A 65 ans, l'homme blessé s'est (enfin) offert ce qui lui manquait
Il y a peu, le théologien allemand Eugen Drewermann a révélé qu'il avait quitté l'Eglise catholique le 20 juin dernier, jour de son 65ème anniversaire. C'était "la liberté en cadeau à moi-même". J'ai sondé son visage alors qu'il expliquait sa démarche dans l'émission Menschen bei Maischberger. Une tristesse profonde, non pas d'avoir brisé le lien, mais à cause de l'incompréhension de cette institution envers les méprisés, les pauvres et les abandonnés (qui étaient au centre de l'attention de Jésus, d'après ma lecture de l'évangile).
Pourquoi un théologien, enseignant, auteur, psychothérapeute et anthropologue a-t-il déployé autant de patience avant de sortir de cette broyeuse d'individualités qu'est l'Eglise romaine? Espérait-il arriver, en compagnie d'autres, à "libérer la foi de la papauté", selon ses termes?
"Jésus n'aurait pas voulu de cette Eglise." Après une telle déclaration, Drewermann a été frappé d'interdiction d'enseigner en 1991, puis de prêcher et de célébrer l'eucharistie l'année suivante.
En tant que prêtre, explique-t-il, on doit pouvoir suivre la voix de sa conscience, soutenir les gens qui traversent le doute et la souffrance: les femmes obligées d'avorter, les couples qui se défont, les gens qui se remarient, ceux qui doivent prendre des précautions pour éviter de transmettre le sida. Ce n'est pas (encore) le point de vue de la hiérarchie qui ne se laisse pas bousculer par l'un des siens. Mais Eugen Drewermann s'est enfin soustrait à la juridiction vaticane, il a osé l'indépendance.
Pourquoi un théologien, enseignant, auteur, psychothérapeute et anthropologue a-t-il déployé autant de patience avant de sortir de cette broyeuse d'individualités qu'est l'Eglise romaine? Espérait-il arriver, en compagnie d'autres, à "libérer la foi de la papauté", selon ses termes?"Jésus n'aurait pas voulu de cette Eglise." Après une telle déclaration, Drewermann a été frappé d'interdiction d'enseigner en 1991, puis de prêcher et de célébrer l'eucharistie l'année suivante.
"Le point de départ de toute sa réflexion s'effectue à partir de son expérience de clerc meurtri, explique Le Monde diplomatique. Il essaie de comprendre, et nous avec lui. Cela lui permet d’entrer en contact direct avec les multiples enfermements vécus par les patients [prêtres?] venant dans son cabinet. Eugen Drewermann pense que le plus urgent est de leur annoncer une parole qui libère, considérant que seul un être épanoui peut faire le bien, selon le proverbe bouddhiste cité en exergue de Kleriker. L’institution religieuse, castratrice par excellence, représente en concentré toutes les frustrations, tous les renoncements. [...]Dans ses écrits, Drewermann propose d'interpréter les textes bibliques de manière symbolique, cela leur confère un sens plus profond. La naissance virginale est un mythe. Jésus avait un père géniteur et une mère pareille à la nôtre. "C'est sa vie qui a été inhabituelle, pas sa naissance."
Le monde qui transparaît au fil de ses multiples ouvrages est constitué d’êtres blessés par l’existence, broyés par des contraintes morales venues de l’extérieur et intériorisées. La confiance est recherchée vainement, mais elle ne trouve sur son chemin que la suspicion née de l’interdit castrateur. "Si les gens réfléchissaient suffisamment, ils constateraient pour la plupart que ce n’est jamais par hasard qu’ils ont commis une faute, mais que c’est la totalité de leur vie qui ne colle pas; et que cela tient toujours à ce que la peur les a retenus de vivre à plein; et, très curieusement, souvent la peur devant des forces qui se présentent comme morales."
Selon Eugen Drewermann, l’accumulation de refoulements est la source d’inhibitions qui altèrent la capacité d’épanouissement de la personne. Rien de très nouveau dans ce constat, au regard de la psychanalyse. Mais le psychothérapeute étant doublé d’un théologien, cela lui permet d’élargir son investigation au champ de réflexion qui le préoccupe particulièrement."
En tant que prêtre, explique-t-il, on doit pouvoir suivre la voix de sa conscience, soutenir les gens qui traversent le doute et la souffrance: les femmes obligées d'avorter, les couples qui se défont, les gens qui se remarient, ceux qui doivent prendre des précautions pour éviter de transmettre le sida. Ce n'est pas (encore) le point de vue de la hiérarchie qui ne se laisse pas bousculer par l'un des siens. Mais Eugen Drewermann s'est enfin soustrait à la juridiction vaticane, il a osé l'indépendance.

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