25.2.05

Soupe à la courge et purée de potimarron


Il est encore tombé quelques flocons de neige, hier matin, alors que dans le gazon devant ma véranda les pâquerettes et les premiers crocus sauvages résistaient. C'était l'occasion de préparer l'une des dernières soupes à la courge (potiron, potimarron) de l'hiver. Il ne me reste plus que deux courges Butternut (musquées) en forme de poire de la saison passée; les Rouges vif d'Etampes qui n'ont pas merveilleusement poussé, étant donné l'été tardif, ont déjà toutes passé à la casserole. Je les conserve au sec et à l'abri de la lumière. C'est coupées en portions que les courges se délitent rapidement.

pumpkins, mrs. farnsworth
Courges Sunny, la bonne variété si la saison est courte. Photoblog de Ranjit Bhatnagar. Thanks Ran!

Dans mon petit jardin de cultures associées où l'agrément de l'oeil doit se combiner avec celui du palais, les fleurs et les légumes prolifèrent dans un entremêlement à la fois dirigé et spontané. Par exemple, les courges d'Etampes (Cucurbita maxima), "très coureuses" disent les jardiniers, ont une nature à la fois rampante et grimpante qui se laisse un peu diriger, un peu seulement. Je mets à leur disposition des échalas métalliques en tire-bouchon auxquels elles s'agrippent en montant pour redescendre en cascades. Les fleurs femelles et mâles ainsi que les fruits apparaissent à n'importe quelle hauteur. Cela forme des fouillis créatifs de végétation abondante parmi les tomates cerises et les tomates jaunes qui poussent aussi dans un terrain de compost, mais plus mûr que celui des courges. Les courgettes jaunes et vertes qui débordent sur le gazon font également partie du paysage. Et, bien sûr, le basilic, les salades, les poivrons (piments doux) voire les aubergines lorsqu'elles daignent arriver à maturité.

Attention tout de même aux mauvaises associations: la courge redoute le voisinage des concombres, des pommes de terre, du melon, des radis et du fenouil.



Tom Judson, alias Gus Mattox, acteur, musicien, compositeur, écrivain dans son jardin. Vient de terminer une tournée de la comédie musicale Cabaret et le tournage de Dangerous Liaisons, à New York, un film X pour Lucas Entertainment. Publie un blogue et des récits.

Recettes

Les courges se prêtent à toutes sortes de préparations: à la vapeur, en fait-tout, dans une marmite à pression, à la poêle, au grill, au four. On en fait même un pain salé/cake (avec ou sans carottes, parmesan, olives noires ou tomates séchées), un cake sucré (gâteau au chocolat et café pour les Français, Tea Bread à la cannelle et à la muscade pour les Américains), une tarte salée ou sucrée, des scones, des muffins, une purée de dessert, de la glace.

Je cuisine souvent à la vapeur
car mon four à micro-ondes possède une fonction vapeur (qui règle automatiquement la température juste en-dessous du degré d'ébullition) prévue pour un ustensile spécial composé d'un récipient contenant le liquide, d'une passoire et d'un couvercle. Cela ne nécessite aucune surveillance. Je règle la minuterie qui s'enclenche dès que l'eau arrive à ébullition. Six à sept minutes pour un mélange de courge (sans retirer la peau puisque je n'utilise pas de traitement chimique au jardin), pomme de terre (onctuosité) et carotte (renforcement de la couleur) dans la passoire, alors que je jette une poignée de riz, de lentilles rouges ou de millet dans le liquide du récipient inférieur pour le repas suivant. C'est rapide pour un gars peu enclin à la cuisine, et le procédé retient bien les saveurs.

Après la cuisson, je passe les légumes au mixeur (mais peu de temps afin d'éviter que la masse ne devienne trop lisse) avec un bouillon ou du lait de soja, du sel, du poivre et d'autres épices, un peu de crème ou d'huile (olive plus vierge que moi, ou colza bio pour les acides gras favorables). Je verse dans des bols, réchauffe au micro-ondes, parsème de gingembre frais râpé, décore en automne avec des capucines (oui, elles sont comestibles, leurs couleurs s'harmonisent et leur goût est délicieux) ou actuellement avec du cerfeuil que je cueille dans ma serre froide.

En accompagnement vigoureux: quelques tranches de pain sarment au seigle broyé, sorti du four, tartinées de roquefort. Et trois gorgées d'un vin gaillard de Provence (produit par mon frère) ou du Valais.

Pour varier le parfum et la saveur de la soupe: un assemblage tout prêt de condiments style Maroc, Chine, Thaïlande, Inde. Ou une cuillère de miel qui soulignera la flaveur de la courge. Sinon, un mélange de thé noir et d'épices (cardamone, poivre, gingembre, girofle et cannelle) se mariera parfaitement aux légumes de base.

Dans Toqué de cuisine, Jamie Oliver propose de farcir une courge et de l'enfourner. # En Aveyron, on pose des morceaux de courge sur des tranches de pain grillé et aillé au fond d'un plat allant au four, on verse de la crème fraîche, on saupoudre de gruyère et on met à cuire 25 minutes. # Pour l'anniversaire de son compagnon Michael en 1999, le chef Peter Gordon a préparé une entrée de Roast Pumpkin, potiron au four, sur lequel il a répandu, après cuisson, un assaisonnement broyé au pilon de noix d'acajou grillées, de graines de sésame, sel marin et autres ingrédients, complété d'une poignée de roquette. Dans Cook at Home With Peter Gordon, page 160, il détaille les autres plats du repas et explique comment il résout chaque année le problème que lui pose son cher Michael: l'anniversaire tombe le 1er janvier, après tant de festins. Il s'applique à en faire "a luxurious feast of many flavours and textures" sans charger les estomacs. # Dans son blogue C'est moi qui l'ai fait, Pascale Weeks raconte que dans la famille des citrouilles, son préféré pour la purée est le potimarron. L'avantage est que cette purée se réchauffe très bien, contrairement à celle de pomme de terre qui doit être préparée au dernier moment.

19.2.05

Ceux qui le font assis


Mercredi dernier, dans Scènes de ménage à la Télévision romande, Frédéric Recrosio est sorti du placard. Il savait que ses parents regardaient. Pourtant il a tout révélé. Moi je pense que sa mère savait. Les femmes observent ces choses. Comment le père a-t-il réagi à ce... manque de virilité de son rejeton?

Frédéric est un grand garçon, il a 29 ans et exerce la profession d'humoriste, à la radio (La Soupe est pleine), à la télé et sur scène. Son talent, c'est de traiter sans tabou de sujets intimes qui font vraiment rire tout en touchant juste, en plein dans la cible de nos faiblesses. La sexualité, par exemple. "C'est pas sale, et ça crée des liens impecs entre les garçons et les filles, même si c'est pas de l'amour -- parce qu'on peut aussi tomber amis." Les jeunes femmes sont conquises et elles sifflent de bon coeur ses grosses vannes de jeune macho. Il n'est jamais vulgaire. Rien à voir avec l'obsession pipi-caca, le défaitisme et la connardisation qui sont la règle sur les scènes francophones. Recrosio tourne actuellement (en France et en Suisse, dates et lieux) avec un spectacle solo Rêver, grandir et coincer des malheureuses, biographie d'un garçon depuis l'âge où, en classe de gym, il se rend compte en grimpant à la corde (ou la barre, je ne sais plus) que son petit robinet perçoit d'autres sensations que le besoin pressant d'éliminer.

Donc, Frederic Recrosio a fait son coming out public l'autre soir: il a avoué qu'il urine assis. Debout ou assis: la polémique fait rage cet hiver sur la blogosphère. Aux Etats-Unis, Andrew Sullivan, le commentateur politique conservateur pionnier du blogue -- que j'aime lire et détester (parfois) -- a dénoncé (tongue in cheek?) une fois de plus l'arrogance des gauchistes féministes scandinaves d'où aurait émané le mouvement.

