30.5.05

Im Alleingang: ils ont voté à l'insu de leur plein gré


Fidèles à la promesse qu'ils avaient donnée aux instituts de sondage, les Français ont une fois de plus réglé leur compte aux politiciens en posant un gros caca devant la porte: "Merde à l'Europe!"

Ils étaient si fiers de leur caprice d'avril 2002 où ils avaient effeuillé la marguerite entre un facho xéno et un escroc qu'ils n'ont pu s'empêcher de récidiver à l'insu de leur plein gré. Fallait voir hier soir la gueule de désavoué que tirait Jacky Chichi [lui qui avait initié le débat, sûr d'en tirer un oui], une gueule de majesté offensée en grand besoin de laxatif. Devant la caméra, il lisait un texte écrit dans le ciel, ses traits encore plus décomposés que d'habitude, comme s'il se trouvait déjà en apesanteur.

Nicky Sarkoku a sorti de sa poche un discours de premier-ministrable et de présidentiable qui contenait la liste de tout ce que les Français pourraient désirer. Lui aussi a la langue et la gueule de bois. Je ne me moquerais pas de son état conjugal (qui ne nous regarde pas) s'il ne nous avait pas peignés avec ses images de famille. Le boomerang l'a retrouvé. Je n'admets pas l'utilisation politique de son jeune fils. Si Sarkoku possédait les valeurs chrétiennes qu'il prétend défendre, il prendrait un congé sabbatique pour s'occuper de ses affaires de famille. Ce serait la plus éloquente des campagnes électorales.

Voilà l'Europe victime du désordre intérieur de l'Hexagone. Première réforme indispensable: le bulletin de vote français devrait comporter un questionnaire. Si vous choisissez le non, est-ce [] non à la clique de Chichi, [] non à la Turquie (sous-entendu aux Musulmans), [] non au "plombier polac" et aux mignonnes petites blouses chinoises de chez H & M, [] non à la Constitution elle-même, [] non à autre chose (précisez), ou [] non juste pour emmerder?

Je suis en mesure d'annoncer, le premier avant tous les médias, ce que cachait hier soir le rassemblement d'individus qui "fêtaient le non" place de la Bastille.

La France a décidé de demander l'asile politique et gastronomique aux Nains de Berne. Ce sera la Sainte alliance de la grandeur et de la hauteur, de la médiocrité et de la bêtise -- ou vice-versa. La France enseignera à la Suisse l'enthousiasme face aux urnes. Berne lui apprendra comment changer de président tous les ans, comment économiser sur les grèves, comment feindre la modestie plutôt que la supériorité, comment faire semblant de vivre ailleurs tout en profitant de l'Europe, comment changer le chant du coq en youtse qui paralyse l'ennemi, comment marier les revenus maffieux du secret bancaire avec la neutralité la plus virginale.

Il faudra aussi que les Français pasteurisent leur hymne national: "Aux urnes citoyens! Qu'un oui impur abreuve nos sillons..."

Qu'en est-il de l'asile gastronomique? La tendance est à la cuisine pauvre. Nous leur enseignerons la recette de la Soupe au lait de Kappel. En 1529, selon la légende, les troupes catholique et protestante n'avaient plus envie de s'affronter. C'est à Kappel (Zoug) que les soldats trouvèrent l'astuce: partager une soupe dont un camp fournirait le lait et l'autre le pain. La recette pourrait aussi servir pour l'Europe.

24.5.05

Guerre: le groupe de prière du président


Autre pays, autres moeurs. Signalé par Pascal Riché, voici The Presidential Prayer Team for Kids, le Groupe de prière présidentiel pour les enfants qui propose des sujets d'intercession auprès de Dieu aux jeunes Américains.

Le président Bush est en première ligne ces jours puisqu'il a reçu les premiers ministres de Grèce et du Danemark le 20 mai, le président afghan hier, et qu'il aura une entrevue avec une huile indonésienne demain, puis avec le président de l'Autorité palestinienne jeudi. "Ask God to guide him [le président] and all the leaders of the world so they will honor Him and do His will."

Samedi 21 était la journée consacrée aux Forces armées. Le Groupe de prière conseillait à ses jeunes correspondants de prier Dieu en faveur des familles des soldates et soldats, particulièrement pour les enfants séparés de leur mère ou de leur père en activité. Il n'était pas fait mention des jeunes veuves ni des petits orphelins.

