6.2.06

J'en ai terminé de ce blogue

Ayant tenu le pari de rédiger des notes pour ce blogue durant une année pleine, je mets fin à l'exercice pour renaître, peut-être, plus tard sous une autre forme. Merci aux quelques lectrices et lecteurs qui l'ont un peu suivi.
Commencé le 1er février 2005 par une note sur Redner rund um die Uhr, texte du poète autrichien Gert Jonke dans lequel une bouche accapare la parole de son propriétaire et se détache de lui, j'ai terminé le 29 janvier dernier en rendant hommage au film de Tommy Lee Jones Les trois enterrements de Melquiades Estrada. Il m'a beaucoup marqué par son économie de paroles et m'a encouragé à me taire pour un temps, à concentrer mes forces sur d'autres occupations.

Ce blogue m'a donné l'occasion de traiter toutes sortes de sujets, de fixer ces pensées passagères qui nous sollicitent ou nous excitent superficiellement, mais qu'il faut creuser un peu pour les transposer par écrit. C'est une manière de stimuler un cerveau qui serait tenté sinon de vadrouiller et lambiner. De découvrir aussi quels sujets, tirés de ce grand chaos de l'internet, vont se faufiler jusqu'à l'étape de la rédaction. J'ai, dans mes fiches, de quoi gloser ad aeternum, mais ces thèmes ont perdu leur urgence face à d'autres, ou auraient demandé des notes encore plus longues... Le lecteur éventuel ne sait pas combien il a été épargné!

En explorant divers genres, je sais mieux vers quoi je me dirigerais si je devais reprendre une rédaction régulière. En attendant: adios muchachas y muchachos! Lisez d'autres blogues!

29.1.06

Los tres entierros de Melquiades Estrada

"Passerais-je un ravin de ténèbre..." (Psaume 23,4)

"Jusqu'à ce que la mort nous sépare", c'est la promesse des jeunes mariés. Dans Les Trois enterrements de Melquiades Estrada, le travailleur mexicain clandestin Melquiades fait promettre à son contremaître, le cow-boy Pete, de ramener son corps au village natal s'il devait mourir au Texas. "If I die over here," dit Melquiades dans un de ces moments de prémonition qui mettent l'interlocuteur mal à l'aise, "I don't want to be buried on this side, with all the fucking billboards." Il ne veut pas être enterré près de ces foutus panneaux publicitaires.

Le film raconte comment Mike, un garde-frontière prompt au coup de poing et à la gâchette, tue accidentellement le clandestin mexicain; comment le shérif de ce patelin texan enterre l'enquête et la victime; comment on la déterre une première fois pour l'autopsie, puis l'enterre de nouveau. C'est alors qu'intervient Pete, lié par la promesse faite à son ami. Pete kidnappe le garde-frontière, le menotte, l'oblige à déterrer la victime de sa deuxième tombe pour aller l'enterrer de l'autre côté de la frontière. Les trois hommes -- le justicier, le coupable menotté et privé de ses bottes, et le mort -- partent à cheval. La police est à leurs trousses avec voitures et hélicoptère.

Nous ne sommes plus dans le western classique des éleveurs de bétail où les gars faisaient pleuvoir la mort au nom de la justice, oeil pour oeil. Le Texas d'aujourd'hui a oublié l'esprit pionnier, ses femmes et ses hommes ont perdu leur honneur. Tommy Lee Jones (acteur célèbre qui met ici en scène son premier film de cinéma, tout en assurant le rôle du justicier) esquisse le portrait d'une demi-douzaine de personnages désenchantés, noyés par la monotonie d'une existence dont ils sont les victimes consentantes. Le shérif lâche et impuissant; la serveuse qui le console pour quelques dollars; la jolie jeune femme du garde-frontière, désoeuvrée dans son mobil-home... En face d'eux, des clandestins risquent leur peau pour un peu de travail.
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Le conflit autour de la valeur d'une simple vie, celle d'un Mexicain qui rêvait d'un avenir familial, est au centre de la deuxième partie du film où le spectateur suit la progression des trois hommes à cheval sur des sentiers semés de dangers, de révolte et de mystère. Que va-t-il se passer à la fin du voyage? Pete, le bourru qui tient sa promesse et mène le convoi, le sait-il lui-même?

En cours de route, les hommes rencontrent un vieillard aveugle qui vit solitaire dans une cabane éloignée de tout. Il leur offre la soupe et, lorsqu'ils le quittent, leur demande d'avoir la miséricorde de mettre fin à sa vie. Le convoi l'abandonne à son sort. Pete et Mike ont d'autres comptes à régler avec la mort. Les Trois enterrements pose les problèmes, mais ne remplace ni le pasteur ni le facteur, il n'a pas de message à délivrer.

Pendant le trajet (le pélerinage?), Mike le garde-frontière subit les outrages réservés aux immigrants clandestins. Il se ramasse des raclées, vomit à côté du cadavre en décomposition; il est finalement dépouillé de tous les avantages accordés à ceux qui imposent l'ordre établi. A côté de lui, Pete est un justicier de peu de paroles, violent, emporté et pourtant pédagogue. Au bout du chemin, les deux hommes ne trouvent pas ce qu'ils attendaient ou craignaient. C'est le plus troublant, le plus obscur des chemins initiatiques, une méditation sur la rédemption et la paternité morale.

23.1.06

Dans les photos de foule de SpencerTunick, tout le monde est nu

"Evitez le string ou toute chose qui pourrait choquer d'autres passagers. Notre but est de les dérider, pas de scandaliser."