Sullivan est catholique et gay. Un qui ne l'est pas, c'est le richissime prédicateur Pat Robertson, leader de la Droite religieuse, qui a fait fortune en tant que télévangéliste. Il a investi les dons que de pieux Américains destinaient à l'évangélisation et à la lutte contre le socialisme dans: sa résidence privée somptueuse (avec piste d'aviation), différents tripotages financiers, des mines de diamants au Zaïre, des connivences avec des hommes d'Etat comme Mobutu Sese Seko, ainsi que dans une campagne présidentielle qui a capoté. Extrait d'un de ses boniments publicitaires calibrés pour rapporter du fric:
"Le programme féministe ne s'intéresse pas aux droits de la femme. Il s'agit d'un mouvement politique socialiste visant la destruction de la famille; il encourage les femmes à quitter leurs maris, tuer leurs foetus, pratiquer la sorcellerie, détruire le capitalisme et devenir lesbiennes."
Et quand on sait, en plus, qu'elles peuvent se procurer un petit conduit discret pour utiliser les toilettes debout ou uriner contre un arbre... Que reste-t-il de la gloire virile, celle qui, dans la bible, est caractérisée franchement:
Tu t'es tellement acharné à faire le mal aux yeux de Yhwh [...] Tu vas voir de quel malheur je vais t'accabler! Je balaierai après toi tes descendants et j'arracherai à Achab tous ceux qui pissent contre un mur, jeunes ou vieux, en Israël! (1 Rois 21, 21. Nouvelle traduction Bayard, les autres ont recours à l'euphémisme: "j'exterminerai les mâles".)
De son côté, Michael J. Bowers, dans The Newsroom Iconoclast, fait mine de s'étrangler: "Do we need any more evidence of how far Europe has fallen?". Et d'expliquer: la campagne Sitzpinkler qui a commencé en Suède atteint maintenant l'Allemagne et l'Australie. En fait, Bowers confond l'Australie avec l'Autriche et j'ajoute que la Suisse est aussi frappée. Sitzpinkler, explique-t-il, qualifie en allemand le mâle de l'espèce qui s'assoit aux toilettes quand il pourrait se tenir fièrement sur ses deux pieds. Or cette démonstration de "dominance" de l'homme sur la femme pourrait lui valoir l'exclusion de son parti. Et de citer ce témoignage de Jessica, une biologiste d'Uppsala: "Toutes mes amies exigent que leur mari ou leur petit ami s'asseye. Je trouve que c'est une manière de respecter celle qui nettoie. Mon frère, par exemple, n'oserait pas se soulager verticalement. Parmi les jeunes de l'intelligentsia de gauche, on partage l'opinion que debout c'est horriblement macho."

"Jessica has stumbled across the essence of why the world hates us, commente sobrement Bowers, Jessica a mis le doigt sur l'origine de la haine du monde entier contre nous: simplement parce que nous sommes nés Américains, nous bénéficions d'avantages que les étrangers nous envient." Lesquels? L'individualisme, le capitalisme, la conviction que même si l'on est né dans une famille de pauvres immigrés, on peut devenir millionnaire. Et encore? "Notre Constitution, établie par des hommes brillants, nous donne le droit d'aller à la quête du bonheur. Si le bonheur est de posséder un gros fusil, nous pouvons l'acheter." Quoi d'autre? Acheter une quatre-quatre, ou "Si le bonheur est d'amener la liberté en Irak, nous avons le droit de le faire. Nous disons que c'est naturel. Les Européens appellent cela un sale geste de défi macho. Mais ils disent la même chose des hommes qui éliminent debout."
L'image « http://www.wolles-website.de/bloedsinn_stehpinkler/ski.jpg » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.
On peut le constater: avant, en Allemagne, la séparation était établie par le mur. Maintenant, elle passe entre les Stehpinkler (qui le font debout) et les Sitzpinkler. Les femmes ne veulent plus céder. Elles affichent des mots d'ordre au petit coin. Un technicien audio (et collabo) a même inventé la lunette de WC qui rappelle à l'ordre si elle n'est pas immédiatement abaissée et ameute la maîtresse de maison...

Remarque d'un homme en colère: "Alors pourquoi Dieu m'a-t-Il donné des mains?" Un autre affirme qu'assis, cela vide mieux la vessie, c'est plus sain pour la prostate. Une femme raconte que, dans la Rome antique, les esclaves qui dirigeaient leur jet contre une maison patricienne étaient jetés aux lions: "Je trouve que c'était plein de bon sens." Un homme tente d'amadouer la partie adverse: "Vous les femmes, vous êtes plus intelligentes, vous pouvez donner naissance, vos poitrines donnent du lait et sont plus belles à contempler, vous avez des orgasmes multiples, vous conduisez plus prudemment, devenez plus âgées -- et vous voulez nous ôter le seul privilège de notre sexe?"

Sur Frag Mutti cette recette définitive: tapisser le petit coin de papier journal jusqu'à la hauteur du nombril, ne pas oublier le sol; faire boire trois bières à l'inculpé; dès qu'il sort des toilettes, le ramener sur le lieu du crime, lui montrer les taches qui ont noirci le papier et la zone sèche où se trouvaient ses pieds, attirer son attention sur ses chaussures et le bas du pantalon... c'est radical.


Désormais, à part le tri des liquides (ci-dessus: bière, vin, eaux de vie, lait...) qui fait sans doute partie du complot écolo-gaucho-féministe, trois questions tourmentent l'humanité civilisée:
  1. la poule ou l'oeuf?
  2. to be or not to be?
  3. debout ou assis?

17.2.05

Femmes musulmanes, femmes évangéliques


Un proverbe arabe, je crois, affirme qu'un chameau ne regarde pas ses propres bosses, mais celles de son voisin.

J'y pensais, la semaine dernière alors que je me payais une sainte indignation contre les arabo-musulmans mâles qui traitent si brutalement leurs femmes et leurs filles, ramenant dans le pire des cas l'alliance sacrée du mariage à un viol légal. Arte diffusait Quand les Musulmanes parlent sexe, un titre vulgaire, mais des paroles vraies dans la bouche de femmes qui tentaient de briser le tabou en s'exprimant sur ce qui est indicible dans leur culture aujourd'hui. Car, en d'autres temps, les poètes musulmans ont parlé de l'amour, des femmes, des garçons et du vin d'une manière inspirée qui ravit l'âme et les sens.

Le chameau, c'était moi, bien sûr. Disons plutôt le dromadaire... Car j'ai aussi passé les premières années de ma vie dans une communauté religieuse où les femmes -- ces connes -- se rendaient au culte couvertes d'un chapeau et acceptaient de ne pas ouvrir leur jolie bouche pour louer Dieu ou méditer Sa parole. J'insiste: ces connes, parce qu'elles n'auraient pas risqué leur peau, comme c'est encore le cas sur la côte sud de la Méditerranée, si elles s'étaient mutinées en imitant Lysistrata qui enrôla les matrones grecques dans une grève de l'amour jusqu'à ce que cesse la guerre du Péloponèse (hélas, il s'agissait d'une comédie d'Aristophane dont la première eut lieu en 411 avant notre ère).

Ce sont des sectes de même obédience, dites évangéliques, que M. Bush caresse électoralement dans le sens de leur poil piétiste. Mais ne dites pas que le président des Etats-Unis est un extrémiste doctrinaire comme M. Bin Laden. Certes tous deux se ressemblent en ce qu'ils disposent d'une fortune qu'ils n'ont pas amassée de leurs propres mains, l'un dans le pétrole, l'autre dans le béton. Le barbu des montagnes est un terroriste parce qu'il est responsable de quelques dizaines de milliers de morts seulement; tandis que le glabre, que ses sujets nomment affectueusement le Chimpanzé, est un seigneur (saigneur) de la guerre puisque son compteur dépasse déjà cent mille victimes dans ses deux premières guerres.

