Scènes de chasse dans la jungle du Flon
Le quartier du Flon, bientôt noeud ferroviaire des différentes lignes du métro lausannois, est au coeur des trafics de chairs et de produits toxiques. Adresse branchée de quelques galeries, lofts, boutiques et restaurants, ce quartier a été choisi comme dépotoir de la ville pour ses boîtes à musique, à danse et à navets (ciné amerlo-franchouillard). Faut voir ces casernes! Rivalisant de raideur, telle que la conçoivent les édiles, les entrepreneurs et le bon peuple lausannois depuis un siècle. Une ville qui s'enorgueillit d'avoir élu les syndic/s/que (maires) les plus laid/e/s au monde ne va pas non plus faire dans la dentelle urbanistique. Si c'est moche, mal conçu, inadapté et cher, c'est bon pour nous.

J'ai passé la nuit dernière au Moulin à danse -- le MAD -- à l'abri de la laideur extérieure. C'était vivant, chaud, bruyant et vulgaire. Les bobos lausannois fréquentent peu les nuits Jungle du MAD. Le public: 1500 à 2000 personnes venues de près et de loin (Zurich ou Lyon) pour s'éclater selon la formule. Une majorité d'hommes appartenant à la génération des 18 à 35 ans. Majoritairement célibataires, ou divorcés, quelques-uns pacsés ou en voie de partenariat civil. Trois catégories de femmes: 1) l'équivalent des hommes (célibataires, etc.), 2) des hétérosexuelles qui collent aux pédés (ou vice-versa) comme les mouches au miel, parce qu'elles ont une vocation de maternage ou qu'elles sont vraiment trop moches et/ou alcooliques (donc marrantes un moment), enfin 3) des hétéros (vraiment) qui viennent danser et se rincer l'oeil, parce que les mecs sont splendides et les "font pas chier".

Le décor: sur cinq étages, des "ambiances" différentes et des disk jockeys célèbres afin de satisfaire les différentes clientèles. A la cave, c'est la musique urban soul. Au rez, la grande piste en gradin tremble sous les puissantes vibrations de la house music. Des sapins altiers parce que nus (sans bougies, ni guirlandes), sapins castrats (aucune boule). Des effets de lumières et de stroboscopes. Les vaporisations de brume et la tempête de neige sont déclenchées régulièrement. Soudain, chevelures et sapins sont constellés de flocons qui s'évanouissent lentement; les torses nus luisent de paillettes provisoires. Les glaçons fondent au fond des verres. On transpire. Sur le ring, à tour de rôle, quatre gogoboyz (notez le z, c'est übersexuel) importés exhibent tous leurs muscles ou presque en les secouant, les dénudant et les projetant à portée de leurs admiratrices et admirateurs. Ils sont professionnels, donc peu ou pas érotiques. Peu les regardent. L'un d'eux a fait tatouer en caractères gothiques sur son pubis No More Tears. Les femmes qui aiment la chair mâle beuglent et se jettent à leurs pieds. Les hommes gardent la dignité du jeu. Derrière le bar, l'un des serveurs en Père Noël australien (estival: slip et bonnet) sonne le cor pour scander les étapes de l'effeuillage.

La cozy lounge se trouve au premier. Une Mère Noëlle un peu choucroute donne ses consultations et pose avec les enfants sages pour la photo. Il y a des canapés, un lit à baldaquin et un cinéma réservé aux hommes. A l'entrée, un gars distribue des préservatifs et je lui dis mon admiration: "C'est chouette!" Il répond: "Pas tant que ça." A l'intérieur, le spectacle se localise entre les fauteuils; personne ne regarde l'écran. On se croirait à la cinémathèque: le film date d'avant les présés. Il y a vingt ans, je distribuais aussi les capotes et les affiches de prévention de l'Aide suisse contre le sida dans les établissements gay. Et je faisais la démonstration du capuchon sur la banane. Joli slogan d'aujourd'hui: Le chaud lapin se protège la pine. Stop sida et on encule le pape.
Au deuxième étage: restauration chaude, internet. Au troisième, l'étage céleste: disco, bar et salon des filles. Les lesbiennes qui se sont longtemps enorgueillies de ressembler au restant de la colère de la Déesse de la Guerre perpétuelle -- filles violées dans un tunnel de lavage sans sèche-cheveux, hyperféministes refusant la splendeur et le privilège d'être femmes -- sont en voie de guérison. Sans autant d'exagération dans l'autre direction, peut-être, que les garçons.

N'empêche, d'être le seul vieillard à piétiner sans discontinuer la piste de danse la plus hard, entouré de tant de torses ruisselants, sublimes, baraqués, surmontés de têtes de dieux nordiques ou, le plus souvent, de bandits yougo-calabrais, c'est un plan de soirée. Dans le boucan assourdissant de la musique hard, dans la fumée et le bousculement des passants qui traversent la masse des danseurs avec l'indifférence des brise-glace...
J'ai dansé six heures d'affilée, puis ai fini la nuit au Pink Club, bourré lui aussi, (quelque 150 hommes de toutes langues et confessions), pour reposer mes chevilles au sauna, refaire mes poumons et libérer ma libido dans le bain de vapeur. Lausanne a beau être laide comme les péchés capitaux, elle n'en attire pas moins les pécheurs-pélerins au sein de sa jungle urbaine.