Une prière pour nos troupes:

Thank You, Lord, for the men and women of our Armed Forces. Protect them as they protect us. Defend them as they defend us. Encourage and strengthen them in spirit, soul and body in the execution of their duties. Enable them to curtail hostile actions before they start. Give our leaders wisdom and insight in all decisions. Thank you, Lord, for providing America with the best trained, equipped and led military force in the world. Fill them with Your saving grace and the gospel of peace that they may be shining witnesses of Your love. Amen.
Les dernières phrases en français: "Donne à nos autorités l'intelligence et la lucidité dans toutes leurs décisions. Merci, Seigneur, d'avoir accordé à l'Amérique les troupes les mieux entraînées, équipées et dirigées au monde. Remplis-les de Ta grâce salvatrice et de l'évangile de paix afin qu'elles puissent témoigner de Ton amour rayonnant. Amen!"

23.5.05

Politique: un Parisien à Pékin

Dans son blogue d'aujourd'hui, Mon journal de Chine, Pierre Haski attire notre attention sur le "monde merveilleux d'Alain Juppé", un jet-setteur parisien retour de Pékin où il a passé 48 heures. D'abord une bonne nouvelle: l'ancien premier ministre a rencontré peu de clochards dans les lieux de luxe. Juppé dé-blogue en ces termes:
Sous un chaud soleil de printemps, la végétation a éclaté; partout des fleurs, des pelouses, des arbres. Est-ce déjà la préparation des JO? Sur des kilomètres, l'autoroute qui relie l'aéroport à la ville est ornée de magnifiques rosiers. Dans l'immense avenue où se trouve mon hôtel, plus de vélos (sauf quelques rescapés sur des pistes cyclables, il est vrai de belle largeur), mais autant de voitures individuelles que sur les Champs Elysées. Des buildings flambant neufs dont j'aime bien l'architecture, plutôt cossue, avec quelques clins d'oeil à la tradition chinoise (les toits...); toutes les enseignes d'Europe: Lamborghini accroche mon regard! Les trottoirs sont nickel (j'ai encore la déformation professionnelle de l'élu local). Très peu de SDF (comment dit-on en chinois?). Seule touche "pays encore en développement" : aux carrefours, des employés municipaux (je suppose), armés de grands drapeaux, facilitent la traversée des piétons; les petits boulots doivent encore être légion.
Madame Chichi se serait franchouillardement extasiée de même. Elle aurait relevé une marque de couturier. Cela continue:
Grâce à un ami retrouvé par hasard, j'ai la chance de passer la soirée dans un lieu étrange, presque "parisien", dont l'existence eût été inimaginable il y a 15 ans: un site de plusieurs dizaines d'hectares, au coeur de la ville, où fonctionnaient naguère (où fonctionnent encore sur une petite partie du terrain) des usines installées grâce au concours du grand frère soviétique (dans les années 50) et principalement orientées vers l'industrie d'armement. Peu à peu les ateliers ferment et sont remplacés par... des ateliers d'artistes ou des galeries de peinture qui s'épanouissent avec bonheur dans les vieux hangars de béton. Je visite l'une de ces galeries, très en pointe. Tout un symbole : elle expose la vareuse de Mao, moulée dans le plâtre, sans tête et sans corps, vide. La censure laisse passer; mais on me raconte que tout récemment, la police est intervenue pour faire enlever une statue de Bouddha dont les traits ressemblaient par trop à ceux du Grand Timonier.
Vous voilà informées avec bonheur, mes chéries, sur le quotidien des Pékinois. Puis cela devient sérieux. Alain Juppé parle de colloque international et de débat qu'il introduit:
...j'y aborde les évolutions récentes de la gouvernance européenne, c'est-à-dire la constitution européenne. Visiblement les Chinois qui attendent beaucoup de l'Europe pour éviter le tête-à-tête avec les Etats-Unis et qui savent le rôle moteur de la France dans la construction européenne, ont du mal à comprendre ce qui se passe chez nous. Ils ne sont pas les seuls si j'en juge aux réactions des [...] autres Européens qui participent au colloque.
La suite est encore plus convenue que l'introduction. Résumé de Pierre Haski:
Les réflexions de notre ancien premier ministre à son retour de 48 heures en Chine sont pénétrantes, et je suis certain que le gouvernement chinois retiendra sa proposition d'aider la Chine à créer les millions d'emplois qu'il n'a pas su créer en France, d'aider la Chine en matière de bonne gouvernance comme la Mairie de Paris à l'époque Chirac-Juppé a pu en être un modèle. Il n'a pas proposé, mais c'est peut-être là que le gouvernement chinois aurait pu apprendre de lui, de partager son expérience de premier ministre faisant face à une vague de grèves à travers tout le pays...
Je plaisante, mais le degré zéro de la réflexion que l'on trouve dans le texte de Juppé en dit long sur le fait que la Chine n'a pas encore fait son entrée sur l'écran radar des hommes politiques français. Il faudrait pourtant qu'ils se posent rapidement les questions liées à l'émergence de la puissance économique et politique chinoise [...]
Les nains de jardin qui gouvernent à Berne se lancent aussi dans de nombreux voyages inutiles. On lit leurs rapports et on se dit qu'on n'a rien à envier au grand voisin. Le conseil politique est un luxe de riche et l'affluence change de camp. Les Chinois nous apporteront bientôt leurs recettes, que nous le leur demandions ou non.