Je lisais avant-hier dans Salon un article de Michelle Goldberg décrivant comment, à la Saint-Valentin en Arkansas, des milliers de couples, déjà mariés, ont prêté serment pour rendre leur engagement de mariage quasiment indissoluble. Cette cérémonie religieuse était organisée par le gouverneur de l'Etat Mike Huckabee (un ancien pasteur baptiste) et sa femme Janet dans un stade de Little Rock. Les couples étaient venus des quatre coins de l'Etat. Dans son introduction, le rabbin Daniel Lapin (sic!) a indiqué que le mariage était nécessaire pour transformer "cette pierre brute qu'est la sexualité et l'agressivité masculines" en un joyau. Puis les couples ont renouvelé leurs promesses, les femmes s'engageant à se soumettre à leur mari. Comme le dit la bible que les Américains prennent de plus à plus à la lettre, lorsque cela les arrange, (1 Co 14, 34): "...que les femmes se taisent dans les assemblées, car il ne leur est pas permis de prendre la parole; qu'elles se tiennent dans la soumission, ainsi que la Loi même le dit. Si elles veulent s'instruire sur quelque point, qu'elles interrogent leur mari à la maison; car il est inconvenant pour une femme de parler dans une assemblée."

[L'homo numericus reviendra sur le contexte de cette pantalonnade dans une note ultérieure. L'Arkansas, pourtant situé dans la ceinture biblique, a le troisième taux le plus élevé de divorces aux Etats-Unis. Pourtant, la loi de 2001 ne reconnaît plus le divorce par consentement mutuel.]

Le deuxième reportage de la soirée d'Arte nous montrait comment la situation des femmes évolue favorablement au Maroc depuis que le roi Mohammed VI a fait adopter un nouveau Code de la famille. La plupart des hommes -- politiciens, juges, avocats et maris -- freinent des quatre fers, incapables de comprendre qu'ils seraient les premiers bénéficiaires d'un statut d'égalité et d'une sexualité évoluée. Mais on voyait dans le film des types valeureux accompagner les militantes, ces Mères Courage.

Côté blogues marocains, j'ai rendu visite à Mohamed Zainabi (photo), 37 ans, père de deux filles, journaliste libre et militant dans la lutte contre le Travail des enfants, entre autres. Son Big Blog est sous-titré: "La meilleure façon de penser est d'écrire". Lisez-le!


Dans Al Jinane, "blogue marocain de la culture collective", Tarik Essaadi prête la plume à ses invités, le 2 février, pour traiter de "L'islam et les droits de l'homme" dans un espace de libre expression. Un correspondant s'en prend à l'islam qui selon lui bafouerait les droits de l'homme (pourquoi ne dit-on pas les droits de l'être humain ou, une fois sur deux les droits de la femme?). Et de citer le coran, sourate IX, 5:
"Les mois sacrés expirés [l'homo numericus précise pour les incroyants: les quatre mois de chavval, dhoulcada, dhoulhiddjè et monharram], tuez les idolâtres [les giaours, les infidèles] partout où vous les trouvez, faites-les prisonniers, assiégez-les et guettez-les à toute embuscade; mais s'ils se convertissent, s'ils observent la prière, s'ils font l'aumône, alors laissez-les tranquilles, car Dieu est indulgent et miséricordieux."
Le correspondant de Terik Essaadi cite encore de
ux sourates exhortant pense-t-il à la discrimination et à la violence conjugale, par exemple: "Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci..." Un libre penseur intervient: "...même si le coran contient d'autres passages beaucoup plus éclairés et pacifiques, ils sont annihilés par ceux-ci qui servent régulièrement à justifier les pires exactions. Pourquoi ne pas les expurger une bonne fois pour toutes? Et admettre par la même occasion que le coran, comme l'ancien et le nouveau testament, a été écrit sur une longue période, avec des rajouts faits par des hommes pas toujours bien intentionnés?" Une Marocaine estime qu'il faut situer les sourates dans leur contexte. L'homo numericus l'a fait en consultant son coran. Voici les deux versets (6 et 7) qui suivent la référence précédente:
"Si quelque idolâtre te demande un asile, accorde-le-lui, afin qu'il puisse entendre la parole de Dieu, puis fais-le reconduire à un lieu sûr. Ceci t'est prescrit, parce que ce sont des gens qui ne savent rien."
"Comment pourrait-il y avoir une alliance entre Dieu, son a
pôtre et les idolâtres, sauf ceux avec qui vous l'avez contractée auprès de l'oratoire sacré? Tant qu'ils agissent loyalement avec vous, agissez loyalement avec eux. Dieu aime ceux qui le craignent."


14.2.05

Noël, c'est aussi un prénom


La Saint-Valentin est, dit-on, le jour le plus romantique de l'année. Pour celles/ceux qui sont -- encore, de nouveau ou presque tout le temps -- seul-e-s, c'est le doigt sur le mur de leur incompétence sociale (comme à Noël ou en vacances). Dans mon cas, Valentin fait double emploi avec Toussaint.

Parlons de Noël -- son prénom --, parce que je ne vais pas énumérer les autres qui ne sont plus. Il neigeait cette nuit de décembre 1948, trop pour qu'on puisse circuler en voiture. Le futur père est allé chercher la sage-femme à pied. Quand ils sont arrivés, Noël et sa mère gisaient sur le carreau de la salle de bain. Une douzaine d'années plus tard Noël, puni par sa génitrice, était enfermé dans cette même salle, faisait couler un bain et noyait les chaussures de maman qui étaient rangées en face de la baignoire. Ce petit mec avait un caractère bien trempé.

Un ami commun nous a présentés en 1970. Bel homme, Noël était assistant en fac de chimie, travaillait à une thèse en sciences et faisait HEC. A tiré la tronche toute la soirée. Nous nous sommes revus plusieurs fois, au bistrot ou dans ma chambre noire -- il avait des photos de vacances à tirer --, puis devant ma télé pour (re)voir La Nuit de l'iguane de John Huston, tiré de la pièce de Tennessee Williams. Je crois que je me suis approché de lui, sur le canapé, lorsque Shannon, le pasteur défroqué qu'Hannah a attaché sur le hamac, se retrouve libre. Noël a dit "Enfin!" Moi, je croyais jusque-là respecter ce qui pouvait le lier à notre ami commun.

La première fois, j'ai vu La Nuit de l'iguane à Colombo, dans un cinéma en plein air. La dernière fois, c'était avant-hier soir et il m'enchante toujours. La sensibilité, la bonté et la lucidité de l'auteur; la force et la vérité des interprètes.
Hannah (Deborah Kerr): Liquor isn't your problem, Mr Shannon.
Shannon (Richard Burton): What is my problem, Miss Jelkes?
Kerr: The oldest one in the world -- the need to believe in something or in someone -- almost anyone -- almost anything... something.
Burton: Your voice sounds hopeless about it.
Kerr: No, I'm not hopeless about it. In fact, I've discovered something to believe in.
Burton: Something like... God?
Kerr: No.
Burton: What?
Kerr: Broken gates between people so they can reach each other, even if it's just for one night only.
Burton: One-night stands, huh?
Kerr: One night... communication between them on a verandah outside their... separate cubicles, Mr Shannon.
Burton: You don't mean physically, do you?
Kerr: No.
Burton: I didn't think so. Then what?
Kerr: A little understanding exchanged between them, a wanting to help each other through nights like this.
Notre parcours commun à Noël et moi a duré quatorze ans. Sept ans de compagnonnage, sept ans de fraternité. Une passion totale de ma part. De l'amour de la sienne, puis de l'affection. Pas sans peines; pourtant toujours dans la franchise et la sincérité, après un moment... d'adaptation. Il est mort deux jours après avoir été pris en embuscade, en Turquie, dans un guet-apens qu'il redoutait et dont il connaissait le commanditaire. Il a été rapatrié en avion-ambulance et j'étais auprès de lui lorsqu'il a expiré. C'était dans une toute petite pièce nue, son corps à peine recouvert d'un drap, pas de chaise pour moi, porte ouverte sur le couloir où deux soignantes buvaient un café en bavardant. Ma première mort en direct. Lorsque son dernier souffle s'est apaisé, je me suis adressé à l'une des soignantes qui l'a regardé de loin: "Bien sûr qu'il est mort!"

