seront également désarmés un jour, avant que de se faire sauter dans nos parages? Pas si sûr, car parallèlement Spielberg indique que l'ennemi est en nous, enfoui dans notre terreau, prêt à lézarder les voies de communication pour surgir et tout détruire dans une fureur aveugle. Comme les protagonistes de nos rêves, détachés un instant de notre persona.

Spielberg était trop fasciné par les effets spéciaux pour développer un talent de prophète, sinon il aurait situé l'action à Londres, comme H.G. Wells dans son roman publié il y a 107 ans. Et la projection du film serait tombée pile sur les événements de juillet et la prise de conscience des Britanniques qu'ils réchauffaient des terroristes en leur sein glacial. (Mais comprendront-ils jamais, les Brits, que leur morgue envers les aliens [étrangers, ou extra-terrestres: c'est le même mot dans leur langue et leurs moeurs] et pas seulement "le terrorisme" ou la guerre en Irak leur valent l'inimitié du monde entier: ex-colonisés, cousins européens, demi-frères américains, voisins irlandais, etc.?)

Enfin, il faut mentionner le film dans le film: la famille décomposée. Une femme tellement adulte que son ex se réfugie dans l'irresponsabilité. L'éducation de ce père immature par ses enfants; sa rédemption finale. La petite pisseuse de Rachel, 11 ans, porte en elle tous les germes de la femme américaine; elle rappelle constamment son père à l'ordre et fait sa Jane Fonda au pire moment de la guerre. On a envie de la jeter à la rivière avec les autres cadavres, ou mieux, de voir un tripode la piler. Elle représente la pureté des enfants, la claivoyance -- enfin tout ce que vous voulez... Quant au conflit entre le père et son fils, 17 ans, Spielberg l'a bâclé. Il avait dépensé tous ses sous pour les effets spéciaux et n'a pas pu se payer la fin de sa consultation chez le psy conseil.

Comme disait ma mère: "Qui trop embrasse [sur le quai] manque le train."

1.8.05

Un peu de vent dans les voiles

Au sujet de l'innocence, Watercolourboy écrivait dans son blogue, la semaine dernière: "I was driving with my three young children... J'étais en voiture avec mes trois jeunes enfants, une chaude soirée d'été, lorsqu'une femme dans une décapotable devant nous s'est levée de son siège et nous a adressé de grands signes. Elle était complètement nue! Alors que je me remettais, j'ai entendu mon petit de cinq ans crier depuis le siège arrière: Eh, t'as vu? Cette dame n'a pas attaché sa ceinture!"

Autre expression d'innocence: "A little boy got lost at the YMCA... Un petit garçon qui s'est perdu à la piscine du YMCA se réfugie dans le vestiaire des dames. Lorsqu'on le découvre dans un coin, c'est le branle-bas de combat, les dames se mettent à chercher leurs serviettes pour se couvrir. Le gamin s'en étonne et demande: Qu'est-ce qui se passe? Est-ce que vous n'aviez jamais vu de petit garçon?"


Mon étonnement n'est pas moindre lorsque je me promène l'été entre Thörishaus et Mittelhäusern dans un charmant lieu de baignade au bord de la rivière. Il s'agit de la Sense (a-t-elle un nom français?) qui dessine la frontière entre les cantons de Fribourg et Berne. En longeant la rive gauche en direction du nord, la promenade dure une vingtaine de minutes et l'on peut catégoriser les baigneurs comme suit.
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D'abord les gens aisés avec famille nombreuse; ils font des feux pour préparer de belles grillades de saucisses et occuper les enfants. Ensuite les familles plus restreintes qui sortent des sandwichs de gros pain et des carottes épluchées de leur sac. Puis des couples sans enfant qui flirtent discrètement ou ne flirtent plus depuis longtemps. Nettement plus loin, des couples vraiment pauvres, mais pas forcément malheureux (surtout pas les hommes): sans enfant ni maillot de bain.

Puis les plus pauvres des pauvres, des gars qui n'ont visiblement pas eu les moyens de se procurer un slip ni de séduire une femme; ils longent et traversent nerveusement la rivière ou s'enfoncent dans le bois à la quête d'on ne sait pas quoi.

Peut-être d'un slip de bain qu'un nanti aurait oublié, premier signe extérieur d'une appartenance à la société comme-il-faut.