Hier dimanche, à New York, une centaine de personnes a participé au Cinquième trajet annuel en métro sans pantalons. Huit ont été verbalisées et six emmenées menottées au poste.

D'autres manifestations de nudité publique se terminent dans les galeries d'art. Notamment les grands panneaux du photographe new-yorkais Spencer Tunick. Une exposition est ouverte jusqu'au 26 mars à Gateshead (G.-B).

Detail from Spencer Tunick NewcastleGateshead 2
Tunick y présente ses prises de vues de juillet dernier à Newcastle où 1700 personnes avaient répondu à son appel. Jeunes et vieux, les participant-e-s s'étaient levés avant l'aube, s'étaient complètement dévêtus sur une place publique et avaient suivi les ordres de l'artiste, créant un mouvement de foule spectaculaire dans la lumière du petit matin. Tunick utilise ces assemblages de corps minutieusement distribués comme le matériau d'une sculpture propre à transformer l'environnement architectural ou le paysage. Il demande les autorisations officielles nécessaires; ses mises en scène sont préparées avec précision et chaque personne a signé une décharge. Une foule d'assistants relaie les ordres du maître.

Tunick
Ci-dessus au théâtre de Bruges, ci-dessous à la gare centrale de Buffalo. Tunick développe son thème de la nudité publique non sexuelle depuis 1992. Les masses de corps qu'il dispose dans toutes sortes de contextes (il a mis en scène 400 personnes à Fribourg un dimanche de juillet 2001 pour Expo 2002) deviennent des abstractions qui interrogent notre perception de la nudité en société. Avec ses expositions, l'artiste présente un autre défi, cette fois aux autorités politiques et religieuses. En Suisse il a accroché ses photos à Genève, Neuchâtel, Fribourg et Bâle.



Les participant-e-s qui figurent dans les déploiements de Spencer Tunick (7000 à Barcelone) sans avoir connu d'expérience naturiste au préalable témoignent que l'aventure marque une étape dans l'acceptation de leur propre corps, tel qu'il est et changera en vieillissant. En arrivant, elles-ils ressentent une petite appréhension ou sont gênés de devoir se déshabiller au vu de tous. Puis, au bout d'une dizaine de minutes, l'embarras disparaît et l'on s'aperçoit que d'autres personnes qu'on ne connaît ni d'Eve ni d'Adam nous adressent la parole de la même manière que si on était vêtu. Alors, tout le monde se déride et grelotte parce que le soleil ne s'est pas encore levé. C'est ça la liberté.


Nevada: le Black Rock Desert.

21.1.06

Lettre à C. qui m'a envoyé un kilo de confit de canard


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Chère C,

Un grand, grand merci! J'ai bien reçu le colis des quelques spécialités de ta région -- confit de canard, rillettes de canard et bloc de foie gras de canard -- que tu m'as fait parvenir par ton ami D. Cela tombe à pic: je sors d'une huitaine de jeûne complet après lequel on se réalimente lentement et de manière prudente.

D. s'est arrêté un moment et m'a entretenu de son amour du cinéma, des actrices et des metteurs en scène qu'il a rencontrés grâce à sa profession. Il a parlé de voyages; nous sommes tombés d'accord sur les temples de Khajuraho en Inde, sur le Cachemire et la cuisine chinoise. Puis il a évoqué le souvenir de son ex-épouse grecque: c'était bien ce que je pensais, elles sont pires que les Françaises. Je puis te le dire sans t'offenser puisque tu n'est pas française, mais corse. Plusieurs de mes amis ont demandé l'asile humanitaire en Suisse pour échapper à leur gauloise de choc; elles les harcelaient, houspillaient et leur criaient dessus 18 heures sur 24. Eh bien, les Grecques se réveillent la nuit pour reprendre l'argument! J'admire D. qui a résisté à l'épreuve pour devenir encore plus humain, poursuivant sa vie avec calme et curiosité. On devrait le signaler, ce serait une nouvelle catégorie de résilience, très actuelle et sur laquelle Boris Cyrulnik a fait l'impasse, fasciné qu'il était par Barbara et Georges Brassens.
L'image « http://www.qualite-landes.com/canard_fermier/images/Canards_190x160.jpg » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.La femme française est à l'image du locataire de l'Elysée ou des canards gavés chez qui la représentation dépasse la fonction. Elle est pénétrée au plus profond par le devoir de convaincre. Pour s'en tirer, le mari laisse échapper un grognement d'approbation ou un simulacre d'indignation quand il le croit opportun. Comme il a déjà enduré sa mère, il trouve cela naturel.

La femme américaine, sais-tu, est beaucoup plus redoutable. Elle parle aussi d'abondance, mais il faut demeurer sur ses gardes en l'accompagnant. Si, par distraction, on approuve quand il faudrait grommeler "bien sûr que non" (car elle pose des questions rhétoriques) elle peut très bien nous signaler au bureau du politiquement incorrect. Si, d'autre part, on a futilement tenu la porte pour la laisser passer, on risque fort de se retrouver le soir même en tôle pour tentative de viol aggravée.

Mais je m'égare. Cet après-midi, profitant du beau temps, j'ai bêché une planche de mon jardin. La terre est encore très basse en cette saison. Mais le gel a fait son oeuvre, cassant les mottes. J'ai planté une bordure de pensées que j'avais fait fleurir dans la serre.