20.5.05

Amnésie: deux hommes hurlent en silence


Tout ce que l'on sait de lui, c'est qu'il n'avait pas été invité au Festival de Cannes. Jeudi, un homme au vêtement élimé s'est effondré sur la Croisette. Dans son blog, Antoine de Baecque rapporte que l'homme est resté allongé, inconscient, tandis que la foule passait. Puis une vieille dame a pris sa main pour tenter de le ranimer. Une ambulance a été appelée.

Quand il a repris conscience, l'homme ne savait pas qui il était, ni où il se trouvait. Il tenait dans ses mains une bobine de film et n'a accepté de la lâcher que plusieurs heures après. Le soir, on a projeté le film au cinéma de la plage. La projection a duré 14 minutes. On voyait des figures multicolores se rapprocher et s'éloigner, une femme blonde hurler en silence, un homme qui dansait, un vieillard qui buvait, un chien errer au milieu de flaques d'eau.

Parfois, une musique ou quelques mots accompagnaient ces belles images. Le court film n'a pas de générique. L'homme amnésique en est-il l'auteur?


The mystery 'piano man' who has refused to speak since he was found wandering on a windswept road on the Isle of Sheppey, and, right, his sketch that led to hospital staff finding him a piano on which he plays melancholy music. Photograph: Mike Gunnill

L'homme frileux qui tient des partitions musicales n'a pas révélé non plus son nom. Le 8 avril, il errait dans son costume trempé sur l'île de Sheppey, dans le sud-est de la Grande-Bretagne. La police l'a amené à l'hôpital. Depuis, il refuse ou est incapable de répondre aux questions qu'on lui pose.

Dans l'idée qu'il pourrait peut-être écrire, on lui a donné une feuille de papier et un crayon. Il a dessiné un piano à queue. Le personnel de l'hôpital l'a amené à la chapelle de l'établissement où se trouvait un piano. L'homme s'est assis devant l'instrument et a commencé à jouer, transfiguré. Pour la première fois depuis qu'on l'avait trouvé, il paraissait détendu. Il a joué des heures durant. Dans les semaines suivantes, il n'a pas prononcé un mot, mais est régulièrement retourné à la chapelle. Il a joué du Tchaïkovsky, néanmoins il semble préférer les airs de sa propre composition.

Alan Amos, l'aumônier de l'hôpital qualifie ces airs de "musique d'ambiance circulaire", sans début ni fin définis; ils pourraient avoir pour l'inconnu des propriétés calmantes lui permettant de contrôler ses peurs. Car à chaque nouvelle personne rencontrée, l'inconnu semble terrifié.

Des recherches ont montré que des musiques connues peuvent aider les personnes qui souffrent d'amnésie post-traumatique à retrouver leurs souvenirs perdus et à faire face au traumatisme qui a provoqué la souffrance. Certains thérapeutes les font entendre à leurs patients dans ce but.