J'ai passé la nuit dernière au Moulin à danse -- le MAD -- à l'abri de la laideur extérieure. C'était vivant, chaud, bruyant et vulgaire. Les bobos lausannois fréquentent peu les nuits Jungle du MAD. Le public: 1500 à 2000 personnes venues de près et de loin (Zurich ou Lyon) pour s'éclater selon la formule. Une majorité d'hommes appartenant à la génération des 18 à 35 ans. Majoritairement célibataires, ou divorcés, quelques-uns pacsés ou en voie de partenariat civil. Trois catégories de femmes: 1) l'équivalent des hommes (célibataires, etc.), 2) des hétérosexuelles qui collent aux pédés (ou vice-versa) comme les mouches au miel, parce qu'elles ont une vocation de maternage ou qu'elles sont vraiment trop moches et/ou alcooliques (donc marrantes un moment), enfin 3) des hétéros (vraiment) qui viennent danser et se rincer l'oeil, parce que les mecs sont splendides et les "font pas chier".

Le décor: sur cinq étages, des "ambiances" différentes et des disk jockeys célèbres afin de satisfaire les différentes clientèles. A la cave, c'est la musique urban soul. Au rez, la grande piste en gradin tremble sous les puissantes vibrations de la house music. Des sapins altiers parce que nus (sans bougies, ni guirlandes), sapins castrats (aucune boule). Des effets de lumières et de stroboscopes. Les vaporisations de brume et la tempête de neige sont déclenchées régulièrement. Soudain, chevelures et sapins sont constellés de flocons qui s'évanouissent lentement; les torses nus luisent de paillettes provisoires. Les glaçons fondent au fond des verres. On transpire. Sur le ring, à tour de rôle, quatre gogoboyz (notez le z, c'est übersexuel) importés exhibent tous leurs muscles ou presque en les secouant, les dénudant et les projetant à portée de leurs admiratrices et admirateurs. Ils sont professionnels, donc peu ou pas érotiques. Peu les regardent. L'un d'eux a fait tatouer en caractères gothiques sur son pubis No More Tears. Les femmes qui aiment la chair mâle beuglent et se jettent à leurs pieds. Les hommes gardent la dignité du jeu. Derrière le bar, l'un des serveurs en Père Noël australien (estival: slip et bonnet) sonne le cor pour scander les étapes de l'effeuillage.

La cozy lounge se trouve au premier. Une Mère Noëlle un peu choucroute donne ses consultations et pose avec les enfants sages pour la photo. Il y a des canapés, un lit à baldaquin et un cinéma réservé aux hommes. A l'entrée, un gars distribue des préservatifs et je lui dis mon admiration: "C'est chouette!" Il répond: "Pas tant que ça." A l'intérieur, le spectacle se localise entre les fauteuils; personne ne regarde l'écran. On se croirait à la cinémathèque: le film date d'avant les présés. Il y a vingt ans, je distribuais aussi les capotes et les affiches de prévention de l'Aide suisse contre le sida dans les établissements gay. Et je faisais la démonstration du capuchon sur la banane. Joli slogan d'aujourd'hui: Le chaud lapin se protège la pine. Stop sida et on encule le pape.
Au deuxième étage: restauration chaude, internet. Au troisième, l'étage céleste: disco, bar et salon des filles. Les lesbiennes qui se sont longtemps enorgueillies de ressembler au restant de la colère de la Déesse de la Guerre perpétuelle -- filles violées dans un tunnel de lavage sans sèche-cheveux, hyperféministes refusant la splendeur et le privilège d'être femmes -- sont en voie de guérison. Sans autant d'exagération dans l'autre direction, peut-être, que les garçons.

N'empêche, d'être le seul vieillard à piétiner sans discontinuer la piste de danse la plus hard, entouré de tant de torses ruisselants, sublimes, baraqués, surmontés de têtes de dieux nordiques ou, le plus souvent, de bandits yougo-calabrais, c'est un plan de soirée. Dans le boucan assourdissant de la musique hard, dans la fumée et le bousculement des passants qui traversent la masse des danseurs avec l'indifférence des brise-glace...
J'ai dansé six heures d'affilée, puis ai fini la nuit au Pink Club, bourré lui aussi, (quelque 150 hommes de toutes langues et confessions), pour reposer mes chevilles au sauna, refaire mes poumons et libérer ma libido dans le bain de vapeur. Lausanne a beau être laide comme les péchés capitaux, elle n'en attire pas moins les pécheurs-pélerins au sein de sa jungle urbaine.

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