Je voulais te parler de l'infinie légèreté de l'être qui ne dépend plus de la nourriture pour penser ni vivre. De la gymnastique matinale pendant la semaine de jeûne, des entretiens sur les Béatitudes de l'Evangile, des marches dans la forêt ou les vignes, des bonnes résolutions concernant mon plan d'alimentation, mais je m'aperçois qu'il est tard et je ne voudrais pas manquer la levée de la boîte aux lettres.
Confit de canard en cassolette
Tu as joint à ta lettre une recette pour apprêter ton cadeau appétissant. Je t'en glisse une autre en échange. Très affectueusement, André.

Confit de canard en cassolette pour 6 personnes: 6 cuisses de confit de canard (env. 1 kilo), 8 belles pommes de terre débitées en rondelles, 3 gousses d'ail, 15 brins de persil hachés.
Prélever 1 cuillère à soupe de graisse de confit, la déposer dans une sauteuse et y faire revenir les pommes de terre en remuant de temps en temps. Faire revenir les cuisses à la poêle afin de les dégraisser. Les installer dans des cassolettes individuelles. En fin de cuisson des pommes de terre, les saupoudrer d'ail haché et de persil, remuer. Dégraisser les pommes de terre, les déposer autour des cuisses et passer à four chaud afin que les cuisses grillent un peu. Prévoir deux jours de jeûne supplémentaires. [Recette: JeDecouvreLaFrance.com]

19.1.06

Le Secret de Brokeback Mountain: à l'ouest d'Eden

Caïn partit loin du visage de Yahwé. Il séjourna au pays de Nod, à l'est d'Eden. (Gen. 4,16)

L'histoire [tournée au Canada] commence à l'été de 1963 dans les montagnes du Wyoming [Etats-Unis]. Deux bergers saisonniers, qui ont ignoré jusque-là leur part d'homosexualité, traversent les étapes du rituel amoureux gay. Poussés par la froideur de la nuit, l'ennui et l'alcool, Ennis et Jack se rapprochent et font l'amour. Puis ils en viennent à se bagarrer, se serrer affectueusement et s'embrasser. A la fin de la saison, ils retournent chacun à sa vie. Quête de boulot, circuit de rodéo, fiançailles, mariage à l'église, enfants, belle-famille.
L'amour dont ils ne peuvent prononcer le nom les réunit pourtant, de temps en temps, au cours d'une prétendue partie de pêche. Deux décades passent durant ce film, avec pour seuls indicateurs l'évolution des postes de télé, des voitures et des vivres que l'on rapporte du magasin. La déprimante insularité de ces petites communautés paysannes américaines ne change pas, même si le couteau pour découper la dinde de Thanksgiving est finalement couplé à un moteur.
Dans cette société où chacun surveille chacun, les dangers qui menacent Jack (le brun) et Ennis sont, au départ, les coyottes à l'affût du troupeau de mouton, le grizzli qui fait fuir les mules, l'orage, la neige intempestive et leur patron. Ensuite leurs familles, les voisins... Jack rêve d'une petite ferme où ils travailleraient et vivraient ensemble; Ennis refuse la vie commune à cause de son devoir familial et pour d'autres raisons que le spectateur appréciera. Ils ont peu de mots pour exprimer leur souffrance et leur amour.

Une belle histoire de passion contrariée, mélancolique au point que même les homophobes y trouvent leur compte. Ce film sans fioritures du réalisateur taïwanais Ang Lee, Le secret de Brokeback Mountain, touche chaque spectateur où cela fait mal. Les actrices et acteurs sont impressionnants dans leur mutisme. Et l'Amérique profonde ressemble vraiment à l'est (sinon l'ouest) d'Eden, loin de la grâce divine ou humaine.

Bb5 Nous autres citadins, nous regardons la montagne comme un lieu de ressourcement: à disposition lorsqu'il nous chante. Ces paysans ne considèrent pas la nature comme un modèle d'aspiration à l'harmonie. Ils la défient, la subissent, l'exploitent pour vivre ou juste survivre (c'est l'un des problèmes d'Ennis). Durs envers eux-mêmes et les autres, enfermés dans l'immobilisme de leurs communautés, livrés à la morale du travail et de l'exploitation, ils suivent les rituels éternels de la religion, du patriotisme et de la xénophobie qui les lient les uns aux autres et les étouffent.

17.1.06

Le tour de podium des dieux grecs

Milan, Paris, New York; Armani, Prada, Valentino, Dolce & Gabbana. On voit défiler des jeunes hommes au regard impassible et au torse longiligne sur les podiums de la mode masculine.

Ils ont quitté vases grecs et musées, ont jeté l'himation drapé sur leurs épaules pour descendre parmi nous. Adieu boutonnières et boutons, poches, revers, bretelles et ceintures de la confection masculine! Les guerriers, chasseurs ou musiciens, les érastes et érotomènes de l'imagerie dyonisiaque ont fait place aux adorateurs du soleil contemporains. Et la veine homoérotique évidente (ou peut-être pas?) ne semble retenir personne d'acheter, sinon les industriels iraient chercher leur inspiration vers d'autres rivages.