Pour tenter d'en savoir plus sur l'identité du pianiste inconnu, la presse britannique a diffusé sa photo lundi dernier. Des orchestres ont été contactés et le service national des personnes disparues
appelle toute personne qui met un nom sur son visage à se manifester.

Je me demande: est-ce qu'une personne amnésique a vraiment envie -- ou besoin -- de faire sortir ce qu'elle a enseveli? Il est sûr en tout cas que les thérapeutes ne vont pas lâcher ces deux hommes avant longtemps. Peut-être pour leur bien si, en même temps que la mémoire, ils reçoivent la force d'affronter ce qu'ils redécouvriront...

15.5.05

Exploration de la masculinité: un trek de treize mecs


C'est un document, de ceux qu'on aime suivre à la télévision. Il entame pourtant sa carrière sur les écrans de cinéma (CAC Genève, City Pully, puis...) où la perception du spectateur est peut-être différente, vu la communion qui s'établit dans le noir. Ensuite, on le verra sur le petit écran (Arte, TSR, au Canada). Le Souffle du désert est basé sur un choix (oui, un casting) de treize hommes qui acceptent que leur exploration (personnelle et en groupe) de la masculinité soit filmée à bout portant durant une marche de quinze jours dans le désert.

Canadiens, Belges, Français et Suisses, ils marchent quatre à cinq heures par jour dans le grand Erg oriental (sud tunisien), suivis à la trace par une équipe de tournage, par des chameliers-cuisiniers et leurs dromadaires. Le réalisateur est François Kohler. A chaque étape, le psychiatre Alexis Burger supervise la dynamique du groupe,
propose des travaux pratiques de développement personnel, soutient les participants dans l'exploration de leur vécu d'homme et d'enfant, encourage la parole.

Justement: la parole, la remise en question, l'introspection. C'est pas vraiment un truc de mec dans une assemblée de mecs. Les discours, oui, parce qu'on peut généraliser.

Ils luttent à la suisse (à la culotte), se lancent dans des duels, racontent leur relation à leur jeune ou vieux corps. Le silence du désert fait remonter leurs peines, les manques, les échecs; les bonheurs et les victoires aussi. Le moutonnement arrondi des dunes leur rappellent ces femmes qui les habitent, mère, épouse, fille (et qui les a-bitent parfois, avec un a privatif). Les crêtes que le vent déplace leur parlent des pères, des frères et des collègues inaccessibles -- impénétrables par tempérament ou par éducation? Les souvenirs rôdent autour des tentes comme ces djinns qui voltigent aux portes de la souffrance, comme le diable tentant Jésus durant son jeûne.

Et les mecs font naître des oasis de leur larmes.

Le désert n'est pas désert, il nourrit les dromadaires, il alimente les feux des cuisiniers et des veillées. Le coeur des treize mecs n'est pas aride, certains ont trouvé un nouvel accès à leur nappe phréatique. A la fin du film, le spectateur perçoit que le groupe s'est agrandi: ces gars qui avaient commencé le trekking en solitaires, avec de lourds sacs à dos (ou une valise à roulette) semblent débarassés d'une partie de ce poids. Ils avancent en tenant par la main le petit garçon qu'ils étaient et lui sourient. Ils vont peut-être se pardonner d'avoir été un amant médiocre, un mari et un père qui n'a rien compris, un collègue tyrannique ou trop mou. C'est-à-dire: un être humain.

Pourquoi la langue française n'a-t-elle pas de terme pour Mensch, confondant ainsi être humain et mâle de l'espèce? Tant pis. En explorant leur masculinité, ces mecs sont devenus un peu plus des hommes, ils ont gagné en humanité.

A la verrée qui suit la première du film, mardi dernier, une dame âgée commente: pourquoi toujours se plaindre des parents? à quoi bon ce nombrilisme? Cette histoire, dit-elle, c'est du chamanisme kitch, je n'y crois pas un seul instant. Je lui raconte que j'ai pu faire la paix avec mes parents, avant leur mort; c'est un privilège. Son père, dit-elle, avait mis les voiles lorsqu'elle était toute petite. La mort de cet homme ne l'a pas touchée. Affaire classée. Une jeune femme déclare qu'elle enverra ses amies voir ce film absolument. Avec leurs mecs.