Parler deux minutes avec le médecin qui avait tiré le dernier scanner de son cerveau, regarder le cliché et me demander dans laquelle des circonvolutions était inscrite "notre histoire". Téléphoner une fois de plus à la mère et au père de Noël pour leur apprendre que... Rentrer chez moi au milieu de la nuit. Me rendre au travail le matin comme d'habitude.

L'après-midi, j'avais un autre rendez-vous avec la mort, celle du gars qui m'avait remplacé dans les ferveurs inconstantes de Noël. Nurettin était devenu un petit frère pour moi. Le sida l'avait emporté plus tôt que prévu.

Erreur! Sans qu'on le lui dise, Nurettin savait que Noël avait changé de planète et il allait le rejoindre aussitôt.

La tristesse est forte comme un tambour qui résonne, de moins en moins sous ma fenêtre, mais souvent encore dans le lointain. Dans Embruns, le carnet web de Laurent Gloaguen, j'ai relevé trois paragraphes qui datent de décembre dernier. Lui aussi évoque des souvenirs. Merci Laurent! Je vous les livre dans le désordre.
Et vous tous vous êtes où ? Pourquoi m’avez-vous tous abandonné ? Pourquoi mon carnet d’adresses n’est-il fait que de biffures ? Salopards. Pourquoi suis-je le seul à rester ?

Merde, pourquoi est-ce encore si douloureux?

J’ai dormi avec un mort. J’ai passé une nuit enlacé avec le cadavre raidi de l’homme que j’aimais. Peut-être même que j’ai bandé. Pourtant, je ne suis pas un monstre. Ma plus belle nuit d’amour avec Marc, c’était le 18 décembre au soir. Même s’il était mort 24 heures plus tôt. J’ai longuement enlacé ce corps, je me suis déshabillé, j’ai fait une place dans le lit, et je me suis collé contre ce cadavre roide. Et je fus tellement heureux, tellement aimant.

Calendrier 2005 de l'artiste japonais Echigoya Tatsunoshin, janvier à avril. Merci à "Bill", le nounours qui blogue dans A Bear in the City

11.2.05

Brèves de comptoir: ça ne fait pas rire tout le monde

En haut, un moment de bonheur pour le prince Charles et Camilla, sur cette photo du 7 août dernier.EPAEnfin l'égalité devant le mariage!

Après de vifs débats, et le renvoi du dossier d'une chambre à l'autre, le parlement britannique a finalement autorisé hier le mariage entre personnes du même sexe. L'Eglise d'Angleterre a donné son accord du bout des lèvres. La première cérémonie officielle unira le couple ci-contre en avril prochain. On ne connaît pas l'identité de ces personnes, on sait seulement qu'elles se fréquentent depuis plus de trente ans et qu'elles sont toutes deux ménopausées. Dans le petit milieu de leurs amies, on dit que celle de gauche aime se faire appeler "Charles" et qu'elle se travestit en homme pour sortir au pub; elle a promis de se présenter en jupe au mariage. On précise néanmoins qu'elle n'a rien d'une camionneuse. Sa compagne serait la plus burnée des deux; elle travaille comme palefrenière à mi-temps et se fait appeler "la Dame aux camélias".

Riz amer

Dans ses Médiatiques de ce jour (Libération), Daniel Schneidermann, l'espiègle des médias, commente:

Il est des nouvelles qu'il faut relire plusieurs fois, pour les savourer comme elles le méritent. Ainsi ces quelques lignes du Monde, reprenant le Washington Post à propos de la conférence de Condoleezza Rice à l'Institut d'études politiques de Paris. Lors de cette causerie devant une salle composée en grande majorité d'invités de l'ambassade américaine, seuls deux étudiants avaient été admis à interroger la secrétaire d'Etat. Et l'un d'entre eux, auteur d'une question sur le poids des chiites en Irak, a admis que «ce n'était pas son premier choix». Il aurait préféré demander : «George Bush n'est pas particulièrement bien perçu dans le monde, spécialement au Moyen-Orient. Pouvez-vous y changer quelque chose ?» «Mais, relate le Monde, soumise comme les autres questions à l'approbation de l'école et du département d'Etat, cette question a été écartée.» Il est vrai qu'elle était d'une rare insolence. «Pas particulièrement bien perçu»: on imagine l'esclandre ! On rappelle à cette occasion que l'Institut d'études politiques de Paris vient de créer une école de journalistes. On peut être pleinement rassuré sur leur future indépendance.

Chaque dimanche vers 12 h 35 sur France 5, Daniel Schneidermann et ses enquêteurs décryptent la télévision française dans ses excès. Une émission d'autocritique, c'est trop rare pour la manquer. Ce dimanche, il fera très mauvais temps. Envoyez vos enfants chez leurs grands-parents.

Le crime parfait n'était peut-être pas un crime (parfait)

Tammy Warner, arrêtée il y a deux semaine à Lake Jackson (Texas), a été accusée par la police d'homicide par négligence pour avoir administré un lavement de deux bouteilles de sherry (3 litres) à son mari le 21 mai 2004. Michael Warner, alcoolique depuis longtemps, ne pouvait plus boire sa ration journalière à cause d'autres problèmes de santé. L'officier de police Robert Turner a déclaré au Houston Chronicle: "J'avais entendu parler de ce problème dans mes cours d'expertise médico-légale en 1970, mais je n'avais jamais rencontré de cas."

Le crime n'est plus aussi irréfutable et le Houston Chronicle est revenu sur l'affaire hier. La veuve nie maintenant avoir fourni le sherry à son mari. Elle affirme qu'en plus de l'alcool, il était accro aux lavements et qu'il s'était administré lui-même le liquide fatal. "Cela a commencé, a-t-elle précisé, quand Michael était enfant. Sa mère lui donnait tout le temps des lavements et il est devenu dépendant." (Voir le matos du mari ci-dessus.) Il avait même dépensé 1000 dollars pour suivre des cours d'irrigation du côlon et correspondait sur l'internet avec d'autres accros du lavement. "Il avait écrit des recettes. Il s'injectait des clystères au café, à la savonette Ivory..."

Tammy Warner a déclaré que lorsqu'elle s'est réveillée le lendemain de la nuit fatale, elle n'avait aucune idée que son mari, qui l'entourait de son bras, était mort... La veuve est aussi accusée d'avoir brûlé le testament du défunt un mois avant sa mort.



10.2.05

Comment les pacifistes sont devenus des branleurs


On vient de fêter les trois jours de la choucroute et Mardi gras. Lundi prochain, ce sera la Saint-Valentin. La nouvelle année chinoise qui commençait hier se terminera le 28 janvier 2006. Elle est placée sous le signe du coq.

"Joyeux nouvel an lunaire chinois" se dit à peu près Gong xi fa cai mais, sans l'accentuation correcte, personne ne vous comprendra. Actuellement, le prix du poulet flambe sur les marchés et dans les restaurants, fièvre aviaire comprise. La crête, partie noble, croustillante et gélatineuse, apporte vaillance amoureuse et chaleur. Mais les Chinois ne sont pas seuls à se polariser sur le coq.

Précisons que cock en anglais renvoie à deux significations, comme queue en français. Il n'en fallait pas plus pour que des pacifistes américains, toujours à l'affût d'idées originales dans le but de promouvoir la paix, lancent une campagne mondiale intitulée Masturbate for Peace (MFP). Qui a dit: la paix, je n'en ai rien à branler? Ils ont décidé d'honorer l'année du coq et d'avoir recours à l'autoérotisme pour réduire le choc des civilisations, idée fixe du président Bush, en puisant dans une ressource commune à toute l'humanité.