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Ces jours, deux publicités de Dolce & Gabbana attirent l'attention des blogueurs gays d'Athènes à San Francisco. Comme Andy (de Towleroad) qui avait décrypté l'influence de Hieronymus Bosch dans une publicité des jeans Diesel, David K. retrouve la patte de Gauguin dans les deux pubs ci-dessous (Charmed Life).
Notez la botte de paille derrière le garçon dont les cheveux ressemblent à un vol de gerfauts. Notez l'indifférence des personnages les uns envers les autres. Sauf en ce qui concerne le corps nu de la scène de "pietà" à droite ci-dessous.
David K. a rapproché le tableau de Gauguin intitulé, paraît-il, D'où venons-nous? Qui sommes-nous? Où allons-nous? de ces deux images publicitaires. Collage:

Gabbana_gauguin

La préférence de Gauguin va aux corps de femmes et à une mode sans griffes. Cette première différence évacuée, David K. relève que l'histoire commence à gauche avec un symbole de la vieillesse et de la mort. Gauguin avait mentionné une momie vue dans un musée. Dans la pub D&G c'est un homme d'environ 40 ans [un daddy en terminologie gay]. Puis un torse nu rappelle la statue turquoise du tableau. Plus à droite, l'homme en train de se dévêtir renvoie à l'Eve du peintre, en train de cueillir le fruit. L'homme en blanc et notre mère à tous sont en train de perdre leur innocence. Tout à droite, Gauguin place un enfant emmaillotté, D&G un corps nu inconscient (cadavre?) ou en sommeil. A côté de l'enfant, deux femmes nous regardent et posent les trois questions en titre du tableau. Les deux hommes de la publicité fixent intensément le corps à leurs pieds et détaillent son anatomie. Comme les spectateurs d'un certain tableau, L'origine de la vie, ils examinent la part masculine de cette origine.

Est-ce que les créateurs de mode se mettraient à méditer sur le cycle de la vie?

8.1.06

Vivre sans manger pendant une semaine, ou plus

Aujourd'hui, je me rends à la résidence de Crêt-Bérard, au-dessus de Puidoux, pour participer à une retraite avec pratique du jeûne qui durera jusqu'à dimanche prochain. C'est la quatrième année consécutive que je me soumets à cette expérience. Elle me semblait si redoutable la première fois! En fait, le jeûne bien dirigé n'est pas une épreuve. Il permet une découverte: celle de l'étonnante résistance de l'être.




Parmi les choix d'une expérience à la fois physique et spirituelle pour échapper à la routine quotidienne, on peut prendre le train de Lourdes, marcher jusqu'à Compostelle, suivre des dromadaires dans le désert, consommer les eaux ou se rouler dans les boues d'une source réputée, se rendre en pélerinage (hadj) à La Mecque, aller vénérer un gourou en Inde. J'ai choisi, cette année encore, les promenades à jeun dans les forêts du Mont-Pélerin.

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Un ami m'a demandé comment je me préparais à cette semaine. En mangeant plus pour faire des réserves? En dégustant les mets comme un condamné sa dernière cigarette? En diminuant le nombre de calories pour ne pas être sur-pris? Dans la fiche de conseils que reçoivent les futurs jeûneurs, il est recommandé de mettre la pédale douce deux ou trois jours avant.
Ce qui me frappe, c'est le privilège paradoxal et déconcertant qui m'est imparti: celui de me lancer dans un jeûne (dirigé) en payant une forte somme d'argent. Sous d'autres latitudes, être affamé ne coûte rien et l'on n'a pas besoin de se forcer pour oublier l'heure du repas...

Demain, après l'office du matin et la gymnastique douce, nous commencerons à méditer sur les Béatitudes qui seront le thème de réflexion des causeries et échanges de la semaine. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés!

5.1.06

Nestlé ne tue plus les bébés

What to Eat
Mardi, Le Temps relevait qu'"à l'école de l'éthique, les sociétés suisses font figure de cancres". Et publiait un classement des multis de la planète que la PME genevoise Covalence a établi. Alors que GlaxoSmithkline (pharma) tient le premier rang avec 582 points positifs au score de réputation, Roche (16ème) ne compte que 206 points et Novartis (42ème) 96. Prochaines entreprises helvètes au classement: Credit suisse (92ème) 33 points, UBS (centième) 28 points. Nestlé se place au 200ème rang avec des points de réputation négatifs: --169!!! Vevey devrait décréter un jour de deuil annuel jusqu'à ce que son entreprise-phare retrouve un rang honorable.

Marion Nestle, PhD, MPH
Marion Nestle est professeure de nutrition, d'études alimentaires et de santé publique à New York University. Un nom prédestiné. Elle a publié de nombreux ouvrages dont What to Eat [ci-dessus], How the Food Industry Influences Nutrition and Health (Uni. of Calif. Press 2002) et Safe Food: Bacteria, Biotechnology and Bioterrorism (Uni. of Cal. Press 2003).

Justement, le bioterrorisme, c'est la direction que la Recherche Nestlé a choisie pour satisfaire ses actionnaires. Ses produits -- en première ligne les aliments pour bébés -- font depuis longtemps l'objet de boycotts (et même en Chine aujourd'hui). Moi, j'éxècre Nestlé depuis ma petite enfance. D'abord à cause des images minuscules que l'on collectionnait et échangeait, puis collait dans de vilains albums . Nestlé a toujours fait laid, compliqué et cher. C'est très suisse. Et puis, je n'ai pas oublié la première révélation, dans ma jeunesse, d'une grande tricherie alimentaire sur la composition du café soluble.

Au siècle dernier, la Recherche Nestlé s'était intéressée à la famine dans le monde. Echec, étant donné l'approche là aussi très suisse du problème. Plus récemment, la Recherche s'était penchée sur nos intestins pour les stimuler à fabriquer les bactéries qui nous rendraient sains et beaux. Escroquerie: les Suisses, les Français, etc. sont toujours aussi laids et malades. Maintenant, Nestlé redirige cette invention bidon du côté des animaux de compagnie, la nutrition bestiale étant devenue très lucrative. A part cela, le département marketing a eu l'idée lumineuse de modifier les eaux de robinet en eaux de source. On approche du miracle biblique.