10.5.05

Soleure: il suffit de passer le pont


De la gare au Landhaus où se tenaient les Journées littéraires de Soleure (de vendredi à dimanche derniers), c'est une promenade de sept minutes cadrée par les châtaigniers en fleurs jusqu'au pont Kreuzacker qui franchit l'Aare. Petit chef-lieu sévère qui entretint des liens étroits avec la France aux XVIe et XVIIe siècles, Soleure conserve un centre patricien où piétons et cyclistes circulent sans risquer leur peau.

Pourtant, des affiches politiques déchirent cette belle idylle et te jettent leurs NEIN, NEIN à la gueule. Il faudra voter deux fois NEIN le 5 juin prochain pour garder la Suisse à l'abri des "influences". NEIN à Schengen, à ces nains européens qui entourent notre grand et beau pays, trop intelligent et trop efficace pour se lier en quoi que ce soit à des profiteurs qui veulent t'arracher le pain de la bouche, l'or des banques et la neige des cîmes. NEIN aussi, un NEIN d'indignation aux couples de femmes ou d'hommes qui demandent la possibilité d'enregistrer officiellement leur partenariat. Pourquoi? Parce que leur voie est celle de la singularité, de l'amour qui navigue sur un fleuve parallèle (trop proche de la frontière). Et aussi parce qu'on sait bien qu'après, "ils" réclameront la possibilité d'adopter des enfants. Ensuite, c'est inévitable, les zoophiles exigeront le droit d'épouser leurs partenaires à deux ailes ou quatre pattes...

Ces affiches utilisent un langage codé, celui des patriarches inquiets que la nation et la famille n'échappent encore un peu plus à leur domination exclusive. Leurs principes sont "bibliques", ils pourraient tout aussi bien avoir une justification "coranique".

La rivière roule des eaux grises, fâchées par le déficit d'imagination de ce pays et par la pluie. Les drapeaux qui balisent le chemin jouent de la transparence du voile et projettent le vocable Literatur à l'envers comme à l'endroit. C'est aussi très suisse, mais du bon côté de la créativité. Sur l'autre rive, on est étonné par la profusion des restaurants: turc, grec, balkanique, babylonien, italien... Les étrangers sont déjà installés et te souhaitent la bienvenue à leur table en Schwytzertütsch.

5.5.05

Guérisons à distance


Aide idéologique. Le Guardian du 4 mai rapporte que le Brésil a rejeté l'offre d'aide à la lutte contre le sida que lui proposait le gouvernement Bush. Elle était liée à des conditions: 1) condamner la prostitution, plutôt que d'oeuvrer à la prévention avec la collaboration des prostitué-e-s; 2) suspendre les avortements, renoncer aux mesures de contrôle des naissances et de prévention ainsi qu'à l'éducation sexuelle des jeunes afin de les remplacer par un programme d'abstinence jusqu'au mariage "fondé sur la foi". Le Brésil est le premier des pays fauchés à résister ouvertement à la pression en refusant les dollars attachés à l'abandon de l'information sexuelle et de la distribution des préservatifs.

Peut-on mesurer les résultats de la prière en faveur de la guérison des malades? Des études scientifiques tentent d'apporter une réponse à cette question. Elles tiennent compte de la prière des croyants dispensée à distance, mais aussi des rites de guérison traditionnels et des techniques développées par les artisans du Nouvel-âge.

Les sceptiques déclarent qu'on ne doit pas utiliser l'argent de la recherche pour renforcer ou infirmer la foi en un Pouvoir supérieur. D'autres demandent comment il est possible d'évaluer scientifiquement les résultats d'une occupation aussi mystérieuse et invisible que la prière. Comment définir cette activité? Comment mesurer une "dose" de prière? Est-ce que la canalisation de certaines énergies peut se comparer à l'intercession chrétienne? Et qui prouvera qu'une guérison est provoquée par lesdites prières plutôt que par l'effet placebo?

Le Dr Richard Sloan, professeur de médecine du comportement à l'Université de Columbia, New York, a déclaré au Los Angeles Times (2 mai) que les études sur les effets de la prière à distance présentent "d'énormes questions méthodologiques et conceptuelles" aux chercheurs. "Rien dans notre compréhension de l'univers ni de l'individu n'explique comment les pensées d'un groupe de personnes pourraient influer sur l'état d'autres personnes à 5000 km de distance."

