4.8.05

La Guerre des mondes, film à tiroirs

Mon neveu A. et moi avons vu hier "La Guerre des mondes". C'est toujours lui qui choisit le film. En voyant la caissière du cinéma, il m'a demandé si elle officiait déjà lorsque j'avais son âge à lui (55 ans nous séparent). Probablement mais, à l'époque, elle n'était pas, comme aujourd'hui, également patronne de l'établissement.

"La Guerre des mondes" c'est trois ou quatre films pour le prix d'un. Un peu comme les mauvaises télés qui passent plusieurs épisodes d'un feuilleton le même soir en mélangeant les bobines.

D'abord: ce bourrin de Tom Cruise joue son propre rôle d'adulescent [sic: adulte/ado]. Son visage fermé rappelle ceux de ses coreligionnaires qui battent le pavé de notre ville pour proposer des tests. Toujours les mêmes femmes depuis une vingtaine d'années, abruties par ces décennies de lavage de cerveau scientotalitaire.



Ensuite, Steven Spielberg infuse des scènes qui nous ramènent: 1) aux déportations des populations dans l'Europe nazie et soviétique (mais ce sont cette fois des Américains bien nourris qui se croyaient invincibles), 2) aux cendres déversées sur les New-yorkais le 11 septembre 2001 (Cruise l'abruti s'en prend plein la gueule), 3) à la guerre actuelle des alliés américano-anglais (comme cul et chemise), 4) à la menace nucléaire (Hiroshima--etc). Il réveille nos peurs et nos pulsions de destruction massive (plusieurs séquences jouent merveilleusement avec les nerfs des spectateurs ou leur jouissance de voir les bâtiments se lézarder puis s'écrouler comme des cartes et les voitures s'envoler en explosant).
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La troisième histoire raconte que les bactéries de notre planète finiront par anéantir les extraterrestres qui ont semé la mort et par crasher leurs tripodes assoiffés de sang humain. Est-ce à dire que les kamikazes du XXIème siècle seront également désarmés un jour, avant que de se faire sauter dans nos parages? Pas si sûr, car parallèlement Spielberg indique que l'ennemi est en nous, enfoui dans notre terreau, prêt à lézarder les voies de communication pour surgir et tout détruire dans une fureur aveugle. Comme les protagonistes de nos rêves, détachés un instant de notre persona.

Spielberg était trop fasciné par les effets spéciaux pour développer un talent de prophète, sinon il aurait situé l'action à Londres, comme H.G. Wells dans son roman publié il y a 107 ans. Et la projection du film serait tombée pile sur les événements de juillet et la prise de conscience des Britanniques qu'ils réchauffaient des terroristes en leur sein glacial. (Mais comprendront-ils jamais, les Brits, que leur morgue envers les aliens [étrangers, ou extra-terrestres: c'est le même mot dans leur langue et leurs moeurs] et pas seulement "le terrorisme" ou la guerre en Irak leur valent l'inimitié du monde entier: ex-colonisés, cousins européens, demi-frères américains, voisins irlandais, etc.?)

Enfin, il faut mentionner le film dans le film: la famille décomposée. Une femme tellement adulte que son ex se réfugie dans l'irresponsabilité. L'éducation de ce père immature par ses enfants; sa rédemption finale. La petite pisseuse de Rachel, 11 ans, porte en elle tous les germes de la femme américaine; elle rappelle constamment son père à l'ordre et fait sa Jane Fonda au pire moment de la guerre. On a envie de la jeter à la rivière avec les autres cadavres, ou mieux, de voir un tripode la piler. Elle représente la pureté des enfants, la claivoyance -- enfin tout ce que vous voulez... Quant au conflit entre le père et son fils, 17 ans, Spielberg l'a bâclé. Il avait dépensé tous ses sous pour les effets spéciaux et n'a pas pu se payer la fin de sa consultation chez le psy conseil.

Comme disait ma mère: "Qui trop embrasse [sur le quai] manque le train."