Où va Nestlé aujourd'hui?
A l'horizon, je discerne la possibilité d'une nouvelle bataille rangée entre les partisans de la vraie tétée (moins dangereuse, dans les pays pauvres, que l'eau sale dans laquelle on délaie la poudre) et un nouveau substitut (enrichi d'enzymes pour mieux imiter le lait maternel) permettant d'éviter: 1) la contamination du sida par le sein, 2) d'abimer des lolos destinés à alimenter la convoitise adulte ...

Le premier produit de la Nouvelle Recherche appliquée au bioterrorisme est tiré de la caféine. Comme si café, thé, cocas et boissons "stimulantes" ne suffisaient pas à nous stresser gaga. Il s'agit d'une barre énergétique "pour sportifs" contenant de la caféine modifiée qui s'écoule dans le corps de manière continue. Si au moins la barre était produite à base de matière première équitable, on verrait l'Occident disparaître dans les spasmes et les convulsions de la caféitoxicomanie tout en rétribuant suffisament les ouvriers des champs de café.

Ah, vous cherchez un emploi? "If you are interested in becoming part of the Nestlé Waters team" vous pouvez vous adresser aux Ressources humaines de l'entreprise. "Comment, dites-vous, moi nettoyer des waters?" Les chiottes, c'est la nouvelle voie de Nestlé, la seule où elle engage encore. En effet, l'entreprise a supprimé des milliers d'emplois en fermant des usines, restructurant ou transférant des productions. Elle occupe de plus en plus de forces de travail fournies par les agences d'intérim à des conditions inférieures. Nestlé ne tue plus les bébés, elle tue les emplois de leurs parents.L'image « http://www.thefineartcompany.co.uk/posters/nestle.jpg » ne peut être affichée, car elle contient des erreurs.

3.1.06

Les derniers honneurs de la république bananière

Ce mardi matin, ils étaient tous à l'Élysée afin de rendre les derniers honneurs au président de leur République bananière avant son départ. Demain, il sera en Afrique noire où il dirigera le musée consacré au rôle positif du colonialisme français. En même temps, il assumera la fonction de roi bobo à la tête de la tribu des Franchouillards.
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Selon Le Temps du 30 décembre, la France se classe en quatrième position (après l'Inde, la Chine et le Mexique et juste avant les Philippines) des pays dépendant de l'argent de leurs émigrés pour survivre. Résultat que le président a atteint par une politique de rayonnement international dynamique.

Son titre envié de roi nègre, le président le doit aux rapports francs et directs qu'il entretient avec ses visiteurs. Petit rappel d'une rencontre évoquée récemment par Newsweek. Le réalisateur et le producteur du film Da Vinci Code étaient à Paris pour préparer les séquences qu'ils prévoyaient de tourner dans cette ville. Ils reçoivent un coup de fil de l'Elysée les invitant à venir faire un petit coucou au président. "Nous pensions, rapportent-ils, que ce serait une entrevue de cinq minutes, comme cela se produit à la Maison Blanche -- une photo avec la traditionnelle poignée de main." Mais Chirac les a priés de s'asseoir. La café était servi et ils sont restés près d'une heure. Le président les a d'abord assurés de son soutien au cas où ils rencontreraient des difficultés à tourner leurs scènes au Louvre. Puis il leur a proposé d'engager une actrice qui est copine de sa fille Claude pour le rôle de Sophie Neveu, la Française au coeur du mystère de Da Vinci Code. Enfin, il s'est demandé à voix haute s'ils ne pouvaient pas relever un peu le cachet de Jean Reno, déjà engagé pour jouer le détective de l'histoire... "C'était à mourir de rire", concluent les Américains.

31.12.05

Rien que de très bonnes nouvelles

Dans son édition du 31 décembre, The Onion, "America's finest news source", passe en revue ses meilleures informations exclusives de l'année. Quelles sont les sources de la rédaction? The Onion ne veut pas les dévoiler. Mon enquête révèle: ces gars se branchent secrètement sur le système d'écoute de la Maison Blanche. Voici trois échantillons assaisonnés à ma sauce.
Bush To Increase Funding For Hope-Based InitiativesLe 23 novembre, le président Bush a accordé un crédit supplémentaire de 2,8 milliards de dollars en faveur des organisations privées qui soutiennent l'espoir du changement au sein de la population. "A partir d'aujourd'hui, a déclaré le président, je demande à la nation américaine d'espérer que les graves problèmes auxquels nous devons ensemble faire face vont s'évaporer." La nouvelle mesure présidencielle financera les efforts d'institutions comme The National Hope Foundation qui attend depuis vingt ans que quelqu'un, quelque part, trouve un remède au cancer et un vaccin contre le sida.

"De nombreuses organisations aux Etats-Unis espèrent vivement que les choses vont s'améliorer, a ajouté M. Bush. Ce crédit va les aider à obtenir des fonds supplémentaires pour poursuivre leurs programmes d'espérance." Parmi les premiers bénéficiaires, on compte le projet Hope You Don't Get Sick, organisation sans but lucratif qui soutient l'espoir de 45 millions d'Américains sans couverture médicale qu'ils ne tomberont pas malades.

