28.7.05

Chamaillerie à la française

Point faible de la chaîne franco-allemande Arte: le programme culturel proposé par la section française. Alors que les émissions d'origine allemande sont variées, enlevées et ouvertes sur le monde parce que les responsables s'en donnent les moyens financiers et intellectuels et qu'ils sont curieux de tout.

Hier soir, la retransmission en direct de la cour du déshonneur du Palais des papous d'Avignon de Frère&soeur, chorégraphie de Mathilde Monnier, confirmait ce jugement sur l'indigence des choix d'Arte France (et du Festival d'Avignon peut-être).

Le programme d'Arte clame: "Il y a de la jubilation dans cette chorégraphie de Mathilde Monnier qui multiplie les espaces où faire jaillir la danse." La chorégraphe précise: "Je souhaite développer l'idée de confusion des personnes et de leurs rôles. Essayer de créer un chaos et un malaise sur la reconnaissance du 'qui est qui?' pour une mise en abîme de l'autre comme de son propre désir."

Question chaos et confusion, c'est réussi. Mais le malaise provient de ce qu'il n'y a pas de création là-derrière. Ni d'analyse sur la pauvreté des relations individuelles. Au lieu de "frère et soeur", le spectateur voit "chien et chat". Quant à la mise en abîme (= "fossé, profondeur obscure")... elle est complétée par la mise en abyme ("se dit d'une oeuvre montrée à l'intérieur d'une autre"): une artiste qui ne sait pas chorégraphier la violence des sentiments nous montre les relations chaotiques et la vie bidon de sa famille française.

"Tout commence par une vaste chamaillerie, écrit Marie-Christine Vernay dans Libération, une bagarre de chiffonniers. Danseurs et danseuses s'empoignent par où ils peuvent, se filent des coups de pied au cul, se font des crocs-en-jambe. L'amour fraternel ou sororal vire au pugilat et s'en nourrit. Mais on reste dans l'entre-deux. Les coups ne sont ni simulés, ni véritablement portés [...]

"On fait semblant de ne pas entendre les textes qui passent d'un micro à l'autre. Ils sont extraits des Grandes Espérances de Kathy Acker. Mais sortis de leur contexte féministe, ils ne semblent là que pour asséner des banalités sur le rapport femme/homme. On s'en fout littéralement car il y est beaucoup question de baise, d'argent et de bouffe."

Daniel Cohn-Bendit disait récemment: "En France, on croit que pour agir il faut être contre et que d'être positif c'est subir." Ce spectacle est celui de la confusion entre l'agressivité et la combativité. Cette confusion constitue un fléau de notre époque. La chorégraphe s'est mise elle-même en abyme/abîme. On cherche la sortie.

1 Comments:

Anonymous mamansursaplanete said...

On en a regardé une partie... puis, on a entendu l'appel du lit !!
Avignon Avignon... fuyons. Bonne nuit.

4 août 2005 00:04  

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