Mieux que le Réarmement moral, c'est le désarmement manuel. "Il n'y a, écrivent-ils, pas d'antidote plus puissant à la guerre que l'amour. [... et] un amour véritable ne peut naître que de l'intérieur. Vous ne pouvez pas aimer votre prochain sans d'abord vous aimer vous-même. Et, bien sûr, la masturbation conduit à la plus belle expression de l'amour de soi. Il est donc naturel que nous, citoyens du monde, nous réunissions afin de nous palucher pour la paix. [...] nous vous encourageons à en faire de même, à cueillir les plaisirs de la vie et à partager l'énergie positive de la masturbation avec un monde dans le besoin."

Le site de MFP donne toutes les indications nécessaires à ceux qui veulent organiser des meetings ou s'instruire dans l'art de l'astiquage. Il y a de quoi passer un brevet supérieur. MFP fournit aussi 586 slogans pour faire campagne. Echantillon:
Ne chargez pas les fusils, déchargez
Mouillez pour la paix
Devenez sourds à la guerre
Faites comme le branleur Chirac / Foutez la paix à l'Irak
Je me fabrique le blason / Jusqu'à ce que tous les boys soient rentrés à la maison
Le pasteur à ses ouailles: Venez en paix
Des représentants de 91 pays ont signé une Pétition de paix comportant la promesse suivante: "Je m'engage à me masturber selon mes disponibilités en faveur de la cause de la paix." Ils précisent comment ils envisagent de réaliser leur projet:

Eric. Butler, Pennsylvanie. Je vais me palucher pour soulager la colère que notre borné de psycho-enfoiré de président provoque en moi.
X. Canada. Je m'engage à toucher mon prochain en me touchant. Je me frictionnerai de la bonne manière, alors qu'il y a tant de frictions entre les pays.
X. Suisse. Au moins deux fois par jour jusqu'à ce que la crise soit terminée. Cette agression non dissimulée ne pourra pas durer... mon agressivité contre elle oui.
Josh. Massachusetts. J'ai renoncé à l'autoérotisme pendant Carême et c'est aujourd'hui le premier jour de la campagne... Mais dès que Carême sera terminé, je ferai ma part afin que le monde devienne un lieu plus habitable.
Joan. Toronto, Canada. Il y a de bons bushes [buissons, gazons, barbus] et de mauvais Bush. Le mien est un buisson mignon et attendrissant. Il demande beaucoup d'attention délicate, mais n'a pas besoin de dérivé du pétrole. Son moteur carbure à sa propre énergie qui est renouvelable naturellement. Mon petit bush n'a pas besoin de renverser un dictateur pour démontrer son pouvoir sur les hommes [...] Cette année, je vais souvent aiguilleter la bonbonnière en faveur de la paix.
Andy. Sydney, Australie. Dieu, accorde-moi la force, la souplesse et le courage de persévérer dans ma protestation, même si ma main est prise d'une crampe et quel que soit le nombre de mouchoirs utilisés, quelles que soient la fatigue et l'irritation de la peau, donne-moi la volonté de continuer!
Harald. Lettonie. Je dois fournir un échantillon de sperme à ma clinique parce que nous désirons un enfant. Pour elle ou lui, je souhaite un monde pacifié; aussi je vais dédier cet échantillon à la paix.
X. Washington, DC. Je vais me palucher avec un poing sur mon engin et l'autre levé en signe de protestation.
Brian. Gainesville, Floride. Se branler repose l'âme et l'esprit. C'est un moment durant lequel on se sent totalement en paix avec soi-même. Si nous pouvions conserver cet état d'esprit aussi lorsque nous ne nous masturbons pas, le monde deviendrait un lieu plus paisible.
Ray. Cleveland, Ohio. Etant politiquement un homme de gauche en même temps qu'un gaucher, j'ai l'intention de me masturber de la main droite pour la paix. C'est un geste de réconciliation à l'endroit des conservateurs.
Michael. Vancouver, Colombie britannique. Je vais pratiquer l'art taoïste des orgasmes multiples et de la rétention pour accumuler mon énergie sexuelle et spirituelle. Après plusieurs jours de thésaurisation et d'orgasmes sans éjaculation je m'autoriserai de décharger un amour et une paix plus intenses sur notre monde.

7.2.05

Les ornements faux-culs


Pas le temps de bloguer aujourd'hui, pressé par l'autre écriture (fiction) sur l'ange Moroni, ses plaques d'or et le prophète Joseph Smith accompagné de ses 48 épouses se noyant dans une piscine que l'actrice de film hard Jamie-Lynn Foxxx avait remplie de gelée de groseilles...

Alors, juste un extrait délicieux du journal de la semaine d'Alain Schifres, ancien journaliste, romancier, essayiste paru samedi dans Libération.

Femme libérée

Salon de la lingerie. Etes-vous culotte ou string ? La France est coupée en deux, sans parler de la Française stringueuse, qui est carrément sciée. «Alors, c'est la fin du string ?», interroge Valérie Expert (LCI), sur le ton dont on célèbre l'arrivée du printemps. La directrice du salon tempère : «C'est moins le string qui baisse que la culotte qui remonte.» Si vous voulez mon avis, le string n'est pas franc du collier. On paraît nu, on ne l'est pas. C'est rusé, ambigu. Faux-cul, pour tout dire. Comme l'est la jupe-culotte à l'autre extrémité du spectre. Ou le barbichon de Tariq Ramadan. Cette barbité cool qui flirte avec le glabre, et qui est le cache-sexe de l'islamisme barbicole.


6.2.05

Robots tueurs

L'armée américaine a présenté la semaine dernière à l'arsenal de Picatinny ses premiers robots armés destinés à des missions militaires. A l'abri (peut-être), 500 mètres derrière eux, des soldats les dirigeront par télécommande avec un joystick (aïe, où nous mène la langue!) Selon un responsable: "Soldiers will have armed robots as battle buddies by early 2005."



Dans la ligne de visée des concepteurs: mobilité, puissance de feu et protection, trois paramètres antagonistes pour l'homme qui se bat. Par exemple, mieux protégé, il est alourdi par la carapace pare-balles et perd de la mobilité. Les robots tueurs s'appellent Swords (Special Weapons Observation Reconnaissance Detection System), pèsent 90 kilos, sont équipés d'un fusil-mitrailleur, disposent d'une autonomie de 4 à 6 heures et se déplacent à 6,6 km/h.

Selon Pascal Riché dans Libération, l'apparition de ces engins marquerait un tournant dans l'art
(aïe, où nous mène la langue!) de la guerre:
Le vrai changement aura lieu lorsque les robots prendront de l'autonomie. Quand ? Selon John Pike, directeur de globalsecurity.org, un centre de recherches sur la sécurité nationale, c'est pour la fin de la prochaine décennie : «Les humains leur donneront une mission, qu'ils exécuteront. Par exemple : vous devez nettoyer cet immeuble, et vous êtes autorisés à tuer tous les humains de plus de 1,30 m s'y trouvant.» Si la tentation de fabriquer des robots autonomes est très forte, explique-t-il, c'est parce qu'ils permettront enfin de résoudre un des principaux casse-tête de la guerre : le fait que les soldats ont énormément de mal à tirer sur d'autres êtres humains. «A la différence de ce qu'on voit dans les films, ils ne déchargent pas souvent leurs armes, et lorsqu'ils le font, ils tirent souvent sans vraiment viser l'ennemi. Leur instinct naturel les pousse à ne pas faire souffrir ni tuer. Une bonne partie de la formation des soldats de l'infanterie consiste à les déconditionner pour les rendre capables de tuer. Mais c'est très difficile. Les robots, eux, seront sans merci, sans remords.»
Difficile de déconditionner des êtres humains, certes, mais pas impossible. La méthode pour former un bon (aïe, où nous mène la langue!) tueur? Le fun, le plaisir. S'exprimant en public mardi dernier à San Diego, le Lt. Gen. James Mattis a déclaré, selon Salon: "Actually, it's a lot of fun to fight, on s'amuse bien à se battre, c'est vachement marrant... C'est réjouissant de tirer sur des gens. Je serai au premier rang avec vous, j'adore la bagarre."