Ce samedi soir,
White House Celebrates Fifth Straight Year Without Oral Sex la Maison Blanche commémorera dans l'East Room sa cinquième année sans qu'aucun rapport buccal n'ait été constaté dans cette demeure historique. "Notre administration a tenu sa promesse de restaurer la dignité de la Maison Blanche, a souligné le président. Je puis vous assurer que personne, y compris Dick Cheney, Karl Rove, Scooter Libby ou Konditorei Rice n'a commis ou été la pauvre victime d'un acte aussi dépravé." [Notez le sourire confit de Laura Bush.]

Voice Of God Revealed To Be Cheney On IntercomLes enregistrements clandestins captés par l'Agence nationale de la sécurité et transmis au Congrès pour son enquête sur l'écoute illégale ont permis de faire toute la vérité concernant les commandements divins que le président Bush reçoit sur le système de communication interne du Bureau ovale.

Alors que les journalistes avaient constaté depuis longtemps la foi profonde de M. Bush en même temps que l'influence primordiale du vice-président Cheney sur la Maison Blanche, personne ne s'était douté de ce que révèle un enregistrement datant de mars 2002. On entend une forte voix, appartenant sans conteste au vice-président, affirmer "Je suis le Seigneur ton Dieu"; cette voix intime au président des Etats-Unis d'envahir l'Irak et d'user de la torture envers les prisonniers capturés en Afghanistan, en Irak et dans le reste du monde pour faire avancer la cause de la liberté.

Un autre enregistrement permet de comprendre que "Dieu" a conseillé à Bush de signer la nouvelle législation de 2005 en faveur de l'industrie du pétrole. Selon un agent du déchiffrage qui demande l'anonymat: "La voix résonnait comme si "Dieu" s'était éloigné du micro pour créer un effet d'écho". Parmi les proches du président, ceux qui critiquaient son indécision lors de l'ouragan Katrina se disent rassurés. "Je me demandais pourquoi il tardait à intervenir, aurait déclaré un Républicain influent. Le président m'avait confié qu'il priait chaque matin dans son bureau, mais ne recevait aucune réponse. Maintenant, je comprends: Dick Cheney était parti plusieurs jours à la pèche de gros."

Donc, bonne nouvelle: on pensait que le président affabulait (et même au sujet de Dieu). Non, il ne ment pas. Il entend vraiment une voix.

30.12.05

Oui, c'est la fin des amitiés viriles!

Inscrite dans les vastes étendues du Wyoming et du Texas, l'histoire d'amitié et d'amour entre un employé de ranch et un cowboy de rodéo que raconte Brokeback Mountain, le film du réalisateur taïwanais Ang Lee, suscite des réactions passionnées depuis sa sortie le 9 décembre aux Etats-Unis.
Brokeback MountainThe Courrier-Journal de Louisville, quotidien du Kentucky (propriété de Gannet, le plus grand groupe de presse étatsunien) publiait mardi -- sous le titre Est-ce la fin des amitiés viriles? -- un article du président du séminaire théologique des Baptistes du Sud à Louisville, Albert Mohler. Son opinion après avoir vu (ou peut-être pas) Brokeback Mountain: "Le processus de normalisation de l'homosexualité corrompt la société en général et affaiblit, sinon détruit, les liens normaux d'amitié entre hommes [mâles]." Dans le raisonnement de Mohler, les fautifs sont, entre autres, les pansexualistes qui empoisonnent [corrompent, écrit-il] le langage afin d'installer [normaliser] la confusion sexuelle et l'anarchie.

Un complot.

Lorsque des mots comme amour, ami, homme [mâle], femme [femelle] et partenaire sont modifiés dans un nouveau contexte sexuel, "ce qui était autrefois considéré comme pur et sans souillure est maintenant sujet à moquerie et à manque de respect".

Ah, le bon vieux temps!

"L'un des mots les plus nettement corrompus pour servir l'anarchie sexuelle est celui d'amitié -- et particulièrement l'amitié entre hommes [mâles]." Et Mohler de citer la thèse d'Anthony Eslen intitulée "Requiem pour l'amitié: pourquoi les garçons ne seront plus des garçons et d'autres conséquences de la révolution sexuelle".


"Pour les hommes américains modernes, écrit Esole, l'amitié n'est plus forgée dans l'ardeur du combat, dans la poussière des plaines alors qu'ils conduisent leurs troupeaux à travers la moitié du continent, dans l'air suffocant d'une mine de charbon, ou même dans la fumée des cigares au cours d'un débat. La plupart des hommes ne se trouvent plus jamais dans des situations qui encouragent et inculquent de franches amitiés viriles [mâles]."

Imbécile que je suis, j'imaginais que la splendide solitude des hommes entre eux avait été brisée par la présence des femmes à l'armée, au travail, au bistrot. Et la présence des hommes devant le meuble à langer!

L'éminent penseur baptiste reprend: "...imaginez une société dans laquelle le tabou de l'inceste aurait été abrogé [...], c'est exactement ce qui est en train de se produire alors que l'homosexualité est normalisée dans notre culture. Aujourd'hui, les amitiés normales, non sexuelles, fraternelles entre hommes font naître les soupçons."

Ouille, elle est pénible l'angoisse des vrais hommes! Avant, c'était nous les pédés qui avions la trouille aux couilles...