L'étude d'un cardiologue à San Francisco portant sur 393 patients divisés en deux groupes a conclu que les malades pour lesquels des chrétiens avaient prié (sans les rencontrer) avaient eu besoin de moins de médicaments que les membres du groupe pour lequel on n'avait pas prié. D'autres études ont donné des résultats semblables sur des malades du sida, et même sur des souris auxquelles on avait infligé des blessures.

Des opérés ayant subi une angioplastie ont participé à une expérience visant à comparer les effets de la relaxation, de la guérison par le toucher ou de la prière à distance alors qu'un quatrième groupe ne bénéficiait d'aucune intervention autre que médicale. Les trois premiers groupes s'en sont mieux tirés. Les patients pour lesquels on avait prié ont fait les progrès les plus évidents. Des guérisseurs par la prière: Juifs à Jérusalem, Bouddhistes au Népal et en France, Carmélites, Frères moraves et Baptistes aux Etats-Unis priaient chacun pour la personne qui leur était désignée.

D'autres expériences plus complexes destinées à éviter l'effet placebo ont commencé.

Ne risque-t-on pas, en allant toujours plus loin, d'aseptiser la prière, la bioénergie ou le chi eux-mêmes?

2.5.05

La curiosité, un vilain défaut

Vendredi dernier au Salon du livre et de la presse à Genève. Le Grand café littéraire est garni d'élèves de l'école primaire assis en rangs aux pieds de l'écrivaine Corinne Jaquet [Monsieur Chose et Le Collectionneur de mots] qu'ils interrogent sur sa manière d'écrire. Les questions fusent, ils écoutent attentivement les réponses et en tiennent compte dans les interventions suivantes. Elle me donne, comme à eux, l'envie de la lire. Ecrit-elle son "manuscrit" à la plume ou à l'ordinateur? Elle raconte le rituel de Georges Simenon qui taillait ses nombreux crayons avant de commencer une journée de travail et la finissait lorsqu'il avait émoussé toutes les mines. Où trouve-t-elle ses idées? Elle s'assied dans les lieux publics pour capter ce que les gens se racontent et, tout à coup, elle voit comment elle va commencer ou enrichir telle scène. Elle rappelle aux enfants que ce type de curiosité est considéré comme une mauvaise manière, une chose qui ne se fait pas. Afin, j'imagine, de les aider à s'organiser entre les règles parentales et les exceptions.

Dans le train de retour, je suis entouré de trois adolescentes qui sortent elles aussi du Salon. Leur conversation tourne autour des petits copains (comment elles vont les punir ou encourager) et des messages qu'elles envoient/reçoivent en flux sur leurs portables. Au milieu d'un instant de silence, je plonge par fatuité de vieux chnoque ["Vanité des vanités, dit Qohélet, et tout est vanité"]. Je leur demande si elles bloguent. Non. Elles me montrent en revanche une circulaire de la direction de leur Ecole sur les limites à ne pas dépasser dans la médisance blogueuse. Elles me demandent "sur quoi" je blogue. Je prends l'exemple de Jane Fonda, fais bref. Elles ne la connaissent pas, ne manifestent aucune curiosité envers cette célèbrité militante et reprennent leurs apartés à la troisième phrase ["laisse les morts enterrer leurs morts"].

Samedi à la Cave de la Cornalle au-dessus d'Epesses, après une dégustation de Côtes de Provence du Domaine de la Cressonnière, je m'assieds à la terrasse pour manger une assiette de potage. Soleil, panorama lémanique estival, le somment de la Tour de Marsens guigne sur la gauche. Hodler avait posé son chevalet un peu plus à l'est, un petit quart d'heure à pied. Autour de moi, les membres d'une association de paysannes du Gros-de-Vaud "en sortie". A leur comportement et leur allure, impossible de situer le milieu. Bien sûr, elles ne ressemblent pas à des vendeuses de parfumerie. Elles n'imitent pas les pétasses de "Sex and the City". Peu bavardes aussi. C'est un jour de repos. Je me lance dans une conversation, pose des questions. Réponses courtoises et brèves. Le silence retombe. Pas de réciprocité, pas de curiosité.