Il a poursuivi: "Vous allez par exemple en Afghanistan. Là-bas, vous avez des gars qui cognent des femmes pendant cinq ans parce qu'elles ne portent pas le voile. Vous savez, quoi qu'il en soit, des mecs comme ça n'ont plus d'honneur. Alors c'est drôlement rigolo de les tirer." Le général parlait devant des spécialistes de la communication et de l'informatique dans les Forces armées. L'auditoire a beaucoup ri et longuement applaudi.

Mattis n'est pas le premier cadre de l'armée à attiser la controverse depuis les événements du 11 septembre. Par exemple, le Lt. Gen. William Boykin avait affirmé, dans une série de prêches devant les paroissiens de différentes communautés protestantes évangéliques, que l'ennemi de l'Amérique était Satan en personne, que Dieu Lui-même avait appointé le président Bush à la Maison-Blanche et que tel seigneur de la guerre somalien, un musulman, était un adorateur d'idoles.

Revenons aux robots tueurs. Selon Pascal Riché:
Après l'"automatisation" des robots, l'étape suivante sera celle des "décisions morales": "Les progrès de l'intelligence artificielle sont tels que, dans deux ou trois décennies, on sera en mesure de faire des robots qui, techniquement, seront capables de prendre des décisions autonomes complexes, des décisions morales", assure Steven Metz [prof. à l'institut d'études stratégiques de l'US Army War College de Carlisle, Pennsylvanie].

Mon pronostic: cette nouvelle arme de riches poussera le clan adverse à recourir de plus en plus aux la stratégies de la guérilla populaire et du terrorisme. Qui sera gagnant, les forts ou les "faibles"?

Ma prédiction: l'un des prochains présidents des Etats-Unis sera l'acteur qui a tenu le rôle prémonitoire du robot de guerre dans son film le plus célèbre.


5.2.05

Petites nouvelles abominables

Gargouille sculptée aux enchères: cette statue de 2,7 mètres de haut en chêne anglais date, paraît-il, de la moitié du XVIIème siècle. Elle était mise en vente jusqu'à aujourd'hui sur le site américain de eBay, la communauté d'enchères sur l'internet (numéro d'article: 5358695181). Le propriétaire depuis 1992 était un ranger, un officier de police à Austin, Texas.

L'officier avait découvert l'oeuvre d'art en répondant à un appel d'urgence indiquant qu'une gargouille était revenue à la vie et que des coups de feu avaient été tirés. Parvenu sur les lieux de l'incident, il avait trouvé un homme et une femme épouvantés devant leur maison. Il leur avait ordonné de poser toutes les armes au sol. L'homme tenait un pistolet 357 magnum et la femme se trouvait en un état d'hystérie avancé, criant que la gargouille avait bougé.

Le couple a expliqué à l'officier qu'en voyant les ailes et la tête de la statue se mouvoir, l'homme avait déchargé deux balles sur la gargouille et qu'il avait fui après avoir vu les balles rebondir. Les propriétaires ont accepté de vendre l'objet encombrant au ranger, à condition que celui-ci l'enlève sur le champ.

Chez eBay, le départ de l'enchère était fixé à 1,6 million de dollars.

Lors de son dicours de l'état de l'Union, le président Bush a répété que l'Amérique voulait mettre fin à la tyrannie dans le monde. Il annoncé la privatisation du régime des retraites et la sauvegarde de l'institution du mariage en imposant un amendement constitutionnel (une sorte de préservatif destiné à étrangler le partenariat entre personnes de même sexe).

Dans leur blog à deux voix intitulé A l'heure américaine, Fabrice Rousselot et Pascal Riché, correspondants de Libération aux Etats-Unis relèvent:
Le traditionnel moment d'émotion est venu vers la fin. Bush, on le savait , se devait de savourer le bon déroulement des élections en Irak et d'honorer le "sacrifice" des troupes américaines sur place. Il a choisi de le faire en présentant au monde entier une dame en robe bleue et un monsieur en costume du Texas. Janet et Bill Norwood, nous a appris le président, ont perdu leur fils Byron en Irak. Et ils étaient là pour le "représenter". La salle s'est levée pour applaudir. Janet et Bill se sont levés eux aussi, ne sachant pas trop quoi faire, le sourire triste et gêné. Janet s'est penchée un moment et a embrassé une jeune Irakienne dont le père avait été assassiné par Saddam et qui avait voté pour la première fois. Mon fils pour ton droit de vote. Bush avait la larme à l'oeil. A cet instant, dans cette scène orchestrée au millimètre par les communicateurs de la Maison Blanche, dans ce trop plein d'émotion téléguidée et télévisée, on sentait comme un malaise. Comme si toute la politique irakienne de Bush était à l'image de ces parents, salués par la nation toute entière, mais qui auraient tout donné pour ne jamais se trouver là, face à leur président.

4.2.05

Des oeufs de Pâques (ou Pâque?) cachère

Alléluia! Le Jour de la grande réconciliation entre Rome et Jérusalem est (peut-être) arrivé! Perçoit-on comme un certain empressement au Vatican, ou serait-ce de l'affolement? (Cf. la déclaration du cardinal Cottier sur l'utilisation du latex pour freiner l'expansion de la pandémie dans certains contextes "où règnent promiscuité et misère"; et le démenti qui a suivi.)

Or donc pourquoi doutes-tu de ce raccommodement, homo numericus, créature de peu de foi?

Regardez bien ce que propose le catalogue de la compagnie Oriental Trading installée à Omaha dans le Nebraska. Tels les Rois mages et le Nouvel-Âge, ces oeufs de Pâques nous viennent d'ailleurs. Ils sont en chocolat, emballés individuellement, décorés d'un crucifix bien visible et, en plus, cachère, kosher comme indiqué ci-dessus en petit caractère.

Enfin, c'est ce qu'ils prétendent à Oriental Trading. Car si je suis bien informé, pour qu'un produit alimentaire soit cachère, il faut qu'il porte le nom d'un rabbin responsable, ou un sigle reconnu, informant le consommateur que le produit a passé le contrôle. Il faut aussi que le lieu de vente soit conforme aux prescriptions rituelles.

J'ai rapidement passé en revue le catalogue de Pâques (60 pages) de la dite entreprise. C'est du Vedia à l'américaine. Lots of Easter Fun: des armées de lapins à caresser, sucer, manger; des carottes sous toutes les formes; des bataillons de poussins; des oeufs et encore des oeufs, même des oeufs-hérissons; beaucoup de vaisselle en plastique, des nappes, des cotillons, des ballons, des décors appropriés. Et, bien sûr, des sacs à patates pour faire un course de sacs pascale; des déguisements de Bugs Bunny to Celebrate the Spirit of Easter.

Pour les cathos qui avaleraient cet écho de travers, un autre produit restaurera le flux de leur salive: des sucettes en forme de crucifix. Carry Your Faith With You. And suck it.

Aux autres, l'homo numericus recommande: ne vous laissez pas rouler comme des oeufs!