28.12.05

A 65 ans, l'homme blessé s'est (enfin) offert ce qui lui manquait

Il y a peu, le théologien allemand Eugen Drewermann a révélé qu'il avait quitté l'Eglise catholique le 20 juin dernier, jour de son 65ème anniversaire. C'était "la liberté en cadeau à moi-même". J'ai sondé son visage alors qu'il expliquait sa démarche dans l'émission Menschen bei Maischberger. Une tristesse profonde, non pas d'avoir brisé le lien, mais à cause de l'incompréhension de cette institution envers les méprisés, les pauvres et les abandonnés (qui étaient au centre de l'attention de Jésus, d'après ma lecture de l'évangile).
Pourquoi un théologien, enseignant, auteur, psychothérapeute et anthropologue a-t-il déployé autant de patience avant de sortir de cette broyeuse d'individualités qu'est l'Eglise romaine? Espérait-il arriver, en compagnie d'autres, à "libérer la foi de la papauté", selon ses termes?

"Jésus n'aurait pas voulu de cette Eglise." Après une telle déclaration, Drewermann a été frappé d'interdiction d'enseigner en 1991, puis de prêcher et de célébrer l'eucharistie l'année suivante.
"Le point de départ de toute sa réflexion s'effectue à partir de son expérience de clerc meurtri, explique Le Monde diplomatique. Il essaie de comprendre, et nous avec lui. Cela lui permet d’entrer en contact direct avec les multiples enfermements vécus par les patients [prêtres?] venant dans son cabinet. Eugen Drewermann pense que le plus urgent est de leur annoncer une parole qui libère, considérant que seul un être épanoui peut faire le bien, selon le proverbe bouddhiste cité en exergue de Kleriker. L’institution religieuse, castratrice par excellence, représente en concentré toutes les frustrations, tous les renoncements. [...]

Le monde qui transparaît au fil de ses multiples ouvrages est constitué d’êtres blessés par l’existence, broyés par des contraintes morales venues de l’extérieur et intériorisées. La confiance est recherchée vainement, mais elle ne trouve sur son chemin que la suspicion née de l’interdit castrateur. "Si les gens réfléchissaient suffisamment, ils constateraient pour la plupart que ce n’est jamais par hasard qu’ils ont commis une faute, mais que c’est la totalité de leur vie qui ne colle pas; et que cela tient toujours à ce que la peur les a retenus de vivre à plein; et, très curieusement, souvent la peur devant des forces qui se présentent comme morales."

Selon Eugen Drewermann, l’accumulation de refoulements est la source d’inhibitions qui altèrent la capacité d’épanouissement de la personne. Rien de très nouveau dans ce constat, au regard de la psychanalyse. Mais le psychothérapeute étant doublé d’un théologien, cela lui permet d’élargir son investigation au champ de réflexion qui le préoccupe particulièrement."
Dans ses écrits, Drewermann propose d'interpréter les textes bibliques de manière symbolique, cela leur confère un sens plus profond. La naissance virginale est un mythe. Jésus avait un père géniteur et une mère pareille à la nôtre. "C'est sa vie qui a été inhabituelle, pas sa naissance."

En tant que prêtre, explique-t-il, on doit pouvoir suivre la voix de sa conscience, soutenir les gens qui traversent le doute et la souffrance: les femmes obligées d'avorter, les couples qui se défont, les gens qui se remarient, ceux qui doivent prendre des précautions pour éviter de transmettre le sida. Ce n'est pas (encore) le point de vue de la hiérarchie qui ne se laisse pas bousculer par l'un des siens. Mais Eugen Drewermann s'est enfin soustrait à la juridiction vaticane, il a osé l'indépendance.

26.12.05

Scènes de chasse dans la jungle du Flon

Le quartier du Flon, bientôt noeud ferroviaire des différentes lignes du métro lausannois, est au coeur des trafics de chairs et de produits toxiques. Adresse branchée de quelques galeries, lofts, boutiques et restaurants, ce quartier a été choisi comme dépotoir de la ville pour ses boîtes à musique, à danse et à navets (ciné amerlo-franchouillard). Faut voir ces casernes! Rivalisant de raideur, telle que la conçoivent les édiles, les entrepreneurs et le bon peuple lausannois depuis un siècle. Une ville qui s'enorgueillit d'avoir élu les syndic/s/que (maires) les plus laid/e/s au monde ne va pas non plus faire dans la dentelle urbanistique. Si c'est moche, mal conçu, inadapté et cher, c'est bon pour nous.
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J'ai passé la nuit dernière au Moulin à danse -- le MAD -- à l'abri de la laideur extérieure. C'était vivant, chaud, bruyant et vulgaire. Les bobos lausannois fréquentent peu les nuits Jungle du MAD. Le public: 1500 à 2000 personnes venues de près et de loin (Zurich ou Lyon) pour s'éclater selon la formule. Une majorité d'hommes appartenant à la génération des 18 à 35 ans. Majoritairement célibataires, ou divorcés, quelques-uns pacsés ou en voie de partenariat civil. Trois catégories de femmes: 1) l'équivalent des hommes (célibataires, etc.), 2) des hétérosexuelles qui collent aux pédés (ou vice-versa) comme les mouches au miel, parce qu'elles ont une vocation de maternage ou qu'elles sont vraiment trop moches et/ou alcooliques (donc marrantes un moment), enfin 3) des hétéros (vraiment) qui viennent danser et se rincer l'oeil, parce que les mecs sont splendides et les "font pas chier".
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Le décor: sur cinq étages, des "ambiances" différentes et des disk jockeys célèbres afin de satisfaire les différentes clientèles. A la cave, c'est la musique urban soul. Au rez, la grande piste en gradin tremble sous les puissantes vibrations de la house music. Des sapins altiers parce que nus (sans bougies, ni guirlandes), sapins castrats (aucune boule). Des effets de lumières et de stroboscopes. Les vaporisations de brume et la tempête de neige sont déclenchées régulièrement. Soudain, chevelures et sapins sont constellés de flocons qui s'évanouissent lentement; les torses nus luisent de paillettes provisoires. Les glaçons fondent au fond des verres. On transpire. Sur le ring, à tour de rôle, quatre gogoboyz (notez le z, c'est übersexuel) importés exhibent tous leurs muscles ou presque en les secouant, les dénudant et les projetant à portée de leurs admiratrices et admirateurs. Ils sont professionnels, donc peu ou pas érotiques. Peu les regardent. L'un d'eux a fait tatouer en caractères gothiques sur son pubis No More Tears. Les femmes qui aiment la chair mâle beuglent et se jettent à leurs pieds. Les hommes gardent la dignité du jeu. Derrière le bar, l'un des serveurs en Père Noël australien (estival: slip et bonnet) sonne le cor pour scander les étapes de l'effeuillage.
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La cozy lounge se trouve au premier. Une Mère Noëlle un peu choucroute donne ses consultations et pose avec les enfants sages pour la photo. Il y a des canapés, un lit à baldaquin et un cinéma réservé aux hommes. A l'entrée, un gars distribue des préservatifs et je lui dis mon admiration: "C'est chouette!" Il répond: "Pas tant que ça." A l'intérieur, le spectacle se localise entre les fauteuils; personne ne regarde l'écran. On se croirait à la cinémathèque: le film date d'avant les présés. Il y a vingt ans, je distribuais aussi les capotes et les affiches de prévention de l'Aide suisse contre le sida dans les établissements gay. Et je faisais la démonstration du capuchon sur la banane. Joli slogan d'aujourd'hui: Le chaud lapin se protège la pine. Stop sida et on encule le pape.

