Im Alleingang: ils ont voté à l'insu de leur plein gré
Fidèles à la promesse qu'ils avaient donnée aux instituts de sondage, les Français ont une fois de plus réglé leur compte aux politiciens en posant un gros caca devant la porte: "Merde à l'Europe!"
Ils étaient si fiers de leur caprice d'avril 2002 où ils avaient effeuillé la marguerite entre un facho xéno et un escroc qu'ils n'ont pu s'empêcher de récidiver à l'insu de leur plein gré. Fallait voir hier soir la gueule de désavoué que tirait Jacky Chichi [lui qui avait initié le débat, sûr d'en tirer un oui], une gueule de majesté offensée en grand besoin de laxatif. Devant la caméra, il lisait un texte écrit dans le ciel, ses traits encore plus décomposés que d'habitude, comme s'il se trouvait déjà en apesanteur.
Nicky Sarkoku a sorti de sa poche un discours de premier-ministrable et de présidentiable qui contenait la liste de tout ce que les Français pourraient désirer. Lui aussi a la langue et la gueule de bois. Je ne me moquerais pas de son état conjugal (qui ne nous regarde pas) s'il ne nous avait pas peignés avec ses images de famille. Le boomerang l'a retrouvé. Je n'admets pas l'utilisation politique de son jeune fils. Si Sarkoku possédait les valeurs chrétiennes qu'il prétend défendre, il prendrait un congé sabbatique pour s'occuper de ses affaires de famille. Ce serait la plus éloquente des campagnes électorales.
Voilà l'Europe victime du désordre intérieur de l'Hexagone. Première réforme indispensable: le bulletin de vote français devrait comporter un questionnaire. Si vous choisissez le non, est-ce [] non à la clique de Chichi, [] non à la Turquie (sous-entendu aux Musulmans), [] non au "plombier polac" et aux mignonnes petites blouses chinoises de chez H & M, [] non à la Constitution elle-même, [] non à autre chose (précisez), ou [] non juste pour emmerder?
Je suis en mesure d'annoncer, le premier avant tous les médias, ce que cachait hier soir le rassemblement d'individus qui "fêtaient le non" place de la Bastille.
La France a décidé de demander l'asile politique et gastronomique aux Nains de Berne. Ce sera la Sainte alliance de la grandeur et de la hauteur, de la médiocrité et de la bêtise -- ou vice-versa. La France enseignera à la Suisse l'enthousiasme face aux urnes. Berne lui apprendra comment changer de président tous les ans, comment économiser sur les grèves, comment feindre la modestie plutôt que la supériorité, comment faire semblant de vivre ailleurs tout en profitant de l'Europe, comment changer le chant du coq en youtse qui paralyse l'ennemi, comment marier les revenus maffieux du secret bancaire avec la neutralité la plus virginale.
Il faudra aussi que les Français pasteurisent leur hymne national: "Aux urnes citoyens! Qu'un oui impur abreuve nos sillons..."
Qu'en est-il de l'asile gastronomique? La tendance est à la cuisine pauvre. Nous leur enseignerons la recette de la Soupe au lait de Kappel. En 1529, selon la légende, les troupes catholique et protestante n'avaient plus envie de s'affronter. C'est à Kappel (Zoug) que les soldats trouvèrent l'astuce: partager une soupe dont un camp fournirait le lait et l'autre le pain. La recette pourrait aussi servir pour l'Europe.


