Puissant moment d'émotion, en direct de Ramallah
L'événement, dimanche, ce n'était pas le rassemblement préfabriqué de Cologne mais le modeste concert donné sous la direction de Daniel Barenboïm par la formation arabo-israélo-espagnole: le West-Eastern Divan Orchestra. [Cela vous rappelle-t-il quelque-chose? Oui! les poèmes de Goethe Le Divan occidental-oriental.] L'orchestre de 80 jeunes musiciens interprétait Mozart, Beethoven et Edgar à Ramallah, Cisjordanie. Sa prestation était retransmise en direct sur Arte par les bons soins d'une équipe technique allemande. Allah/Yahwé/Gott soit béni pour Arte et pour ce moment d'intense et simple émotion.
Pas artistique, mon émotion. Pas politique non plus. Mais générée par le courage de Barenboïm (hier soir je craignais pour sa vie) et par la solidarité visible entre ces jeunes qui se sont pliés 1) à la discipline d'un orchestre symphonique, 2) au dialogue, nécessaire lorsqu'on est étudiant dans une master class internationale et qu'on sort pour la première fois de son pays, 3) à l'écoute (pas facile) de ceux d'en face dont on ignore tout, étant donné la censure exercée par les Etats représentés.

Le West-Eastern Divan Orchestra a été fondé en 1999 à Weimar, projet conjoint de l'Américain Edward Saïd (professeur, écrivain, musicologue), né en Palestine (mort il y a deux ans) et de l'Israélien Daniel Barenboïm, né en Argentine. Chaque été, les jeunes musiciens sélectionnés en Palestine, en Israël, au Liban, en Syrie, Jordanie, Egypte et Espagne suivent des ateliers durant un mois puis partent en tournée avec leur chef prestigieux. Jusqu'à hier, aucun des pays d'où émanaient les artistes et leur encadrement n'avait invité l'orchestre à part, bien sûr, l'Allemagne qui soutient le projet et l'Espagne qui le porte très haut. Si le miracle de Ramallah s'est produit, c'est surtout grâce à Madrid qui a offert des passeports diplomatiques aux participants afin qu'ils puissent traverser le territoire israélien en se rendant en Cisjordanie qui ne possède pas d'aéroport.

Il faut se mettre à la place des jeunes pour comprendre leur courage civil. Par exemple: la loi en Israël et en Syrie interdit aux nationaux n'importe quel contact avec "l'ennemi". Alors, fouler le sol israélien pour un Syrien dont, en plus, on a bourré la tête de clichés stupides et sanglants sur les Hébreux... Ou se rendre dans un pays arabe, comme ce fut le cas en août 2003 pour les Israéliens alors que le Divan jouait à Rabat en présence des princesses et du premier ministre...
Après avoir tenu ses ateliers à Weimar, puis Chicago, le Divan se réunit chaque été en Andalousie avant de partir en tournée. C'est symbolique: il y eut un âge d'or du dialogue entre civilisations arabe, juive et occidentale en Espagne. Et ce pays qui sort à peine de la nuit la plus honteuse tient à jouer un rôle constructif en Europe, sur le pourtour de la Méditerranée et en Amérique du Sud. L'Espagne comprend mieux que d'autres le conflit qui se joue au Moyen-Orient: elle aussi a connu la tragédie d'une grande famille qui n'arrive pas à régler ses antagonismes. A ce propos, il ne faut pas croire que les jeunes Sémites du Divan se sont tous jetés dans les bras les uns des autres. Mais ils apprennent à se connaître, à s'écouter, éventuellement se respecter. Et travailler ensemble.
Pas artistique, mon émotion. Pas politique non plus. Mais générée par le courage de Barenboïm (hier soir je craignais pour sa vie) et par la solidarité visible entre ces jeunes qui se sont pliés 1) à la discipline d'un orchestre symphonique, 2) au dialogue, nécessaire lorsqu'on est étudiant dans une master class internationale et qu'on sort pour la première fois de son pays, 3) à l'écoute (pas facile) de ceux d'en face dont on ignore tout, étant donné la censure exercée par les Etats représentés.

Le West-Eastern Divan Orchestra a été fondé en 1999 à Weimar, projet conjoint de l'Américain Edward Saïd (professeur, écrivain, musicologue), né en Palestine (mort il y a deux ans) et de l'Israélien Daniel Barenboïm, né en Argentine. Chaque été, les jeunes musiciens sélectionnés en Palestine, en Israël, au Liban, en Syrie, Jordanie, Egypte et Espagne suivent des ateliers durant un mois puis partent en tournée avec leur chef prestigieux. Jusqu'à hier, aucun des pays d'où émanaient les artistes et leur encadrement n'avait invité l'orchestre à part, bien sûr, l'Allemagne qui soutient le projet et l'Espagne qui le porte très haut. Si le miracle de Ramallah s'est produit, c'est surtout grâce à Madrid qui a offert des passeports diplomatiques aux participants afin qu'ils puissent traverser le territoire israélien en se rendant en Cisjordanie qui ne possède pas d'aéroport.

Il faut se mettre à la place des jeunes pour comprendre leur courage civil. Par exemple: la loi en Israël et en Syrie interdit aux nationaux n'importe quel contact avec "l'ennemi". Alors, fouler le sol israélien pour un Syrien dont, en plus, on a bourré la tête de clichés stupides et sanglants sur les Hébreux... Ou se rendre dans un pays arabe, comme ce fut le cas en août 2003 pour les Israéliens alors que le Divan jouait à Rabat en présence des princesses et du premier ministre...
Après avoir tenu ses ateliers à Weimar, puis Chicago, le Divan se réunit chaque été en Andalousie avant de partir en tournée. C'est symbolique: il y eut un âge d'or du dialogue entre civilisations arabe, juive et occidentale en Espagne. Et ce pays qui sort à peine de la nuit la plus honteuse tient à jouer un rôle constructif en Europe, sur le pourtour de la Méditerranée et en Amérique du Sud. L'Espagne comprend mieux que d'autres le conflit qui se joue au Moyen-Orient: elle aussi a connu la tragédie d'une grande famille qui n'arrive pas à régler ses antagonismes. A ce propos, il ne faut pas croire que les jeunes Sémites du Divan se sont tous jetés dans les bras les uns des autres. Mais ils apprennent à se connaître, à s'écouter, éventuellement se respecter. Et travailler ensemble.

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