3.2.05

Sida: une catastrophe au Henan, espoir ailleurs

Le correspondant permanent de Libération à Pékin, Pierre Haski, publie Mon journal de Chine un blog vif, drôle, émouvant. Haski est une pointure. Actuellement, il passe ses vacances de nouvel an chinois en... Inde. En avril, il publiera Chine, les damnés du sida (chez Grasset). Coup de projecteur sur une situation catastrophique:
Accrochez-vous, voilà ce qui s'est passé au Henan. Au début des années 90, soit plus de dix ans après l'apparition du sida, les responsables de la Santé de cette province ont eu l'idée géniale de développer le commerce du sang. Ils ont donc encouragé les paysans pauvres de cette province à fournir la matière première ("vendre son sang est glorieux"! disaient les slogans, y compris sur les t-shirts qu'on peut encore voir sur certains porteurs du VIH) moyennant rétribution. Aux stations de collecte officielles se sont ajoutées les stations illégales, souvent opérées par les officiels ou leur belle-soeur...
Aucune précaution n'a été prise --on est, je le rappelle, dix ans après la découverte du virus-- et, une fois le plasma sanguin séparé, on réinjectait le liquide mélangé au sang des autres vendeurs de même rhésus dans le corps des paysans. Résultat, si l'un d'eux était porteur d'un virus, VIH ou hépatite, il le transmettait à tous les autres.
Ce commerce a été supprimé en 1995 lorsque les premiers cas de contamination sont apparus. Mais les autorités de la province n'ont fait ni information, ni dépistage, ni soins. Résultat, les contaminations ont pu se poursuivre pendant plusieurs années, par les relations sexuelles ou de la mère à l'enfant, dans l'ignorance générale. Et lorsque les premiers morts du sida sont apparus, à la fin des années 90, le gouvernement provincial s'est encore assis dessus, mettant plus d'efforts à étouffer l'affaire qu'à soigner ses citoyens.
Combien de personnes sont atteintes ? Officiellement 22.000, mais, selon les épidémiologistes de Pékin environ 300.000, plus encore si on croit certains médecins ou militants antisida. Quoi qu'il en soit, la catastrophe est d'une ampleur inégalée dans le monde, même si on tient compte du différentiel de population.
Depuis 2003, les autorités ont commencé à soigner les gens, mais dans des conditions chaotiques qui font que la moitié des patients traités aux ARV ont abandonné, et les autres les prennent dans des conditions telles qu'ils développent des résistances au traitement plutôt que de se soigner. C'est ce que j'ai moi-même constaté l'été dernier en reportage dans les "villages du sida", où, pour travailler, il m'a fallu me rendre entre minuit et 4h du matin car des milices ont été formées pour empêcher ONG et journalistes d'y accéder.
Quant à la responsabilité, pas un officiel chinois n'a été jugé. Personne n'est responsable ou coupable, pour reprendre une formule célèbre. Et pas un centime de compensation n'a été versé à ces familles qui disparaissent dans une misère absolue.
Je ne connais pas d'autre exemple de catastrophe sanitaire contemporaine de cette ampleur qui soit ainsi restée impunie et ignorée.
Je suis cette affaire quasiment depuis mon arrivée en Chine. Lorsque je me suis rendu pour la première fois sur place pour vérifier les informations qui circulaient sur l'internet chinois, je suis tombé sur une femme, dans un champs, qui venait d'apprendre qu'elle avait "la fièvre". La maladie n'avait pas de nom à l'époque. Son mari s'est approché et m'a demandé : "Vous pensez que c'est contagieux?". C'était en l'an 2001, première année du XXI° siècle, au coeur de la Chine. Et le gouvernement provincial savait tout depuis déjà six ans.
Appel de cinq personnalités représentant les associations françaises impliquées dans la lutte contre le sida, mercredi 2 février, aussi dans Libération: "Nous pouvons faire mieux". Ils demandent au Président Chirac de contribuer à hauteur de 700 millions d'euros à la lutte mondiale contre la pandémie. Bonne nouvelle: le nombre de malades du sida ayant accès au traitement anti-VIH dans le monde a fait un bond sans précédent en 2004. Et ceci est encore plus encourageant:
Dans les pays où l'accès aux thérapies anti-VIH a le plus progressé, les médecins observent, par ailleurs, des changements fondamentaux en matière de prévention. En effet, l'amélioration manifeste de la santé des personnes touchées par le VIH/sida influe sur le comportement du reste de la population, éloigne la peur panique de la maladie et les attitudes stigmatisantes à l'égard des malades ; l'espoir de bénéficier d'un traitement efficace devient plus fort que la crainte de tout perdre : les individus recourent plus facilement au dépistage, ils dépassent le tabou et osent discuter de leurs pratiques sexuelles avec les acteurs de la prévention.
Les bénéfices de l'élargissement des programmes d'accès aux traitements dépassent de loin la santé des malades et les comportements préventifs, ils profitent à l'ensemble de la société.

2.2.05

Davos: tout le monde il est gentil


Captivant de suivre, la semaine dernière, en direct depuis mon ordinateur, grâce à
Loïc Le Meur qui bloguait de Davos, le discours de Jacques Chirac retransmis sur grand écran devant un millier de personnes au Forum économique mondial.

Le président français s'offrait une semaine de la bonté. Il venait de plaider en faveur de la biodiversité (faites ce que je dis, pas ce que nous faisons en France) et le lendemain il devait rendre hommage aux victimes du génocide nazi à Auschwitz. A Davos, sans risque de devoir répondre à des questions embarrassantes puisqu'il pérorait depuis Paris (la neige), il a lancé des idées généreuses, proposant l'instauration d'un impôt mondial en faveur du développement, alimenté par des prélévements sur les transactions financières internationales, par une imposition sur les transports aériens et par la taxation des flux des capitaux qui transitent par les pays pratiquant le secret bancaire. Ce beau discours était soutenu par celui de Tony Blair préconisant l'effacement de la dette des pays les plus pauvres.

Réaction immédiate du ministre des finances Hans-Rudolf Merz: "Monsieur Chirac se mêle des affaires internes de la Suisse. Je défends le secret bancaire..." M. Merz, s'il avait eu un peu de recul ou d'humour, aurait pu répliquer, par exemple: "J'informe Monsieur Chirac et ses ministres présents, passés et futurs qu'ils risquent d'en faire les frais car les banques suisses ne manqueront pas de répercuter la taxation sur les comptes chiffrés de leurs clients, à quoi s'ajouteront les frais d'écriture..."