Au deuxième étage: restauration chaude, internet. Au troisième, l'étage céleste: disco, bar et salon des filles. Les lesbiennes qui se sont longtemps enorgueillies de ressembler au restant de la colère de la Déesse de la Guerre perpétuelle -- filles violées dans un tunnel de lavage sans sèche-cheveux, hyperféministes refusant la splendeur et le privilège d'être femmes -- sont en voie de guérison. Sans autant d'exagération dans l'autre direction, peut-être, que les garçons.
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N'empêche, d'être le seul vieillard à piétiner sans discontinuer la piste de danse la plus hard, entouré de tant de torses ruisselants, sublimes, baraqués, surmontés de têtes de dieux nordiques ou, le plus souvent, de bandits yougo-calabrais, c'est un plan de soirée. Dans le boucan assourdissant de la musique hard, dans la fumée et le bousculement des passants qui traversent la masse des danseurs avec l'indifférence des brise-glace...

J'ai dansé six heures d'affilée, puis ai fini la nuit au Pink Club, bourré lui aussi, (quelque 150 hommes de toutes langues et confessions), pour reposer mes chevilles au sauna, refaire mes poumons et libérer ma libido dans le bain de vapeur. Lausanne a beau être laide comme les péchés capitaux, elle n'en attire pas moins les pécheurs-pélerins au sein de sa jungle urbaine.

25.12.05

J'aurais bien fait quelques brasses à Noël


Avanto

J'aurais bien fait quelques brasses en plein-air cet après-midi, mais la hardiesse me manque, remplacée au fond de l'estomac par le souvenir de l'excellent repas d'hier soir. Une couronne de conifère et sa bougie Liberté d'Amnesty décoraient la table. Des mets succulents se succédaient calmement, accompagnés des vins adéquats, le dessert du maître de maison fermant le cortège.

Nous étions d'accord, autour de la table, de reconnaître les privilèges dont nous bénéficions sans les mériter plus que d'autres personnes. Reconnaissants malgré les difficultés qui s'étaient présentées tôt ou plus tard dans nos vies -- guerre, deuil, solitude, maladie.


Certaines peuplades de la terre considèrent que d'être satisfait de son sort porte malheur; les mauvais esprit vont vous priver de ce qui réjouit votre coeur. Vous ne pouvez pas dire à votre petit qu'il est le plus beau bébé au monde de peur que ces esprits ne vous le ravissent ou lui envoient la maladie. Cette attitude déteint aussi sur nous, peuples libérés de toute superstition.

Ssr7Par exemple: on dira "Ils sont fous, ces types" qui participent à la course annuelle des Pères Noël de Boston. Au lieu de relever "ils ont l'air de s'amuser, ceux-là". On se plaint du mauvais temps; et quand le beau arrive, on gémit à cause de la chaleur. On décrit ad infinitum les pépins de santé en oubliant de dépeindre la merveille de se bien porter lorsqu'elle se présente.

L'astrologue Rob Brezny rapportait récemment que, dans l'un de ses livres, le Dalaï Lama [le Daily Lama, comme disent certains] propose au lecteur de passer consciemment dix minutes sans nourrir de pensée négative sur qui ou quoi que ce soit. Brezny poursuit: "J'en parlais à l'un de mes potes, Arthur, qui a réagi ainsi: Quel mec simpliste, quelle arnaque ce Dalaï Lama; ça ne pose aucun problème de tenir dix minutes sans débiner quelqu'un!"

T'es un frère, Arthur! Toi et moi, on va continuer à cultiver cet état d'esprit du contentement paisible en faisant du yoga.

A propos: s'il avait fait beau cet après-midi, je n'aurais eu aucune peine à plonger. Il y a quelques jours la météo annonçait: Noël au soleil. C'est fou ce qu'ils se/nous trompent, ces gens!