Justin Vaisse, jeune historien enseignant à Science Po, Paris, et co-auteur de nombreux ouvrages sur la politique étrangère des Etats-Unis, bloguait aussi depuis Davos:
Arrivés à Davos Dorf [Guetta et moi], on est montés dans une navette après dix minutes d'attente dans la neige. On croyait qu'on allait être tranquilles, mais des malotrus sortis d'un hôtel de luxe ont arrêté notre navette et sont montés en rigolant, à grands renforts d'exclamation : un grand baraqué, un moustachu maigre et une blonde. J'ai tout de suite reconnu Al Gore (il n'a pas maigri), qui s'est assis en face de Bernard Guetta, et j'ai mis quelque seconde de plus à reconnaître Ted Turner, le fondateur de CNN, qui s'est assis à côté du chauffeur tout en continuant à faire des blagues : voici l'homme qui a failli être président, nous a-t-il dit pour présenter Al Gore. Et vous, qui êtes-vous ? Hum... Quelques instants plus tard, Gore a plaisanté en montrant les deux autres : je n'ai même pas de voiture à moi, et voilà tout ce qui reste de ma suite impériale. Bernard Guetta n'a pas pu résister à l'interviewer, mais c'était en off, alors je peux rien dire (il a dit qu'il aimait bien Chirac, qu'il avait été courageux sur la guerre en Irak, et qu'il trouvait lamentable l'encouragement donné au French-bashing lors de la crise). Et puis Ted Turner s'est mis à réciter des vers de Shakespeare, en intégralité, assez longs, c'était impressionnant je dois dire (d'autant que Shakespeare dans le texte, à l'oral, on comprend jamais rien).
Plus loin:
C'est mon ancienne étudiante Hortense, correspondante de la BBC à Davos, qui me l'a raconté: Sharon Stone a fait un bide quand elle a tenté un coup d'éclat à la fin de la session "Funding the War on Poverty". Elle s'est levée et a déclarée qu'elle donnait 10.000 dollars (pfff la nulle, ça vaut plus rien le dollar de nos jours) pour lutter contre la malaria en Tanzanie, et a invité les participants à se lever également, signalant ainsi qu'ils donnaient 10.000 dollars à leur tour.
Un participant s'est levé. Puis plus rien pendant deux minutes, dans le silence, dans cette salle immense. Oups... Ensuite, les journaux ont raconté que trente participants s'étaient levés, mais il semble que ce soit moins, et surtout qu'ils se soient déclarés après coup. D'ailleurs, on a reçu un message de Sharon Stone sur nos Palms, racontant son coup d'éclat et demandant à ceux qui n'ont pas pu y assister de donner 10.000 dollars à leur tour; elle veut lever 1 million en tout.
Evidemment c'est très mignon, mais c'est éphémère et ça n'a pas grand sens. Pour le coup, je préfère les idées lancées par Chirac. A mon avis, Davos apporte une vraie contribution à certains problèmes mondiaux [...], mais certainement pas comme ça. Hortense m'a raconté un autre épisode amusant qui symbolise une évolution de Davos vers toujours plus de glamour et de stars: le "diner des célébrités" (pudiquement appelés "cultural leaders") d'hier soir: les pédégés se battaient pour avoir des places, prêts à faire la queue des heures durant et à être humiliés par le service d'ordre pour s'asseoir à la table de Carole Bouquet, Angelina Jolie, Bono, Youssou N'dour ou Peter Gabriel. Manque de bol: Ted Turner a fait un dîner séparé qui les a privés des stars les plus prisées (Stone, Jolie, etc.). De toutes façons, je trouve cette attraction vers les stars grotesque, c'est du name-dropping de bas étage, une mentalité de midinette ridicule (j'en parlais tout à l'heure à Richard Gere à la table de qui j'étais pendant une heure et demie, à une place de distance. On a échangé des blagues et il m'a dit "You're my man")!
Un feuillet de gribouillis récupéré à Davos et attribué à Tony Blair a incité la presse britannique à publier les analyses de plusieurs graphologues. Selon le Times, le premier ministre serait un homme "agressif et instable, soumis à une énorme pression". Selon le Daily Mirror "un rêveur plein d'espoir". Puis on a découvert que ce billet avait été griffonné par le président de Microsoft qui avait pris part à une conférence de presse au côté de Tony Blair. Et là, les graphologues nous apprennent que Bill Gates "se bat pour maîtriser un monde plein de confusion" et qu'il "n'est pas un chef-né". N'empêche que ce prédateur-né a conçu l'une des plus grosses machines à fric actuelles. Il se trouvait à Davos pour se refaire une éthique.

Dans son Décalogue pour notre temps, le pasteur de l'Eglise réformée du canton de Vaud Shafique Keshavjee, chargé du dicastère "ministère éthique et débats", auteur du succès de librairie Le Roi, le Sage et le Bouffon (Seuil), écrit (deuxième précepte):
[...] tu ne te prosterneras pas devant les idoles que sont, par exemple : une compétition sans collaboration, une croissance quantitative sans amélioration qualitative, une quête de bénéfices financiers sans recherche de partage et de solidarité, un dogmatisme idéologique sans respect de la pluralité, un libéralisme irresponsable - qu'il soit économique, scientifique, technologique, sexuel, culturel ou spirituel - sans protection des plus fragilisés ou de l'environnement.
Tu éviteras de communiquer ou de te laisser influencer par des informations ou des images qui favorisent la volonté de puissance ou un sentiment d'impuissance, le mépris ou l'indifférence à l'égard de ton prochain ou de l'état de la planète.
Les nombreux détracteurs de Microsoft dans la blogosphère, ceux entre autres qui se rencontrent sur Boing Boing expriment leurs critiques de manière séculière. Ils disent, par exemple: "There's a poison in the computer industry and that is the fact that the common software base is controlled by a predatory software company with a lack of ethics."

1.2.05

Les organes s'emparent de la parole


Premier texte de ce blog/journal... Moi: un blogueur de plus sur la planète, pourquoi? Parce que le blog, c'est le retour de la parole individuelle. Aujourd'hui, si les bouches, les seins, les colons, les vagins et les pénis montent sur scène pour apostropher des spectateurs, pourquoi pas nous aussi -- ou ce qui en reste lorsque un ou plusieurs de nos organes se retournent contre nous?


La pièce de théâtre Les Monologues du vagin de l'Américaine Eve Ensler a été applaudie un peu partout dans le monde occidental. La quarantaine arrivée, l'auteure dialogue cet hiver avec son estomac qui a perdu sa fermeté. The Good Body (première new-yorkaise en novembre dernier) la montre aux prises avec la haine de son propre corps, puis sur le chemin de la réconciliation. Etapes: une cure d'amaigrissement en établissement fermé, une opération au laser de sa vulve, et quelques visites au Népal, en Inde, en Italie, en Afrique (une femme lui apprend à aimer son "arbre", son corps), au Brésil ou chez Isabella Rossellini, prêtresse italo-américaine de la beauté merchandisée.

Que propose la société pour nous guérir de nos insatisfactions? se demande Eve Ensler. Eh bien, elle incite femmes et hommes à consommer plus. "Et cela les distrait de l'essentiel en fixant leur attention sur une zone bien restreinte appelée corps, profession, voiture, sport ou famille, à l'exclusion de ce qui se passe dans le reste du monde." La solution Ensler? "Commencer par développer assez de force morale pour dire
non. Puis chercher ce qu'on peut réaliser avec d'autres personnes. Le meilleur antidote à la haine de soi-même se trouve dans une activité au profit de la communauté."

Une bouche reprend sa liberté et s'empare de la parole de son propriétaire. Ce dernier se plaint amèrement de cette perte de maîtrise: "Ferme-la, espèce de cabot, qu'elle aboie ma bouche!" Elle l'amène à faire des choses qui l'humilient. Au restaurant elle recrache la nourriture au visage du serveur. Elle oblige aussi son propriétaire à tenir une harangue sur l'urgence d'une réforme du système d'enlèvement des ordures, alors que l'homme aimait briller avec ses discours de bistrot. Pire: elle éloigne sa compagne en la mordant au moment où l'homme voulait l'embrasser.

Redner rund um die Uhr, texte du poète autrichien Gert Jonke, mise en scène de Michael Gampe, a commencé sa carrière théâtrale l'automne dernier sur la scène du Semper-Depot à Vienne. J'ai vu une retransmission sur 3Sat (le TV5 des germanophones). L'acteur Bernd Jeschek (Eurocop), beau parce que fascinant, seul sur scène durant une heure et quart, prend le spectateur à partie, lui prêtant le rôle du troisième personnage de la pièce, témoin de l'affrontement entre l'homme et sa bouche rétive. Et pourtant, seul l'homme parle, pris dans son conflit intérieur entre le vouloir et le possible, entre le mot parfait qu'il cherche pour définir sa pensée et celui qui lui vient sur la langue, parole tellement infidèle...

Au milieu de cette mêlée poétique et musicale que l'auteur l'appelle "Sprechsonate" (une sonate verbale), se trouvent des passages sur l'enfance perdue des mots qui provoquent le trouble et l'envoûtement. Gert Jonke est né en 1946 à Klagenfurt et réside à Vienne. Plusieurs distinctions, notamment le Prix Ingeborg-Bachmann, ont couronné son oeuvre.

Sur la blogosphère aussi, les mots et les rumeurs partent dans toutes les directions. Paroles rêvées, attrapées au vol ou carrément volées, commentées, confrontées et réinterprétées. Moi, André Dep, blogueur débutant, je prends la place du laveur de carreaux qui regarde le monde à travers la vitre et tente de déchiffrer. Il se demande ce que les gens peuvent bien se dire ou penser...

Le blog, démarche individuelle, trouve son sens dans la rencontre avec la collectivité. Vous êtes cordialement invité-e à partager et commenter.